Steven Fracas, condamné avec d’autres individus, dont Raynald Desjardins, pour avoir comploté le meurtre de l’aspirant-parrain Salvatore Montagna en 2011, peut quitter sa maison de transition trois semaines plus tôt que prévu, vient de décider la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« En raison de la pandémie de la COVID-19 et parce que votre assignation à la maison de transition doit prendre fin le 7 mai, nous croyons que le retrait de cette condition avant la date d’expiration prévue n’augmentera pas les risques pour la population », écrit un commissaire aux libérations conditionnelles dans une décision de quatre pages rendue le 14 avril.

Avant de prendre cette décision, la commission a également tenu compte de progrès qu’aurait réalisés Fracas et qu’elle souligne dans sa décision.

« Vous êtes retournés dans la société depuis près de six mois et votre équipe de gestion de cas rapporte que depuis votre retour en communauté, vous n’avez fait l’objet d’aucun bris et signalement. Vous respectez vos conditions financières et vous vous tenez loin des cafés italiens, ce qui aurait pu vous mettre à risque dans le cas de possibles rencontres avec des associés criminalisés. Vous vous conformez aux demandes et êtes coopératif durant vos échanges avec votre équipe de gestion de cas. Celle-ci rapporte que vous avez adopté un style de vie positif en maintenant des relations amicales saines et en occupant un emploi à temps plein », écrit le commissaire.

L’agent de libération de Fracas recommande toutefois que ce dernier porte, durant quatre mois, un bracelet GPS, pour que les autorités puissent savoir en tout temps où il se trouve.

Fracas doit également respecter des conditions ; éviter toute personne dont il sait qu’elle a un dossier criminel ou qui appartient à une organisation criminelle, ne pas fréquenter les cafés de style européen, occuper un emploi, divulguer toutes ses transactions financières, respecter un couvre-feu de 23 h à 6 h et ne pas posséder plus d’un téléphone cellulaire.

Espionnés par la GRC

Un rapport daté d’août 2018 indique que Fracas, 35 ans, est lié au crime organisé traditionnel italien (COTI), mais en tant qu’associé, et non en tant que membre.

Steven Fracas a été condamné à trois ans et demi de pénitencier après avoir plaidé coupable à un chef de complot relativement au meurtre de Salvatore Montagna, commis sur l’Île Vaudry, à Charlemagne, en novembre 2011.

PHOTO STEPHANE GRÉGOIRE, ARCHIVES HEBDO RIVE-NORD

Le meurtre de Salvatore Montagna a été commis sur l’Île Vaudry, à Charlemagne, en novembre 2011.

Plusieurs individus, dont Raynald Desjardins et son jeune protégé, Vittorio Mirarchi, ont été condamnés après avoir plaidé à un chef de complot. Seul Desjardins est toujours incarcéré. Il était détenu dans un pénitencier des provinces maritimes, mais a été transféré dans un pénitencier du Québec il y a plusieurs semaines.

Selon une théorie de la police, les groupes de Raynald Desjardins et de Salvatore Montagna auraient tenté de renverser le clan Rizzuto à la tête de la mafia montréalaise en 2010-2011, mais une dispute aurait éclaté entre eux, menant au meurtre de Montagna en novembre 2011.

Desjardins et ses complices l’ignoraient, mais au moment du complot, leurs appareils de communication étaient espionnés par les enquêteurs de l’Unité mixte d’enquête sur le crime organisé (UMÉCO) de la Gendarmerie royale du Canada qui menaient alors une importante enquête baptisée Clemenza sur les clans de la mafia qui tentaient de prendre la relève du clan Rizzuto, affaibli à la suite de l’opération Colisée en novembre 2006.

Steven Fracas a obtenu sa libération d’office en novembre 2019, après avoir purgé les deux tiers de sa peine, mais à ce moment les commissaires laissaient entendre que sa vie pourrait être en danger, en raison des tensions au sein de la mafia montréalaise.

Ces tensions se sont toutefois fortement dissipées depuis les meurtres des deux frères Salvatore et Andrew Scoppa survenus l’an dernier et de l’arrestation de quatre présumés meurtriers à l’issue de l’enquête Préméditer de la Sûreté du Québec.

Même le jeune chef de clan Vittorio Mirarchi et le leader présumé du clan des Siciliens, Stefano Sollecito, auraient signé un traité de paix selon des sources policières.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-5000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca