« Je n’agresse pas les gens dans la vie. Je ne fais pas ça. »

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Éric Salvail a nié catégoriquement avoir harcelé, séquestré ou agressé sexuellement Donald Duguay, jeudi lors de son procès, allant jusqu’à qualifier de « farfelu » l’incident de la salle de toilette raconté par le plaignant.

En fait, l’ancien animateur s’est voulu catégorique en affirmant n’avoir jamais agressé sexuellement qui que ce soit de sa vie. Il reconnait certes avoir donné « une tape sur une fesse » à certaines personnes, mais ce n’est pas pour lui une agression sexuelle. Exhiber ses parties génitales en public n’est pas non plus une agression, selon lui. Tout cela peut bien être considéré comme de l’« exhibitionnisme », a-t-il nuancé, mais certainement pas des agressions sexuelles.

Éric Salvail a réitéré jeudi qu’il ne travaillait même pas à Radio-Canada lorsque le principal incident rapporté par Donald Duguay serait arrivé, soit l’agression sexuelle dans la salle de toilette du sous-sol de Radio-Canada, le 29 octobre 1993. « Le premier mot qui me vient est farfelu », a-t-il lâché.

« Est-ce que je serais allé à Radio-Canada, au niveau C, près de la toilette et, accoté sur un mur, j’aurais attendu que M. Duguay aille aux toilettes pour que je puisse le suivre ? Non. J’avais une vie professionnelle, amicale et amoureuse. Je n’ai pas besoin d’attendre que M. Duguay aille aux toilettes », a exprimé Éric Salvail avec exaspération.

Il a également affirmé qu’il n’a jamais exhibé son sexe à Donald Duguay, ni qu’il lui a touché les fesses ou qu’il l’a harcelé de quelque manière que ce soit. Il a précisé qu’il n’a même pas travaillé dans le département dans lequel oeuvrait M. Duguay, dont le visage lui « disait quelque chose », lorsque les policiers lui ont montré une photo, mais sans plus.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

La présumée victime d'Éric Salvail, Donald Duguay.

Tout au long de son procès, l’ancienne vedette du petit écran prenait des notes dans un cahier, dont la couverture ne passait pas inaperçue. « À chacun son histoire », pouvait-on y lire.

Il paraissait plus inconfortable et irrité en contre-interrogatoire que lors de son témoignage de mercredi, au palais de justice de Montréal. Notamment, lorsque la procureure est revenue sur l’enquête de La Presse des journalistes Katia Gagnon et Stéphanie Vallet, qui a mené à sa chute, en octobre 2017. « On parlait d’avances sexuelles en string, de parties intimes exhibées ou empoignées, de tentatives de séduction insistantes dans des salles reliées au travail », a résumé Me Amélie Rivard.

Elle a ensuite rappelé que sur les réseaux sociaux, quelques jours plus tard, Éric Salvail avait avoué qu’il prenait la « pleine mesure de (ses) comportements problématiques », ainsi que la « pleine mesure » du tort qu’il avait pu causer et du nombre de personnes « impactées par (ses) comportements ».

Confirmait-il, par ce message, qu’il avait finalement des comportements problématiques ? « Non. » Même s’il ne se dissocie pas de ce message, il tempère en expliquant qu’il vivait « un tsunami » dans sa vie à l’époque, et que c’est « quelqu’un en gestion de crise qui a pondu ce texte ».

Cependant, il reconnait qu’il a pu heurter des gens, dont des collègues, avec ses propos et ses gestes déplacés, même si ça n’a jamais été son intention : « Ces agissements-là, qui pour moi se voulaient friendly, n’étaient pas toujours reçus comme tel. C’est ça que j’ai réalisé avec ces événements de 2017 », a ajouté l’homme de 50 ans.

« Dans les contextes où c’était fait, toujours en groupe et en humour, ça m’apparaissait correct. De là l’idée que je n’ai jamais franchi la ligne […] Parce qu’il y a une ligne entre les commentaires pour s’amuser, être drôle et la ligne où on tombe dans le harcèlement et l’agression. Ça, c’est une autre affaire », a dit Éric Salvail.

Selon Donald Duguay, Éric Salvail le harcelait à Radio-Canada, notamment en lui parlant de « son postérieur » à répétition. La procureure a soulevé que, lors de son interrogatoire avec les policiers, l’ancien animateur avait dit que des commentaires comme « mon Dieu, c’est quoi ces beaux pantalons-là, ça te fait un beau cul ! », il a pu dire ça « mille fois » dans sa vie.

Toujours lors de cet interrogatoire du 26 septembre 2018, il a ajouté qu’il pouvait dire des remarques comme « Mon Dieu, est-ce que tu t’es acheté des seins en fin de semaine ? », puisqu’il oeuvrait dans un milieu qu’il qualifiait de « libéral ».

« Tout ça, dans un bureau de comptable, on se ferait arrêter. Mais qu’est-ce que tu veux, dans notre milieu, nous sommes très friendly », a exprimé Éric Salvail, lors de son interrogatoire.

Depuis que les allégations ont été publiées dans La Presse, Éric Salvail a confié au juge Alexandre Dalmau qu’il consulte un psychologue pour notamment travailler sur « la sensibilité ».

Les plaidoiries du procès d'Éric Salvail sont prévues le 30 avril au palais de justice de Montréal.