Rien encore pour diminuer le cynisme de la population envers la police et la justice. La Presse a appris que jeudi dernier, la poursuite a demandé l’arrêt du processus judiciaire contre trois personnes liées à la mafia arrêtées pour trafic de cocaïne dans le cadre de l’importante enquête Magot-Mastiff, par laquelle la Sûreté du Québec a décapité en novembre 2015 une alliance mafia-motards-gangs qui dirigeait le crime organisé montréalais.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les trois frères Lopez — Franco et Giuseppe, jumeaux de 54 ans, et Pasquale, 46 ans — étaient les derniers accusés du volet Mastiff, par lequel la police a démantelé un réseau de trafiquants de stupéfiants qui opéraient dans l’est de Montréal.

Les Lopez, qui font partie d’un clan relativement indépendant qui prend de plus en plus de place à Montréal, selon la police, étaient soupçonnés d’avoir fourni en cocaïne une cellule de trafiquants, alors que celle-ci était en pénurie.

Les trois frères, qui n’ont pas d’antécédents criminels, étaient accusés de complot, de trafic de cocaïne et de trafic de biens criminellement obtenus. Leur procès avait été fixé à janvier, mais de plus en plus, cette échéance semblait improbable. Depuis des semaines, leurs avocats et les procureurs de la poursuite débattaient de requêtes devant le juge Marc David de la Cour supérieure. Les débats devaient se poursuivre cette semaine, mais un revirement spectaculaire qui était déjà dans l’air est survenu : la poursuite a avisé, par courriel, jeudi dernier, le juge David qu’elle déposait un nolle prosequi (arrêt des poursuites), en raison des délais.

L’ACI dans le viseur

Les délais évoqués ont toutefois vraisemblablement été provoqués par les requêtes des avocats de la défense, qui ont constamment demandé à la poursuite qu’on leur communique de la preuve, dont des rapports de sources.

Les débats sur les requêtes ont fait l’objet de témoignages dont plusieurs se sont déroulés à huis clos ou à l’exclusion des parties (ex parte) durant parfois de longues heures.

On ne peut révéler la teneur de ces discussions, mais à la lumière de passages discontinus de La Presse dans la salle, tout indique que les témoignages tournaient autour des négociations qui ont mené au recrutement d’un agent civil d’infiltration (ACI) dans le cadre de l’enquête Magot-Mastiff.

Lors d’une audience, à la fin du témoignage d’une policière, La Presse a même entendu le juge David recommander à celle-ci d’avoir recours aux services d’un avocat.

Notons également que la Défense et la Poursuite s’apprêtaient à débattre d’une requête en arrêt des procédures.

« La poursuite a évité une décision encore plus drastique du juge », affirme un des avocats des Lopez, Me Claude Olivier, qui n’a pas voulu se prononcer sur les informations de La Presse.

« Compte tenu de tout ce qu’on a découvert et des circonstances, il est bien que les procédures aient été arrêtées », a laconiquement expliqué Me Olivier, très heureux de mettre ainsi fin à une carrière de 43 ans, lui qui avait prévu de prendre sa retraite après ce procès.

Un arrêt des procédures est toujours une triste journée pour la justice. Mais nous sommes contents du dénouement puisque nous croyons que la poursuite des procédures ne pouvait plus se faire dans le respect des droits constitutionnels si importants pour notre démocratie.

Me Danièle Roy, l’une des avocates des Lopez

Les deux avocats tiennent à préciser qu’ils n’ont aucun reproche à faire à l’équipe des procureurs de la poursuite qui étaient affectés au dossier jusqu’à la toute fin.

Outre les frères Lopez, ceux que la police considérait comme les chefs de la mafia montréalaise en novembre 2015, Stefano Sollecito et Leonardo Rizzuto, avaient également bénéficié d’un arrêt du processus judiciaire dans la foulée de l’enquête Magot-Mastiff, après qu’un juge eut déclaré illégales les interceptions faites par les enquêteurs dans l’ancien bureau de l’ex-criminaliste Loris Cavaliere.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.