(Saint-Jérôme) « Utilisez votre gros bon sens », a martelé jeudi l’avocat d’Ugo Fredette pour tenter de convaincre le jury de l’acquitter des meurtres au premier degré de Véronique Barbe et Yvon Lacasse. Ugo Fredette n’est qu’un « homme ordinaire » qui a été insulté et attaqué par sa conjointe et dont le « chaudron a explosé », a plaidé Me Louis-Alexandre Martin.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Alors que les parties ont terminé la présentation de leur preuve en début de semaine, le procès d’Ugo Fredette est entré dans la dernière ligne droite jeudi au palais de justice de Saint-Jérôme avec les plaidoiries de la défense. Me Martin a appelé le jury à faire bénéficier Ugo Fredette d’un « doute raisonnable » et de le déclarer coupable d’homicide involontaire.

Témoin par témoin, l’avocat de la défense a soulevé les failles dans le récit de la Couronne qui allègue qu’Ugo Fredette a tué sa conjointe parce qu’il refusait leur rupture et Yvon Lacasse pour lui voler son véhicule pendant sa cavale avec un enfant, le 14 septembre 2017.

Ugo Fredette et Véronique Barbe formaient un couple « immature et impulsif » d’une rare « intensité » qui se « réconciliait dans le sexe », selon la défense. « C’est très important de vous projeter dans ce type de couple là. Pas votre couple. Le couple à eux. C’était un couple hardcore, très versé dans le sexe », a fait valoir Me Martin au jury. De plus, la femme de 41 ans criait, insultait et médisait Ugo Fredette, notamment sur les réseaux sociaux.

PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, ARCHIVES LE NOUVELLISTE

Ugo Fredette

Dans sa plaidoirie, l’avocat a repris essentiellement le récit d’Ugo Fredette à la barre des témoins. Selon cette version, Véronique Barbe exige que son conjoint quitte leur maison, mais ce dernier refuse de partir. Elle « tempête » et crie après son conjoint, puis le pousse dans l’escalier. Elle tente ensuite de le poignarder dans la cuisine, mais Ugo Fredette bloque le coup. Suit une période d’amnésie de l’accusé jusqu’à ce qu’il « retombe dans ses souliers » au-dessus du corps de Véronique Barbe, un couteau dans la poitrine.

Poussée dans les marches, médisance, dénigrement, paroles pour appeler la police : « Si on prend tous ces éléments-là ensemble, ce n’est pas illogique qu’une personne ordinaire aurait pu avoir le chaudron qui explose, aurait pu atteindre son point de rupture », a plaidé Me Martin.

L’avocat de la défense a tenté de démontrer au jury qu’Ugo Fredette n’a ni séquestré ni harcelé Véronique Barbe en septembre 2017. Un épisode de violence conjugale quatre jours avant le jour fatidique est au coeur du procès. « Mme [Barbe] a donné des claques sur le chest et un coup de poing dans l’oeil [à Fredette]. Qui a eu la conduite menaçante ? Est-ce que c’est Mme Barbe ? M. Fredette ? Les deux ? », s’est interrogé Me Martin.

L’avocat de la défense a relevé également que le couple avait « fait l’amour » la veille du jour fatidique. « Quand on fait l’amour, il n’y a pas de harcèlement. […] Rien dans la preuve ne montre qu’entre le 10 et le 13 [septembre], il y a quelque chose d’harcelant pour M. Fredette », a plaidé Me Martin.

Après avoir causé la mort de Véronique Barbe, Ugo Fredette est parti en camion avec un enfant jusqu’à une halte routière de Lachute. À ce moment, l’homme de 44 ans était « marqué au fer rouge » par « l’image de sa blonde ensanglantée ». « Cette image-là l’a hanté pour tout le restant de la séquence des évènements. Ce n’est pas dénué de sens que cette image ait pu colorer l’ensemble de ses actes et décisions par la suite », a maintenu Me Martin.

Ugo Fredette soutient s’être battu avec Yvon Lacasse, 71 ans, lorsque ce dernier semblait sur le point de s’emparer de l’enfant. Les deux hommes se sont battus à l’intérieur du véhicule d’Yvon Lacasse, puis sont ressortis à l’extérieur. C’est là qu’Ugo Fredette a fait tomber au sol le septuagénaire avec une prise de judo.

« Utilisez votre gros bon sens. Pensez-vous qu’il y a eu une bagarre dans cette auto-là vu le sang que vous voyez ? C’est la question que vous allez devoir répondre », s’est interrogé Me Martin dans sa plaidoirie.

L’avocat de la défense s’est ensuite attaqué aux témoignages du pathologiste judiciaire et d’une experte en projection de sang. Cette dernière a témoigné qu’il n’y avait eu aucune bagarre à l’intérieur du véhicule, alors que le médecin a soulevé qu’Yvon Lacasse avait reçu un coup au sol. « Premier problème : posez-vous la question si ce n’est pas un peu curieux que les deux individus arrivent à cette conclusion-là », a lancé Me Martin.

« Quand [le pathologiste] nous dit que c’est un coup de pied qui est donné, son guess est aussi bon que le mien. Si je dis que c’est un coup de pied sur le nez et que la fracture à la mâchoire, ce sont les animaux qui ont causé ça. C’est fondé sur strictement rien ! », a plaidé Me Martin. Des paroles qui ont provoqué des murmures dans la salle bondée du palais de justice de Saint-Jérôme. Le corps d’Yvon Lacasse a été retrouvé quelques jours plus tard dans un boisé dans un piètre état.

L’avocat d’Ugo Fredette a conclu sa plaidoirie en invitant le jury a avoir le « courage de dire non » si un doute raisonnable subsiste. Une déclaration qui a incité la juge à faire une directive au jury pour ignorer le terme « courage » dans leurs délibérations qui devraient s’amorcer la semaine prochaine. Le procureur de la Couronne Me Steve Baribeau plaidera vendredi.