( Saint-Jérôme) Deux enfants ont été témoins de l’horreur. Ils ont assisté, impuissants, aux derniers instants de la conjointe d’Ugo Fredette, peu de temps avant le déclenchement d’une alerte AMBER il y a deux ans. « Mon cœur battait vraiment vite, je voulais pas voir qu’elle mourait », a confié le garçon de 9 ans, le soir du meurtre de Véronique Barbe.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Au troisième jour du procès d’Ugo Fredette pour les meurtres au premier degré de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse le 14 septembre 2017, le jury a visionné mardi la vidéo de l’interrogatoire du garçon le jour du drame. Dans son témoignage crève-cœur, l’enfant, maintenant âgé de 11 ans, fait un récit candide, mais vif, des tragiques évènements.

Ce jour-là, le garçon joue « à la guerre » avec un garçon plus jeune dans le sous-sol de la résidence des Fredette-Barbe. Soudain, il entend la victime crier. Il monte à l’étage. Dans le salon, la femme de 41 ans le somme d’appeler la police, alors qu’Ugo Fredette lui demande de s’en aller. « Mais je n’ai pas appelé », explique-t-il à la policière.

Il voit ensuite Véronique Barbe courir vers l’arrière de la maison en criant « à l’aide » à deux reprises. Ugo Fredette revient dans la maison en la retenant de façon à lui « couper le souffle ». Le garçon place alors ses deux mains jointes sur le bas de son ventre pour montrer de quelle façon l’accusé tenait la victime.

« Ugo l’avait prise quand elle était dehors, puis elle disait : “ouch ! ”, je crois. Il l’avait rentrée, puis après elle était couchée par terre, elle respirait fort », résume l’enfant.

Le garçon se tient toujours devant la porte d’entrée avant, même si l’accusé lui a demandé de partir. « Je suis resté un petit peu, jusqu’à temps qu’elle se mette par terre et respire très fort. Puis après ça, j’étais parti parce que je me demandais si… si elle allait mourir », lâche-t-il.

« Je croyais qu’elle allait mourir, parce qu’elle respirait fort, puis un moment donné… qu’elle allait arrêter, parce que c’est bizarre de voir une personne en train de respirer très fort… », précise-t-il, lorsque la policière le questionne sur l’état de Véronique Barbe.

Pendant ce temps, Ugo Fredette était en train de « respirer » dans le lavabo, raconte le garçon. « Il était penché comme s’il buvait de l’eau », dit-il. Un autre garçon, plus jeune, pleure dans la cuisine, près de la victime. « Il disait un truc… T’es capable, il faut pas que tu meures », murmure le garçon à la policière.

PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE

Le témoignage du garçon s’ajoute à celui de Christine Gouin, une voisine qui a entendu le « cri de mort » d’une femme chez l’accusé. Lundi, elle a raconté au jury avoir vu Ugo Fredette tirer sa conjointe amorphe dans la maison, les bras sous ses aisselles. Véronique Barbe était alors « molle » comme une « poupée de chiffon ». Quatre jours plus tôt, elle avait entendu sa voisine crier : « Lâche-moi ! Je t’ai dit de me lâcher ! Laisse-moi tranquille ! ».

Selon la théorie de la Couronne, Ugo Fredette a poignardé sa conjointe Véronique Barbe à une dizaine de reprises avec deux couteaux différents. D’abord sur le patio arrière de leur maison de Saint-Eustache, puis à nouveau à l’intérieur de la résidence. La poursuite entend prouver qu’Ugo Fredette était incapable d’accepter leur séparation.

Une « poche de patates »

Une alerte AMBER pour retrouver un enfant dans la présente affaire a été déclenchée vers 19 h 20, le 14 septembre 2017, a expliqué Jean-François Veillette, coordonnateur à la Sûreté du Québec. Dans son bref témoignage, le policier a surtout expliqué au jury les détails du protocole de l’alerte AMBER.

Un autre témoin a relaté avoir aperçu un homme transporter un enfant comme une « poche de patates » devant la résidence d’Ugo Fredette, sur le boulevard Antoine-Séguin, le jour du meurtre. Il n’y avait rien d’anormal à la situation, selon lui. « L’enfant ne se débat pas », a dit Normand Dufresne. C’est quelques heures plus tard qu’il a fait le lien entre cet enfant et l’alerte AMBER qu’il a reçu sur son téléphone.

Ugo Fredette est également accusé du meurtre au premier degré d’Yvon Lacasse. Selon la poursuite, il a tué l’homme de 71 ans pour lui voler son véhicule à une halte routière de Lachute, une heure après sa fuite avec un enfant. Le corps de M. Lacasse a été découvert dans un boisé de Harrington. Ugo Fredette a finalement été arrêté le lendemain, en Ontario, au terme d’une poursuite policière, selon la Couronne.

Le procès se poursuit mercredi au palais de justice de Saint-Jérôme.