Ebamba Ndutu Lufiau, le complice et chauffeur du meurtrier d’Angelo D’Onofrio, assassiné sur une terrasse d’un café de la rue Fleury il y a trois ans, a écopé vendredi de huit ans d’emprisonnement pour homicide involontaire. La mort de l’innocent septuagénaire a semé « souffrance » et « désespoir » dans la famille de la victime, a conclu le juge Daniel Royer.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Jeff Joubens Theus a criblé de balles Angelo D’Onofrio en plein jour, le 2 juin 2016, sur la terrasse du café Hillside, dans l’est de Montréal. Or, l’assassin croyait tuer Antonio Vanelli, un membre du crime organisé italien montréalais et habitué du café. Le tireur a ensuite pris la fuite avec Ebamba Ndutu Lufiau qui l’attendait dans un véhicule. Le chauffeur était d’ailleurs passé deux fois devant le café-bar deux heures avant l’assassinat.

Si Jeff Joubens Theus a écopé de la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans au terme de son procès devant jury, Ebamba Ndutu Lufiau a été acquitté de meurtre et s’en est tiré avec une condamnation moindre d’homicide involontaire le mois dernier. Le juge a conclu que le chauffeur ne connaissait pas nécessairement les intentions meurtrières du tireur.

Le procureur de la Couronne, Me Éric de Champlain, réclamait dix ans de détention, alors que l’avocat de Lufiau, Me Steve Hanafi, demandait une peine de 18 à 30 mois. Cette dernière suggestion a été qualifiée de « déraisonnablement clémente » par le juge Royer. Le magistrat a également rejeté la proposition « trop sévère » de la poursuite.  

Il lui reste quatre ans et 11 mois à purger sur sa peine de huit ans en tenant compte du temps purger en détention préventive.

Le juge a retenu de nombreux facteurs aggravants dans la détermination de la peine comme la commission du crime dans un lieu public, la soigneuse planification du crime et l’appât du gain de l’accusé. Selon le juge, Ebamba Ndutu Lufiau aurait dû au moins prévoir que son complice risquait de blesser gravement quelqu’un.  

Le juge Royer a aussi considéré dans sa décision que Ebamba Ndutu Lufiau avait commis l’infraction de complicité après le fait de meurtre, même s’il n’a pas été accusé de ce crime. « [Il s’agit] d’une circonstance aggravante qui nécessite qu’une attention particulière soit portée sur les facteurs de dénonciation et de dissuasion générale », soutient le juge.

La « violence du meurtre » et les traumatismes causés à la famille constituent d’autres conséquences aggravantes, a estimé le juge Royer. La famille de la victime a déposé de poignants témoignages écrits il y a deux semaines à l’étape des observations sur la peine.  

« Depuis la tragédie du 2 juin 2016, la famille D’Onofrio continue de souffrir. Il était dans le crépuscule de sa vie qui lui a été enlevée injustement. Les actions inhumaines de cette terrible journée ne devraient jamais être pardonnées », a témoigné la famille.  

« Il y a à peu près 60 ans, M. D’Onofrio a quitté l’Italie pour venir s’installer au Canada sans ses possessions et avec l’intention d’y vivre une meilleure vie. Il a tiré profit des opportunités qui lui ont été offertes et, avec persévérance, un travail acharné et une bonne volonté, il a réussi à bien profiter de sa vie. Les parents d’Ebamba Ndutu Lufiau ont fait beaucoup de sacrifices pour lui permettre de venir au Canada pour qu’il vive une meilleure vie, comme M. D’Onofrio. Cependant, au lieu de travailler assidûment et avec acharnement, afin de contribuer à la société d’une manière positive, Lufiau a choisi de s’adonner à une vie criminelle. Ses mauvais choix ont causé une souffrance à une famille entière et enlevé un bon citoyen de ce monde », ont notamment écrit les membres de la famille D’Onofrio.

-Avec Daniel Renaud, La Presse