Montréal allonge un million pour retaper 25 jardins communautaires à travers l’île, en plus d’en créer un nouveau. Dix arrondissements bénéficieront ainsi d’aides directes pour entamer des projets de rénovation de ces espaces, jugés « essentiels » pour développer la résilience alimentaire des communautés.

Publié le 10 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est le soutien le plus important qu’on offre aux jardins communautaires et collectifs depuis la création de Montréal telle qu’on la connaît, il y a 20 ans », a expliqué la responsable de l’environnement et de la transition écologique, Marie-Andrée Mauger, lors d’une séance du comité exécutif mercredi.

Elle faisait ainsi référence l’adoption de la loi 170 du gouvernement de Lucien Bouchard qui, en 2002, a fusionné toutes les municipalités de l’île au sein d’une seule entité : celle de la Ville de Montréal. Depuis cette date, les jardins communautaires sont devenus une compétence d’arrondissement.

Au total, 996 000 $ seront remis à 10 arrondissements, soit Pierrefonds-Roxboro, Saint-Laurent, Ahuntsic-Cartierville, Montréal-Nord, Anjou, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, le Sud-Ouest, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et Rosemont-La-Petite-Patrie, pour un total de 26 projets.

La plupart sont des initiatives de « revalorisation » ou d’agrandissement, mais un nouveau jardin collectif verra aussi le jour au parc Azellus-Denis, sur la rue De Castelnau. Pour Mme Mauger, cet investissement sera une « bouffée d’air frais » pour les jardins communautaires, qui ont selon elle plusieurs bienfaits comme « la favorisation de la production locale de fruits et de légumes, qui contribuent à notre autonomie alimentaire ».

« On réduit les îlots de chaleur, on protège les espaces verts, on enrichit la biodiversité et on enracine la nature dans la ville », a expliqué Mme Mauger, en parlant aussi « d’outils puissants pour briser l’isolement et tisser des liens » dans les communautés.

De 120 à 160 hectares

Dans sa Stratégie d’agriculture urbaine adoptée en 2021, Montréal vise notamment à augmenter le nombre d’hectares de superficies cultivées à 160 hectares d’ici 2026, ce qui représenterait une hausse significative de 33 % par rapport à 2021, date où on en comptait 120.

L’engouement pour le jardinage en milieu urbain est actuellement très fort, surtout depuis la pandémie de COVID-19. En avril, la firme Angus Reid démontrait dans un sondage que plus d'un million de ménages canadiens souhaitent s’initier au jardinage en 2022, nombre qui s’ajoute à celui des jardiniers convertis durant la pandémie et avant.

Mais il y a l’envers de la médaille. En mai, Radio-Canada révélait que l’attente pour obtenir une place dans un jardin communautaire est en forte hausse à Montréal. Dans certains secteurs très denses comme Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, il faut carrément attendre entre six et dix ans avant d’avoir une place. Idem sur le Plateau Mont-Royal (de sept à dix ans) ou encore à Verdun (trois ou quatre ans). Plus au nord, la situation est plus tolérable ; on doit attendre d’un à trois ans dans Ahuntsic-Cartierville.

« Si, en 2020, l’insécurité alimentaire était un argument fort pour inciter les gens à cultiver leurs aliments à la maison, cette considération est partiellement redirigée vers des soucis d’abordabilité et de fraîcheur des aliments », a par ailleurs expliqué en avril le directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, Sylvain Charlebois.