Cinq Québécois qui auraient été impliqués dans un vaste réseau transnational d’importation et de vente de fentanyl ont franchi une étape de plus vers leur extradition aux États-Unis. Depuis le pénitencier de Drummondville, les dirigeants de l’organisation ont importé de Chine des centaines de kilos de fentanyl pour les vendre sur le dark web.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

La Cour supérieure du Québec a ordonné vendredi dernier l’incarcération des Montréalais Linda Van, 28 ans, et Vannek Um, 42 ans, en vue de leur extradition aux États-Unis. Leurs présumés complices Xuan Cahn Nguyen, Marie Um et Jason Berry avaient déjà consenti à être incarcérés au début du mois. Leur sort est maintenant entre les mains du ministre fédéral de la Justice.

Les cinq Québécois ainsi que des complices chinois et américains ont été accusés de nombreux chefs d’accusation, il y a trois ans, à la suite d’une enquête menée par le département de la Sécurité intérieure américain (Homeland), avec l’aide de la GRC. Les autorités américaines avaient alors annoncé en grande pompe le démantèlement de cet important réseau de fabrication et de vente de fentanyl sur l’internet qui serait responsable de la mort de nombreux Américains.

Le chef de l’organisation criminelle au Canada était Daniel Vivas Ceron, un citoyen colombien qui était détenu au pénitencier de Drummondville pour une peine de 19 ans. Il a plaidé coupable l’an dernier au Dakota du Nord d’avoir exporté des centaines de kilos de fentanyl dans plusieurs États américains entre 2013 et 2017. Ses complices et lui ont été décrits par un procureur américain comme des « marchands de mort ».

Selon les autorités américaines, un associé de Ceron dénommé Jason Berry, mais surnommé « Daniel Desnoyers », s’occupait d’importer de Chine de la poudre de fentanyl. L’homme de 37 ans fabriquait ensuite des comprimés qui étaient livrés par la poste aux États-Unis depuis le Canada. Même détenus, les deux trafiquants ont poursuivi leurs activités avec des téléphones cellulaires de contrebande.

Leur réseau pouvait importer de Chine de grosses quantités de fentanyl, selon les autorités américaines. Des cargaisons de 10, 14, 25, voire 40 kilogrammes de fentanyl étaient encapsulées, vendues sur le dark web, puis livrées par la poste. Un seul kilo de fentanyl permet de faire plus de 100 000 comprimés qui valent des millions de dollars sur le marché noir.

Les trafiquants auraient d’ailleurs fabriqué en partie ces dangereux comprimés près de Drummondville grâce à une presse qui aurait été assemblée avec l’aide de Vannek Um et d’un certain Hugo Lavoie Losier, lequel n’est pas visé par les autorités américaines. Vannek Um utilisait alors une application de messages cryptés pour communiquer avec le grand patron.

La Cour d’appel du Québec a autorisé mardi la remise en liberté provisoire de Vannek Um en attendant la décision du ministre, a indiqué à La Presse son avocate, MClara Daviault. Celle-ci étudie « sérieusement » la possibilité de faire appel de la décision de la Cour supérieure ordonnant l’incarcération de M. Um en vue de son extradition.

Enveloppes et jeux de hasard

Les autres Québécois qui doivent être jugés aux États-Unis n’auraient pas eu un rôle aussi important que Jason Berry et Daniel Vivas Ceron dans l’organisation. Selon les autorités américaines, Xuan Cahn Nguyen, alias « Jackie Chan », recevait les commandes de fentanyl en provenance de Chine. Il en faisait des comprimés et honorait les commandes des acheteurs. Il fournissait ensuite Marie Um, la copine de M. Ceron, toujours selon les États-Unis.

Marie Um, 39 ans, aurait ainsi joué un rôle dans la distribution du fentanyl. Les enquêteurs ont aperçu Linda Van déposer des enveloppes par la poste à Montréal, alors que Marie Um était au volant. Ces enveloppes destinées aux États-Unis contenaient 1000 comprimés de fentanyl.

Selon un document judiciaire, Xuan Cahn Nguyen, un propriétaire de dépanneur, dépensait des sommes importantes dans des jeux de hasard. Le Montréalais de 40 ans aurait misé plus de 1,5 million de dollars dans des machines à sous entre 2007 et 2015 et aurait acheté plus de 2,4 millions de jetons au casino pendant une dizaine d’années.

S’ils sont reconnus coupables aux États-Unis, les cinq accusés risquent d’importantes peines de prison. Il faut dire que le fentanyl, un opioïde des dizaines de fois plus puissant que l’héroïne et la morphine, fait des ravages chez nos voisins du Sud. Plus de 31 000 Américains sont morts en 2018 d’une surdose d’opioïde, contre 3823 décès au Canada l’an dernier.