(Québec) Guillaume adorait Québec. C’est sa ville natale. Mais après avoir été victime d’une agression violente et gratuite dans un bar de la capitale aux mains d’un sympathisant du groupe Atalante, le jeune homme a dû déménager.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Québec, c’était mon écosystème. J’avais foi en la ville de Québec. Maintenant, j’entends le nom de Québec… Les gens me disent ‟viens-tu en fin de semaine ?” et j’en suis incapable depuis l’agression », a expliqué mercredi l’homme de 24 ans au palais de justice de Québec.

Guillaume* témoignait dans le cadre du procès de Louis Fernandez, sympathisant du groupe d’extrême droite Atalante, connu pour ses positions radicales contre l’immigration.

Fernandez a abordé sa victime le 14 décembre 2018 au bar LvlOp, dans le quartier Saint-Roch. Par deux fois, il lui a demandé s’il était antifasciste. La victime aurait répondu « oui, peut-être ». Il s’est alors retrouvé entouré.

Puis Fernandez l’a agressé. Il a laissé le jeune homme avec une importante commotion cérébrale et le nez cassé. Fernandez a plaidé coupable en juin dernier à une accusation de voies de fait ayant causé des lésions.

Guillaume a consulté plusieurs spécialistes, qui lui ont diagnostiqué un choc post-traumatique. Il a quitté Québec, car il se sentait suivi, épié, et il avait peur que des gens s’en prennent à lui.

« J’adorais Québec. Mais depuis cet événement-là, je ne me vois plus habiter là. J’ai abandonné ma famille et mes amis. Depuis l’agression, je ne veux plus vivre là », a dit la victime dans le cadre des observations sur la peine.

Sa ville natale le « dégoûte » désormais.

La Couronne demande la prison

L’audience de mercredi vise à établir la peine de Fernandez. Le procureur de la Couronne, Matthieu Rochette, demande à la juge Réna Émond une peine exemplaire de 15 mois de prison. L’avocat plaide un geste haineux.

« Le tribunal doit dénoncer, défendre les valeurs de nos sociétés démocratiques, surtout à une époque où il semble y avoir une émergence de groupes radicaux qui menacent les piliers de cette démocratie », a dit M. Rochette.

L’avocat de Fernandez a quant à lui rejeté la thèse du geste haineux. « Ce n’est pas un extrémiste », a fait valoir MBenoit Labrecque.

L’avocat de la défense assure que son client éprouve des regrets. « Monsieur était saoul, il a fait une erreur de gars saoul. »

Selon MLabrecque, une peine de trois mois, purgée les fins de semaine, serait suffisante. « Mon client regrette ce qu’il a fait. C’est faux de dire que mon client est fier de ce qu’il a fait. […] Il admet que c’était stupide. »

La juge fera connaître la peine le 3 décembre prochain.

Atalante et les tribunaux

C’est le deuxième procès médiatisé dans lequel se retrouve un proche d’Atalante en quelques mois. Son leader a été blanchi en juin dernier d’accusations d’entrée par effraction, de méfaits, de harcèlement criminel et d’intimidation.

Raphaël Lévesque et six militants masqués s’étaient introduits dans la salle de rédaction montréalaise du média Vice pour remettre un « prix poubelle » au journaliste Simon Coutu. Ils n’avaient pas apprécié un de ses articles.

La juge estimait que l’incident ne relevait pas de l’intimidation. La Couronne avait fait valoir des paroles particulièrement violentes que chante le leader d’Atalante, membre du groupe de musique identitaire Légitime violence.

« Ces petits gauchistes efféminés qui se permettent de nous critiquer n’oseront jamais nous affronter. On va tous les poignarder », chante notamment Légitime violence.

Ce jugement avait inquiété Martin Geoffroy, directeur du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR).

« Atalante marche sur une ligne mince. Mais quand on se retrouve dans des procès pour avoir intimidé des journalistes, quand on se retrouve dans des procès parce qu’on a agressé quelqu’un dans un bar, alors on a traversé ce fil », estime ce spécialiste de l’extrême droite.

M. Geoffroy n’était pas d’accord avec l’acquittement du leader d’Atalante dans l’affaire Vice. Lui-même a déjà vécu un événement similaire. Alors qu’il animait un colloque sur l’extrême droite au cégep Édouard-Montpetit, une trentaine de militants de La Meute et des Soldats d’Odin ont débarqué.

« L’acquittement de Raphaël Lévesque, j’ai trouvé que ça venait cautionner ce qu’ils font, qu’ils peuvent intimider les gens à leur travail sans conséquence, dit-il. Et ça fait que les gens intimidés ont peur. Leur but, c’est de nous faire taire. »

*La Presse a choisi de ne pas écrire le nom de famille de la victime, car il dit craindre des représailles.