Sami Bebawi est un bouc émissaire à qui on tente de faire porter le blâme pour la conduite de SNC-Lavalin, alors que le vrai responsable des décisions de l’entreprise était plutôt le PDG Jacques Lamarre, a avancé la défense, en clôture du procès de l’ancien cadre, mardi.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Ancien vice-président directeur de SNC-Lavalin, M. Bebawi est accusé de corruption d’agent public étranger, fraude, blanchiment d’argent et possession de biens volés. Il n’a pas témoigné à son procès et n’a pas présenté de défense, et n’avait donc pas eu l’occasion de donner son point de vue jusqu’ici pendant le procès.

Mais dans sa plaidoirie, l'un de ses avocats, Me Alexandre Bien-Aimé, s'est chargé de reprendre très doucement plusieurs éléments de preuve présentés par la couronne en leur donnant un nouvel éclairage et en approchant toute la cause d'un autre angle.

«Méfiez-vous»

Me Bien-Aimé a remis en question la crédibilité du témoin vedette de la couronne, Riadh Ben Aissa, un ancien subalterne de Sami Bebawi qui a accepté de collaborer avec la justice canadienne alors qu’il était en prison en Suisse. Dans son témoignage, M. Ben Aissa a reconnu avoir participé au versement de pots de vin à Saadi Kadhafi, fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, et il a dit avoir eu l’approbation de Sami Bebawi pour le faire.

«Ne tombez pas dans le piège. Ben Aissa n’est pas digne de confiance et son message ne l’est pas non plus», a dit Me Bien-Aimé aux membres du jury.

«Méfiez-vous», a-t-il répété à plusieurs reprises.

L’avocat a suggéré que Riadh Ben Aissa faisait ce qu’il voulait en Libye avec l’appui du PDG Jacques Lamarre, sans avoir besoin de l’appui de l’accusé.

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Jacques Lamarre, qu'on voit ici en 2008, n’est pas accusé dans cette cause.

«Soyons clairs, Riadh Ben Aissa avait les coudées franches en Libye», a déclaré l’avocat.

«Riadh Ben Aissa était un électron libre au sein de SNC-Lavalin, un électron libre qui détenait l’appui du plus haut échelon de la compagnie, Jacques Lamarre», a-t-il poursuivi.

«En réalité, le vrai patron de Riadh Ben Aissa, c’était Jacques Lamarre», a ajouté Me Bien-Aimé.

Jacques Lamarre n’est pas accusé dans cette cause et n’a pas été appelé à témoigner, mais il a téléphoné à un ancien employé qui s’apprêtait à témoigner, pour lui dire qu’il n’était pas au courant de l’achat d’un yacht de 25 millions offert à Saadi Kadhafi.

«On peut d’ailleurs se questionner sur l’appel que M. Lamarre a logé», a souligné l’avocat de Sami Bebawi. «Heureusement», le témoin n’a pas été influencé, a poursuivi Me Bien-Aimé, en rappelant que l’ancien cadre avait dit devant le jury que selon lui, Jacques Lamarre avait approuvé l’achat du yacht.

Un bébé gâté

Quant à Saadi Kadhafi, la défense a suggéré qu’il n’était pas un « agent public étranger » et qu’il n’était donc pas question ici de « corruption d’agent public étranger » tel que le précise l’acte d’accusation.

«Saadi Kadhafi n’était pas un agent public étranger. C’était en quelque sorte un bébé gâté, un quêteur de faveurs», a avancé Me Bien-Aimé.

Rémunéré pour son expertise

La preuve a révélé qu’après avoir payé les pots-de-vin qu’il devait verser pour aider SNC-Lavalin en Libye, Riadh Ben Aissa a séparé plusieurs dizaines de millions de dollars qui demeuraient disponibles entre lui-même et Sami Bebawi. Mais encore là, la défense avance qu’il s’agissait du mode de rémunération qu’avait prévu le PDG Jacques Lamarre.

«C’est simplement parce que Jacques Lamarre a décidé de rémunérer M. Bebawi pour son expertise particulière en gestion de projets», a dit Me Bien-Aimé.

Le juge Guy Cournoyer doit donner ses instructions au jury mercredi. Les jurés entameront ensuite leurs délibérations.