Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a démantelé mercredi quatre dispensaires illégaux de cannabis, affiliés à un réseau dont le dirigeant présumé est en cavale en Israël pour échapper à un mandat d’incarcération. D’une terrasse au bord de la Méditerranée, il nargue les policiers et la magistrature en leur disant qu’ils n’ont pas « le bras assez long » pour l’attraper.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Les enquêteurs de l’escouade Accès cannabis ont perquisitionné en matinée dans quatre commerces où il était possible de se procurer du cannabis à des fins médicales de façon illégale, notamment le « Café Amsterdam », situé sur le chemin Queen-Mary, et trois cliniques affiliées à l’Association des consommateurs de cannabis médical du Québec (ACCMQ).

Douze personnes ont été arrêtées pour diverses infractions liées à la Loi sur le cannabis.

Albert Krespine, dirigeant présumé de l’ACCMQ, fait présentement face à des accusations de complot et de fraude en lien avec l’exploitation de nombreux dispensaires liés à ce réseau. Sous la bannière « Le 710 », il aurait dirigé des filiales qui obtenaient des prescriptions de complaisance auprès d’un médecin québécois pour permettre aux clients d’acheter et de vendre illégalement de grandes quantités de cannabis.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

La Sûreté du Québec a mené une perquisition dans un dispensaire fonctionnant sous la bannière « Le 710 » en octobre 2018.

Arrêté en août dernier, l’homme de 37 ans, qui se représentait sans avocat, s’est éclipsé subitement en janvier, après que la Cour supérieure eut ordonné son incarcération en attente de son procès. Des vérifications menées par la SQ ont confirmé qu’il avait fui en Israël.

« J’ai déjà quitté le pays et vendu tous mes biens personnels. Bonne chance dans votre dossier ! », a-t-il écrit à une adjointe de la magistrature qui tentait de savoir pourquoi il ne s’était pas présenté au centre de détention, comme l’exigeait le juge Louis Dionne.

Vacances « longues et lucratives »

M. Krespine prétendait que ses commerces montréalais étaient épargnés de toute intervention policière en raison d’une entente obscure avec les enquêteurs. « Considérant que ça roule en tabarnac à Montréal, les vacances vont être longues et lucratives », a-t-il écrit à l’adjointe de la magistrature.

Il en a remis dans une série de vidéos publiées sur les réseaux sociaux en avril, filmées à partir d’un balcon au bord de mer, dans lesquelles il affirmait que les policiers ne l’attraperaient jamais et qu’il s’en tirait bien malgré la COVID-19.

« T’as pas le bras assez long, on dirait ! À distance, je vais pouvoir savoir tout ce dont j’ai besoin ! », a-t-il aussi écrit à un enquêteur, selon des messages déposés en preuve par la Couronne. « J’attends mes charges [accusations] à Montréal pis [je] m’en viens à Montréal. La loi se joue des deux bords, asti d’amateur ! »

Le procureur de la Couronne Julien Beauchamp-Laliberté, qui mène le dossier au palais de justice de Trois-Rivières, a demandé à la Cour supérieure du Québec de pouvoir poursuivre les démarches judiciaires en l’absence de l’accusé le 19 août prochain. « Nous avons fait la démonstration qu’il s’est esquivé du pays et que nous pouvons procéder à son enquête préliminaire en son absence puisqu’il a renoncé à son droit d’y assister », explique-t-il.

Les commerces affiliés à l’ACCMQ faisaient croire à leurs clients qu’ils étaient approuvés par Santé Canada. Or, seule la SQDC est autorisée à vendre du cannabis dans des commerces ayant pignon sur rue au Québec. Le cannabis médical peut-être vendu directement par la poste aux détenteurs d’ordonnances valides, mais seulement par des producteurs titulaires d’un permis de production délivré par Santé Canada.