Christine Gouin a entendu le « cri de mort » d’une femme chez ses voisins. Elle a ensuite vu Ugo Fredette tirer dans sa maison sa conjointe, alors « molle » comme une « poupée de chiffon ». Au second jour du procès pour double meurtre d’Ugo Fredette lundi, la voisine du couple a fait un récit émotif de la scène de chaos chez ses voisins le jour de la mort de Véronique Barbe, il y a deux ans, à Saint-Eustache.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Alertée par un « horrible cri » sur l’heure du souper, le 14 septembre 2017, Christine Gouin se précipite sur son balcon arrière. « Ça crie tellement fort. C’est un hurlement ! », témoigne-t-elle. Elle aperçoit, quelques mètres plus loin, un jeune enfant frapper en direction d’Ugo Fredette avec un objet noir qui ressemble à une « nouille de piscine ». Véronique Barbe fait alors face à son conjoint.

« Je vois que [l’enfant] a quelque chose dans ses mains et il frappe par en avant. Il frappe et ça crie. Ça crie fort », lâche-t-elle d’un trait, la voix étranglée par l’émotion.

La voisine se tourne vers son mari, à l’intérieur de sa résidence, et lui demande d’appeler le 911. Elle remplit alors sa promesse, puisque deux jours plus tôt, elle avait promis à Véronique Barbe de contacter les policiers en cas de chicane conjugale. « Dis au 911 que ça brasse rare l’autre côté ! Tu dis : violence conjugale ! », lance-t-elle à son mari.

« Je me suis repositionnée pour regarder. J’ai vu Ugo qui tenait Véronique par en dessous des bras, il la tirait vers la porte-patio et il tirait fort. Et Véronique ne bougeait plus, elle était comme une poupée, la tête penchée par avant, elle avait l’air toute molle. J’étais tellement en panique, j’aurais voulu crier… Mais c’était comme si le nom d’Ugo et Véronique ne venait plus à ma bouche », témoigne avec émotion Mme Gouin.

Selon la théorie de la Couronne, Ugo Fredette a tué Véronique Barbe ce jour-là en la poignardant à une dizaine de reprises sur le patio arrière, puis avec un autre couteau à l’intérieur de la maison, en présence d’un enfant. La poursuite entend prouver qu’Ugo Fredette était incapable d’accepter leur séparation.

« N’appelle pas la police »

Quatre jours avant le meurtre, le 10 septembre 2017, Christine Gouin a entendu le couple Fredette-Barbe se chicaner bruyamment sur l’heure du souper. « J’ai entendu une claque, comme si quelqu’un giflait quelqu’un. Ça parle encore fort. Ugo dit à Véronique d’arrêter de parler fort, mais elle continue. Il dit deux ou trois fois : n’appelle pas la police », a témoigné Mme Gouin.

Vers minuit, Christine Gouin est réveillée par une alarme provenant d’une maison du voisinage. « J’ai entendu la voix de Véronique qui criait : Lâche-moi ! Je t’ai dit de me lâcher ! Laisse-moi tranquille ! », a raconté Mme Gouin, en haussant la voix pour imiter le ton de sa voisine.

Deux jours plus tard, Véronique Barbe s’est présentée chez sa voisine pour lui présenter ses excuses pour les évènements de l’autre jour. C’est là que la victime lui a dit être surprise que personne n’ait appelé les policiers pendant leur chicane. « J’aurais aimé que quelqu’un le fasse », confie Véronique Barbe à sa voisine.

La victime de 41 ans raconte à Mme Gouin qu’elle compte écouler encore « un mois » avant de réévaluer son couple. La voisine s’est alors engagée à appeler les policiers la prochaine fois qu’elle l’entendrait crier ou se chicaner avec son conjoint. « On lui a fait la promesse », témoigne-t-elle.

Deux ans plus tard, Christine Gouin est toujours rongée par les regrets. « Je me sens coupable de ne pas avoir appelé [la police] le 10 [septembre], parce que si on avait appelé le 10 … Est-ce que Véronique serait encore vivante aujourd’hui ? Est-ce qu’elle aurait vidé son cœur ? Je ne le sais pas, et je ne le saurais jamais », lâche-t-elle en fixant le jury, visiblement émue.

En contre-interrogatoire, Mme Gouin a mentionné qu’une policière avait pour la première fois de sa carrière dû « déclarer une alerte Amber ». Elle n’a toutefois pas donné d’autres détails au jury.

Ugo Fredette est également accusé du meurtre au premier degré d’Yvon Lacasse. Selon la poursuite, il a tué l’homme de 71 ans pour lui voler son véhicule à une halte-routière pendant sa cavale. Ça faisait alors une heure qu’il s’était enfui avec un enfant, après avoir tué Véronique Barbe. Le corps de M. Lacasse a été découvert dans un boisé de Harrington. Ugo Fredette a finalement été arrêté le lendemain, en Ontario, au terme d’une poursuite policière, a indiqué vendredi Me Steve Baribeau dans son exposé introductif.

Le procès se poursuit mardi au palais de justice de Saint-Jérôme.