C’était un coup de filet majeur à Laval : en pleine crise des fugueuses, 13 hommes étaient arrêtés pour avoir tenté d’obtenir les services sexuels d’adolescentes dans un motel. Si les agresseurs d’enfants évitent l’île Jésus depuis cette opération unique, l’exploitation sexuelle de mineurs sur le web est en hausse à Laval depuis le début de la pandémie.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« On a 120 dossiers d’exploitation sexuelle d’enfants [sur l’internet] cette année [en date du 23 octobre]. C’est beaucoup, je ne vous le cacherai pas. C’était 96 au total l’an dernier. L’exploitation sexuelle des enfants a malheureusement connu une hausse pendant la pandémie », explique en entrevue Manon Ouellet, assistante directrice responsable des enquêtes criminelles au Service de police de Laval (SPL).

Comme le révélait La Presse en octobre dernier, les forces de l’ordre observent partout au pays une hausse significative des signalements d’enfants ciblés sur le web par des adultes pour des motifs sexuels. La ville de Laval n’est pas épargnée par ce fléau numérique.

« J’ai beaucoup de dossiers de leurre et de cybercriminalité auprès de jeunes enfants. Le chiffre est quand même gros », affirme Manon Ouellet, qui mise sur la répression, mais aussi « beaucoup » sur la prévention, pour s’attaquer à ce fléau. « On ne va jamais lâcher prise. C’est une priorité de travailler sur l’exploitation sexuelle », martèle l’assistante directrice. Les enquêteurs travaillent d’ailleurs sur une « nouvelle technique » d’enquête pour protéger les mineurs et les jeunes femmes pris au piège, indique-t-elle.

Le SPL peut s’inspirer du succès de l’opération Défensif, lancée en mars 2016 pour traquer les « clients » de prostitution juvénile. De nombreuses jeunes filles placées en centre jeunesse étaient alors recrutées par des proxénètes. Les différentes moutures de cette opération unique au Québec ont permis d’arrêter une quarantaine d’hommes prêts à payer pour obtenir les services sexuels d’une adolescente.

Le modus operandi de Défensif est simple : les enquêteurs publient sur le web de fausses annonces offrant les services sexuels de jeunes filles. Une agente d’infiltration joue le rôle d’une souteneuse et informe les hommes intéressés du tarif, et surtout de l’âge mineur des escortes. Lors de la première opération en 2016, 133 « clients potentiels » ont contacté la fausse agence. Seuls 13 hommes se sont rendus jusqu’à une chambre d’hôtel sachant très bien qu’ils obtiendraient les services sexuels d’une fille de 16 ou 17 ans. Une quarantaine d’hommes ont été arrêtés depuis.

« Les abuseurs ont tendance à ne pas cibler le territoire lavallois parce qu’on a plus de délations. Les abuseurs savent qu’on a une intervention proactive avec un bon taux de réussite. On a un taux impeccable, on n’en perd pas devant les tribunaux », se réjouit Manon Ouellet.

En effet, 12 accusés ont reconnu leur culpabilité ou ont été jugés coupables d’avoir communiqué avec une personne pour obtenir les services sexuels d’un mineur moyennant rétribution. Un accusé demeure en fuite, alors que les autres sont en attente de procès. Aucun n’a été acquitté. Presque tous sont des hommes sans histoire qui en sont à leurs premiers démêlés avec la justice.

C’est monsieur et madame Tout-le-Monde. On est souvent surpris de voir qui sont ces gens. Je tombe souvent en bas de ma chaise, particulièrement pour les gens qui œuvrent auprès des jeunes.

Manon Ouellet, du Service de police de Laval

Un enseignant au secondaire condamné

La condamnation de l’enseignant au secondaire Jean-François Paquet est d’ailleurs passée sous le radar l’an dernier. L’ex-militaire impliqué dans des équipes de baseball et de soccer à Laval a été reconnu coupable en mai 2019 d’avoir tenté d’obtenir les services sexuels d’une personne mineure contre rétribution.

L’homme de 48 ans s’est fait pincer par la police en juin 2016 dans une chambre de motel du boulevard Curé-Labelle. L’enseignant de 5secondaire pensait alors obtenir les services sexuels de deux adolescentes de 16 ans, sans savoir qu’il avait été piégé par un agent d’infiltration du SPL.

Alors enseignant à l’école secondaire Joseph-François-Perrault à Montréal, Jean-François Paquet a demandé à la fausse agence si les deux filles « s’embrassaient » et si elles étaient « au secondaire ou au cégep ». Selon la juge, il ne fait aucun doute que l’accusé connaissait l’âge des escortes, puisque le policier a répété leur âge à de nombreuses reprises.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA 2E DIVISION DU CANADA DES FORCES ARMÉES CANADIENNES

Jean-François Paquet a été réserviste au sein des Forces armées canadiennes, qui l’ont libéré en 2016.

Jean-François Paquet a plaidé avoir eu un « blocage » en raison de son déficit d’attention. Son « cerveau n’a jamais traité l’information », a-t-il fait valoir dans un témoignage « confus ». Un récit « invraisemblable », selon la juge, d’autant que l’accusé dit occuper des « fonctions de haute importance dans l’armée avec des responsabilités soutenues ».

La condamnation de Jean-François Paquet a eu l’effet d’une bombe dans sa vie rangée. Ses enfants et sa conjointe ont d’ailleurs témoigné à la cour sur les conséquences de l’affaire. « Les gestes et la médiatisation ont été très difficiles à vivre pour sa famille », a relevé la juge Yanick Laramée lors d’une audience, le 5 octobre dernier.

Jean-François Paquet fait toutefois appel de sa condamnation et conteste la constitutionnalité de la peine minimale de six mois pour ce crime. Il imite ainsi Charles Martin, un homme spécialisé dans la découverte des causes d’accidents d’avion, qui s’en est tiré avec 90 jours de prison et 150 heures de travaux communautaires.

Peine minimale « inopérante »

La juge Dominique Larochelle a en effet déclaré inopérante la peine minimale de six mois de prison prévue au Code criminel. Selon la juge, il s’agit d’une peine « totalement disproportionnée » pour Charles Martin, compte tenu des nombreux facteurs atténuants. La juge souligne que les victimes sont « fictives », alors que l’accusé et sa famille vivent des conséquences « bien concrètes ».

Charles Martin, ancien militaire de 60 ans de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, s’est fait arrêter alors qu’il tentait d’obtenir les services sexuels de deux adolescentes pour une « Girlfriend Experience ». L’entente comprenait l’imitation d’une relation amoureuse, ainsi qu’une relation sexuelle complète avec condom. Il s’agit cependant d’une « erreur de parcours », selon la juge.

Comme d’autres accusés, le Lavallois Michel Bergeron attend la décision de la Cour d’appel sur la peine minimale pour déterminer sa peine. L’homme de 57 ans reconnu coupable en août 2019 a accepté de payer pour avoir une relation sexuelle avec une adolescente de 16 ans. Devant la cour, il a expliqué avoir voulu « valider lui-même » l’âge de la victime, puisqu’il travaillait comme « inspecteur en conformité ». Une version « invraisemblable », selon la juge.

Aux yeux de Manon Ouellet, il est crucial que le gouvernement intensifie la sensibilisation auprès des jeunes pour promouvoir les relations amoureuses saines et pour faire cesser la banalisation de l’exploitation sexuelle.

« Il faut vraiment changer le langage au niveau populaire. Quand un homme va chercher une jeune, ce n’est pas un service client auprès d’une victime, c’est vraiment un abuseur. La jeune n’est plus là de son propre gré. Il faut vraiment que cesse cette banalisation », martèle l’assistante directrice.

Treize hommes arrêtés

Éric Cyr

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Éric Cyr

57 ans
Chef jointeur
Blainville
Déclaré coupable le 14 décembre 2017
Peine de six mois de prison en janvier 2018

Robert Geffrard

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Robert Geffrard

77 ans
Travaille en restauration
Laval
A plaidé coupable le 13 septembre 2019
Peine de six mois de prison

Sylvain Fafard

46 ans
Emploi inconnu
Saint-Jérôme
Déclaré coupable
Peine de six mois de prison en mars 2019

Patrick Maillette

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Patrick Maillette

49 ans
Mécanicien
Laval
A plaidé coupable en octobre 2017
Peine de six mois de prison en novembre 2017

Mauricio Vasquez Menjivar

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Mauricio Vasquez Menjivar

60 ans
Emploi inconnu
Laval
A plaidé coupable en mars 2018
Peine de six mois de prison en septembre 2018

Aldrin Cabanilla

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Aldrin Cabanilla

41 ans
Employé d’un magasin à grande surface
Montréal
A plaidé coupable en octobre 2016
Peine minimale de six mois de prison et probation d’un an

Charles Martin

60 ans
Technicien
Sainte-Marthe-sur-le-Lac
A plaidé coupable le 2 mai 2018
Peine de 90 jours de prison discontinue et probation de deux ans imposée le 30 octobre 2019. La décision est en appel.

Réjean Mainville

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Réjean Mainville

42 ans
Informaticien
Saint-Eustache
Déclaré coupable le 31 octobre 2019
Peine à venir

Jean-François Paquet

48 ans
Enseignant à l’école secondaire Joseph-François-Perrault (jusqu’en juin dernier). La Commission scolaire de Montréal l’a suspendu sans salaire jusqu’à la fin du processus judiciaire. Laval
Déclaré coupable le 22 mai 2019
Peine à venir

Michel Bergeron

57 ans
Emploi inconnu
Laval
A plaidé coupable le 22 août 2019
Peine à venir

François St-Georges

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

François St-Georges

70 ans
Agent manufacturier
Rosemère
A plaidé non coupable Procès à venir

Mokhtar Ben Haj Mohamed

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Mokhtar Ben Haj Mohamed

43 ans
Emploi inconnu
Laval
A plaidé non coupable
Procès à venir

Oktay Guzel

PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE DE LAVAL

Oktay Guzel

54 ans
Camionneur
Montréal
Recherché, dernière apparition en cour en novembre 2017