N'ayant trouvé aucun facteur qui aurait pu atténuer la punition de Saïd Namouh pour ses activités terroristes, le juge Claude Leblond lui a imposé une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération avant dix ans, aujourd'hui, au palais de justice de Montréal.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Ce marocain d'origine devient ainsi la deuxième personne au Canada, et la première au Québec, à écoper de la peine maximale pour ce genre de crime, depuis l'adoption des nouvelles mesures antiterroristes, après le 11 septembre 2001. Les autres causes, deux en fait (l'affaire Khawaja et le projet Osage) ont été jugées en Ontario.

En ce qui concerne Namouh, âgé de 37 ans, au terme de son procès l'automne dernier, il a été déclaré coupable de complot à l'engin explosif, participation aux activités d'un groupe terroriste, facilitation de leurs activités et extorsion par association. Les faits se sont produits entre novembre 2006 et septembre 2007, alors qu'il demeurait dans la région de Maskinongé et de Trois-Rivières. En plus de faire la promotion du Jihad par le biais d'internet pour le Global Islamic Media Front, ses clavardages démontrent qu'il était sur le point de quitter le Canada pour commettre un attentat outre mer, vraisemblablement en se faisant exploser lui-même dans une opération kamikaze. «Mon cher frère je te charge de mon fils et donnez-moi une voiture pleine... Le congé c'est ou bien la prison ou la mort en martyr. Avec la volonté d'Allah. Hahahaha.», écrivait-il entre autres, en août 2007, alors qu'il s'entretenait avec un co-conspirateur en Autriche.

«Conspirer pour commettre un attentat terroriste à l'explosif avec comme conséquences prévisibles la mort de nombreuses personnes innocentes et des dommages matériaux importants est un crime très grave qui va à l'encontre des valeurs les plus fondamentales de notre société. Que l'attentat devait avoir lieu dans un autre pays ne change rien à la situation», a fait valoir le juge Leblond, en rendant sa décision. Le magistrat a relevé le zèle et l'enthousiasme démontrés par Namouh, dans ses activités. L'homme avait 35 ans au moment des faits, il n'a donc pas l'excuse de la jeunesse. De plus, le fait qu'il ait commis ses crimes pendant près d'un an, démontre qu'il ne s'agit pas d'un incident isolé.

Pas crédible

Le juge a par ailleurs trouvé que l'accusé avait totalement manqué de crédibilité et qu'il avait même essayé de manipuler le tribunal, quand il a témoigné à son audition avant sentence. Namouh s'était décrit comme un homme opposé à l'utilisation de la violence. Il arguait qu'il n'avait jamais utilisé des mots de violence sur internet. Ces affirmations «médusent le tribunal» a noté le juge, avant de signaler que le «discours violent est partout dans la preuve.» Namouh avait notamment diffusé une méthode de fabrication de ceintures explosives, et des conseils d'utilisation, comme l'endroit ou le kamikaze doit se placer dans un autobus, pour tuer le plus de gens possible.

Détenu depuis son arrestation le 12 septembre 2007, Namouh a accueilli la décision sans broncher. Le procureur de la Couronne Dominique Dudemaine était très satisfait de l'issue du procès, puisqu'il a obtenu exactement la peine qu'il demandait pour l'accusé. Me René Duval, qui défendait Namouh, trouve pour sa part la peine extrêmement sévère et n'écarte pas la possibilité d'aller en appel. L'avocat s'est plaint du peu de moyen accordé à son client. «Il est indigent, et il n'a eu qu'une aide juridique frugale», a lancé Me Duval, qui croit toujours que son client n'est pas dangereux. Selon lui, l'impression de dangerosité vient de Rita Katz, l'experte en terrorisme sur internet, qui a témoigné pour la Couronne au procès. «Je continue de penser que sa marque de commerce est l'exagération», a dit Me Duval, au sujet de Mme Katz.

Notons enfin qu'une mesure d'expulsion a été déposée contre Namouh. Celle-ci est déjà contestée par voie d'appel, a indiqué Me Duval. Né au Maroc et deuxième d'une famille de sept enfants, Namouh a une formation de machiniste. Il a un fils d'une dizaine d'années, avec une femme au Maroc. Il est arrivé au Québec en 2003, après avoir épousé une québécoise beaucoup plus âgée que lui. Cette union n'a pas duré.