«Je ne comprends pas, je ne comprends pas. Ce qui a été fait n'est pas logique. Pourtant, je lui avais parlé le matin même et je n'ai rien décelé du drame qui allait se produire.»

Mis à jour le 16 janv. 2012
Daphné Cameron LA PRESSE

La voix étranglée par l'émotion au bout du fil, Lise Legault, 71 ans, est assommée. Le drame dont elle parle secoue la petite municipalité de Verchères depuis vendredi. Il l'a plongé dans un état de choc. Son mari depuis 45 ans, Rolland Belzil, 70 ans, est soupçonné d'avoir poignardé à mort son voisin, Ronald Malo, 80 ans, à la suite d'une chicane de clôture qui perdure depuis 12 ans. M. Belzil se serait ensuite rendu à l'hôtel de ville où il aurait attaqué, à l'aide du même couteau, le directeur général de la Ville Luc Forcier et son adjoint Martin Massicotte.

Deux accusations de tentative de meurtre seront déposées aujourd'hui à la chambre criminelle du palais de justice de Sorel relativement à cette affaire, a indiqué, hier, le capitaine Michel Lefèbre, de la Régie intermunicipale de police Richelieu Saint-Laurent, qui mène l'enquête. Selon le capitaine Lefèbre, une troisième accusation de meurtre au premier degré, la plus grave prévue au Code criminel, devrait être déposée en Cour supérieure lorsque l'autopsie de Ronald Malo et l'analyse des pièces à conviction seront terminées.

Hier après-midi, le suspect était toujours hospitalisé à l'hôpital Pierre-Boucher à Longueuil où il a été examiné par un psychiatre. Une demande de transfert à l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel a été déposée.

«Je lui ai parlé au téléphone le matin (du drame) et il semblait calme, il m'a dit que tout allait bien», a expliqué Mme Legault. «J'ai appris ce qui s'était passé en regardant les nouvelles. Depuis, je ne sais pas où il se trouve, ni dans quel état il est. Les policiers m'ont dit que je n'avais pas le droit de lui parler.»

Des années de harcèlement

La famille de Ronald Malo n'est pas surprise de la tournure tragique des événements. Selon le témoignage du fils de M. Malo, Sylvain, une vieille querelle de voisins serait à l'origine du drame.

L'affaire aurait débuté il y a une douzaine d'années lorsque Ronald Malo a vendu une propriété à M. Belzil sur la route Marie-Victorin, qui longe le fleuve Saint-Laurent, sur la Rive-Sud de Montréal. M. Malo a conservé une grange et un terrain à côté du lot vendu à M. Belzil. La famille Malo avait pour habitude de pique-niquer et de passer du temps sur la terre du patriarche, ce que M. Belzil ne semblait pas apprécier.

«Il a mis de la broche piquante sur notre balançoire, coupé des fleurs et des arbres, nous regardait avec des jumelles, tout ce qu'il pouvait le faire, il le faisait», affirme Sylvain Malo. «Puis, il y a eu les menaces de mort.»

L'affaire a été portée devant les tribunaux et des ordonnances ont été émises pour l'empêcher de s'en prendre à la famille Malo.

Sylvain Malo raconte qu'au printemps, M. Belzil a construit un muret de terre entre les deux propriétés ce qui a causé l'inondation de la propriété. Une mise en demeure a récemment été envoyée à M. Belzil pour qu'il détruise le muret. Selon Sylvain Malo, c'est la goutte qui aurait pu faire déborder le vase.

Les policiers de la région étaient au fait du dossier. Le capitaine Lefèbre raconte que lorsque l'attaque à l'hôtel de ville a été rapportée sur les ondes radio de la police, des patrouilleurs se sont immédiatement rendus au domicile de M. Malo pour voir s'il était en sécurité. La femme de M. Malo et les policiers se sont alors rendus à la grange de M. Malo où ils l'ont découvert gisant mort, une marre de sang sous son tracteur. «C'était une attaque sauvage», déplore Sylvain Malo. «Sa terre, c'était son coin de paradis. Nous aurions été heureux qu'il meure à cet endroit, mais pas de cette façon.»

Les deux fonctionnaires municipaux attaqués ont subi des lacérations à la tête. Heureusement, ils n'ont subi que des blessures mineures. Ils ont reçu leur congé de l'hôpital le soir même. Interrogés par La Presse, tous deux assurent qu'ils vont bien, malgré le choc. Pour l'instant, ils ne souhaitent pas parler publiquement de l'événement.

On ne sait pas pourquoi les deux hommes ont été ciblés par M. Belzil. Selon le capitaine Lefèbre, une affaire liée à des permis émis par la municipalité semble être le mobile.