Les allégations d’agression sexuelle visant le cardinal Marc Ouellet suscitent déjà leur lot de réactions au Québec. L’ombudsman de l’archidiocèse de Montréal, MMarie Christine Kirouack, qui a fait paraître mercredi son rapport annuel, avoue être « très sollicitée » par des victimes dans la foulée de cette affaire.

Publié le 17 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Je reçois beaucoup d’appels de victimes qui me disent : ‘‘si une victime a eu le courage de s’attaquer à un cardinal, je peux le faire’’. On sent une grosse identification en lien avec les accusations qui ont été médiatisées », a expliqué Mme Kirouack en entrevue avec La Presse, mercredi.

La veille, mardi, le cardinal québécois Marc Ouellet avait été visé pour la première fois par des allégations d’agression sexuelle dans un document judiciaire déposé mardi. L’influent homme d’Église aurait commis des gestes de nature sexuelle sur une jeune femme dans les années 2000. Le pape François a même lancé une enquête sur le cardinal l’an dernier.

La plaignante reproche au cardinal des massages, des caresses au dos « jusqu’à ses fesses » et des commentaires déplacés. La jeune femme craignait tellement le cardinal qu’elle devait le « fuir » pendant les rencontres publiques, affirme-t-elle dans le document judiciaire.

MKirouack affirme avoir reçu déjà « quatre plaintes formelles » en 24 heures de victimes de membres du clergé de Montréal, en plus de plusieurs demandes d’information, soit un rythme beaucoup plus important qu’à la normale. « On sent vraiment l’effet de l’affaire entourant le cardinal Ouellet. Il faut souligner le courage qu’ont ces victimes de nous appeler », dit l’ombudsman.

« Faire le ménage » dans les dossiers

La juriste dit par ailleurs vouloir « faire le ménage » dans les dossiers d’abus sexuels « non traités » au sein de l’institution cléricale dans les dernières années.

À ce jour, 11 plaintes d’abus sexuels reçues par le comité consultatif de l’archidiocèse concernent des plaintes antérieures à 2021 qui n’ont « pas été traitées de façon satisfaisante » par le passé, lit-on dans le rapport. « Il peut y avoir plusieurs raisons pour ça, explique MKirouack en entrevue. Je pense qu’on ne désirait pas les traiter. Dans certains cas, elles ont été traitées, mais on a décidé à une certaine époque qu’on ne prenait pas de sanctions. J’ai même fait face à des mentions « détruits » dans certains dossiers qui décrivaient pourtant des abus sexuels. Je suis en train de faire le ménage. »

Elle soutient avoir reçu sept plaintes depuis avril, dont six ont été retenues et adressées au comité consultatif. Quelque 22 autres plaintes ont aussi été envoyées aux vicaires généraux et au directeur de l’Office du personnel pastoral de l’archidiocèse. Parmi les sept plaintes retenues, on comptait six motifs d’abus psychologique, deux d’abus physique, un d’abus sexuel, un d’abus financier et un d’abus spirituel.

« Ce que je veux que les gens retiennent de ce rapport, c’est que c’est essentiel de dénoncer, pour faire en sorte qu’il n’y ait plus d’abus, dont les abus sexuels au sein de l’Église », insiste MKirouack, qui est aussi directrice du Programme d’aide aux membres du Barreau du Québec.

J’ai un mandat clair. J’ai accès à tout ce que je demande, dont les archives secrètes. J’en ai au moins pour un an à faire le tour de tout, à analyser chacun des dossiers qui ont été mal traités.

MMarie Christine Kirouack, ombudsman de l’archidiocèse de Montréal

Son rapport fait suite au dépôt, début juin, d’un audit externe qui avait été réalisé par le juge à la retraite André Denis. Ce dernier avait découvert, en examinant plus de 6800 dossiers archivés entre 1940 et 2021, pas moins de 87 personnes travaillant au sein de l’Église qui faisaient l’objet d’allégations confirmées d’abus sexuels, soit sur des mineurs, soit sur des adultes vulnérables.

Malgré des problèmes qui persistent, Mme Kirouack dit constater une « amélioration du processus de traitement des plaintes ». « Celui-ci fonctionne mieux et les délais, notamment pour envoyer des lettres ou donner suite à des recommandations, se sont améliorés. La période de rodage du nouveau processus n’est pas encore terminée, mais les choses avancent dans une meilleure direction », note-t-elle.

Christian Lépine, l’archevêque de Montréal, a réitéré mercredi son « entière collaboration » avec l’ombudsman « pour faire toute la lumière sur de telles situations inacceptables », remerciant du même coup MKirouack pour « l’accompagnement exceptionnel qu’elle prodigue aux victimes ».

En savoir plus

  • 123
    Depuis la création du poste d’ombudsman de l’archidiocèse de Montréal en mai 2021, 123 plaintes ont été reçues, dont 58 relatives à des abus survenus au cours des 70 dernières années.
    Source : Ombudsman de l’archidiocèse de Montréal
    58
    Des 62 personnes visées par des plaintes d’abus soumises au comité consultatif de l’archidiocèse, 58 étaient des religieux, dont 32 membres de communautés religieuses, 26 membres du clergé et 4 laïcs.
    Source : Ombudsman de l’archidiocèse de Montréal