Montréal intensifie sa surveillance à l’endroit des automobilistes qui se garent illégalement dans les pistes cyclables. Après le Réseau express vélo (REV) Saint-Denis, des agents circuleront maintenant sur sept axes achalandés pour remettre des constats d’infraction. Et bientôt, ils pourront aussi remorquer les voitures bloquant le passage.

Publié le 10 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est illégal de se garer sur une piste cyclable, et on veut que ça se sache », résume la responsable du transport et de la mobilité au comité exécutif montréalais, Sophie Mauzerolle, en entretien avec La Presse.

Fin mai, quand elle a annoncé son programme vélo 2022, l’administration Plante avait révélé que le REV Saint-Denis ferait l’objet d’un projet pilote de surveillance continue afin de sévir contre les véhicules garés sur des pistes cyclables, un phénomène « de plus en plus signalé » aux autorités municipales. Ce sont des agents de l’Agence de mobilité durable (AMD) qui y sont affectés.

Depuis peu, sept axes ont été ajoutés à ce projet pilote : la rue Peel, entre les rues Smith et Ottawa, l’avenue Laurier, entre le boulevard Saint-Laurent et l’avenue Papineau, la rue McGill, entre les rues Saint-Jacques et de la Commune, la rue de Verdun, la rue Adam, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, l’axe Prieur-Sauriol, dans Ahuntsic, et l’axe du REV Viger/Saint-Antoine, dans Ville-Marie et le Sud-Ouest.

Sur la rue Peel, notamment, « on se fait particulièrement interpeller pour des problématiques délétères », assure Mme Mauzerolle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Sophie Mauzerolle, responsable du transport et de la mobilité au comité exécutif de Montréal

Nos agents vont non seulement remettre des constats, mais dans les prochaines semaines, ils pourront aussi remorquer les véhicules sur-le-champ. C’est majeur comme geste.

Sophie Mauzerolle, responsable du transport et de la mobilité au comité exécutif de Montréal

Entre le 1er juin et le 1er août derniers — soit les deux premiers mois du projet pilote, dont un où le REV Saint-Denis était le seul axe surveillé –, la Ville affirme avoir remis plus de 400 constats d’infraction à des automobilistes illégalement stationnés dans une piste cyclable, l’équivalent de sept par jour. L’amende est de 173 $.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

La piste cyclable de la rue Peel, entre les rues Smith et Ottawa, est l’un des axes qui feront l’objet d’une surveillance de l’Agence de mobilité durable.

« Notre volonté reste d’étendre ça à tout le territoire éventuellement, mais on y va graduellement. L’AMD va identifier entre-temps des secteurs où il semble y avoir plus de délinquance, affirme Sophie Mauzerolle. L’idée, en commençant avec le REV Saint-Denis, c’était de voir le degré d’intervention que ça nécessiterait et le nombre d’agents nécessaires. C’est aussi un axe avec des secteurs plus commerciaux, d’autres plus habités, donc ça donne une idée d’où se situent les principales problématiques. »

La sécurité d’abord

Chez Vélo Québec, le président et directeur général, Jean-François Rheault, applaudit l’initiative. « On est surtout heureux de voir que la Ville s’ajuste rapidement, à la suite d’un projet pilote, en cours d’année. Le REV Saint-Denis n’est pas l’axe où il y a le plus de problèmes. Ajouter McGill et Verdun, ça sera particulièrement utile. C’était ceux qu’on avait nommés pour le futur », réagit-il.

Quant au remorquage des véhicules bloquant le passage, M. Rheault rappelle qu’une telle pratique est déjà utilisée dans plusieurs villes, certaines le faisant même dans les voies réservées. « C’est certain que ça aide à régler le problème de sécurité, et de manière instantanée. Ça participe aussi à l’éducation, au changement des comportements. Quand ça nous arrive, on s’en souvient et on fait attention », croit le PDG.

Il appelle la Ville à « continuer de collecter des données » sur l’évolution du réseau cyclable, pour « s’ajuster constamment » et ajouter encore plus de surveillance sur plus d’axes, au fur et à mesure que le nombre de passages quotidiens augmente.

Souvent, quand ça arrive, un véhicule stationné dans une piste cyclable, la façon de le dénoncer est d’appeler le 911. Mais ce n’est vraiment pas le meilleur outil. Avoir une escouade dédiée, on pense que ça va vraiment améliorer la sécurité des cyclistes, qui sont déjà plus vulnérables.

Jean-François Rheault, PDG de Vélo Québec

Le tout survient alors que le Québec a connu une hausse marquée du nombre de cyclistes hospitalisés durant la pandémie, un phénomène complètement opposé à la tendance dans le reste de la population. Selon des données publiées mardi par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), le nombre d’hospitalisations dues à une blessure à vélo a augmenté de 20 % pour la période du 1er avril 2020 au 31 mars 2021. Quelque 1199 cyclistes se sont ainsi retrouvés aux urgences durant cette période, contre 1001 pour la même période l’année précédente.

Pendant ce temps, alors que les Québécois étaient invités à rester chez eux en raison de la pandémie, le nombre d’hospitalisations a connu une chute marquée, passant de 67 374 à 60 792 par rapport à l’année précédente, soit une diminution d’environ 10 %.

L’hypothèse de l’ICIS pour expliquer ces statistiques est toute simple : le nombre de cyclistes a été décuplé durant la pandémie, faute d’autres options sportives disponibles.

Avec la collaboration de Vincent Larin, La Presse

Appel à tous

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