Michel Cadotte, ce Montréalais qui s’est retrouvé en prison pour avoir mis fin aux jours de sa femme atteinte d’alzheimer, sortira de prison samedi prochain.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Il vient d’obtenir sa libération conditionnelle, après près de huit mois derrière les barreaux.

Le rapport de la Commission québécoise des libérations conditionnelles souligne que M. Cadotte a « entrepris plusieurs programmes, en plus de continuer à réfléchir aux conséquences de [ses] actes », et qu’il a eu un comportement exemplaire en prison.

« Vous êtes en mesure de purger votre peine dans un cadre moins restrictif que l’incarcération, tout en ne représentant pas un risque indu pour la société », indique le rapport, rendu lundi.

Michel Cadotte a été reconnu coupable d’homicide involontaire et condamné en mai 2019 à une peine de prison de deux ans moins un jour, à l’issue d’un procès qui a été très suivi au Québec, dans un contexte de débat sur les conditions de l’aide médicale à mourir et sur la détresse des proches aidants.

En 2017, dans un CHSLD de l’est de Montréal, M. Cadotte a étouffé avec un oreiller sa conjointe Jocelyne Lizotte, atteinte d’alzheimer à un stade avancé, un crime qui a été qualifié de « meurtre par compassion ».

Il a expliqué pendant son procès qu’il voulait mettre fin aux souffrances de sa femme, âgée de 60 ans. Il s’en est occupé pendant plusieurs années à domicile, avant de consentir à contrecœur à la placer dans un établissement spécialisé.

Il se plaignait du manque de soins et a admis avoir « craqué », épuisé par plusieurs années consacrées à sa femme.

L’aide médicale à mourir avait été refusée pour Mme Lizotte, puisqu’elle était trop affectée par la maladie pour donner son consentement.

Nouvelle conjointe

La libération de Michel Cadotte survient au tiers de sa peine. L’homme de 58 ans devra passer quelque temps en maison de transition avant d’intégrer réellement la société.

Pendant sa détention, il a développé une relation amoureuse avec Isabel Petit, une femme qui s’est elle-même occupée de son mari atteint d’alzheimer, avant la mort de ce dernier. Elle est active dans des organisations d’aide aux proches aidants et de sensibilisation à la maladie d’Alzheimer.

Mme Petit a confié à La Presse en décembre que M. Cadotte avait l’intention de s’installer chez elle lorsqu’il pourra quitter la maison de transition.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Isabel Petit, conjointe de Michel Cadotte

Au cours des derniers mois, en prison, il a participé à plusieurs programmes qui l’ont beaucoup aidé. Il a vraiment fait un énorme cheminement.

Isabel Petit, conjointe de Michel Cadotte, en entrevue avec La Presse lundi, en début de soirée

Selon Mme Petit, son conjoint devra passer entre un et six mois en maison de transition.

En septembre dernier, la Commission des libérations conditionnelles avait refusé de libérer M. Cadotte au sixième de sa peine. Les commissaires avaient mal perçu le fait que le détenu désire s’installer chez sa nouvelle conjointe plutôt qu’en maison de transition. Ils s’interrogeaient sur la capacité de Mme Petit à « l’encadrer et le faire cheminer », tout en reconnaissant qu’elle est « socialement adéquate et d’un bon support ».

« Vous ne semblez pas parvenir à identifier les caractéristiques qui vous sont propres, qui vous ont poussé à commettre le geste reproché. Vous avez une tendance toujours présente à justifier les gestes par les manques de soins », indiquait ce premier rapport de la Commission.

Michel Cadotte semble avoir modifié son plan cette fois-ci. « Vous avez élaboré un plan de sortie mieux adapté à vos besoins et vous reconnaissez la nécessité d’intégrer la société progressivement », mentionne le nouveau rapport.

Il lui reste à effectuer 240 heures de travaux communautaires. Il est aussi soumis à une ordonnance de probation sous surveillance durant trois ans.