Fierté Montréal a tout simplement oublié d’embaucher du personnel pour assurer la sécurité de son défilé, ce qui a forcé son annulation à la dernière minute, dimanche. Malgré tout, des milliers de personnes se sont rassemblées de façon spontanée pour marcher dans les rues du centre-ville.

Mis à jour le 8 août
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

En matinée, dimanche, le directeur général de Fierté Montréal, Simon Gamache, affirmait qu’environ 80 bénévoles manquaient à l’appel afin de pouvoir bloquer les rues le long du trajet.

Jusqu’à tard samedi, l’organisation espérait toujours pouvoir mobiliser assez de ressources, dit-il, bien conscient que l’annulation à la dernière minute de cet important évènement envoyait une mauvaise image, surtout après deux ans d’absence en raison de la COVID-19.

« Toute la semaine, on a eu des enjeux pour nos évènements, tant au centre-ville qu’à l’Esplanade, mais on a réussi à livrer, donc on pensait qu’on serait capables, mais ce matin, c’était très clair qu’on n’y arriverait pas », affirme Simon Gamache.

PHOTO MORGANE CHOQUER, ARCHIVES LA PRESSE

Simon Gamache, directeur général de Fierté Montréal, le 26 juillet dernier

Il y a des cas de COVID, il y a plein de choses là-dedans, ce sont les vacances de la construction, il fait beau, il y a plein de facteurs.

Simon Gamache, directeur général de Fierté Montréal

En fin de journée, dimanche, Simon Gamache a finalement révélé à notre chroniqueur Mario Girard qu’il s’agissait d’un oubli de la part de certains employés de Fierté Montréal. Ceux-ci devaient embaucher environ 100 agents d’accueil rémunérés pour permettre la tenue de l’évènement, ce qui n’a pas été fait.

Lisez la chronique « Une erreur qui fait mal »

Quand La Presse lui a demandé qui était la personne ou le groupe de personnes qui avait commis cette erreur et si ces personnes avaient été récemment embauchées, il a dit : « Je ne veux pas cibler quelqu’un en particulier. Je suis le directeur général et j’en prends l’entière responsabilité. »

Simon Gamache a qualifié d’« épouvantable » la journée qu’il avait passée. Il a par ailleurs indiqué qu’il souhaitait qu’un autre défilé ait lieu dans les prochains jours à Montréal.

À noter, les activités qui devaient se tenir dans le cadre du festival Fierté Montréal sur l’Esplanade du Parc olympique ont été maintenues, dont le spectacle de clôture avec Pabllo Vittar.

Des marches spontanées

Deux groupes au moins se sont formés dans les rues de Montréal en après-midi, quelques heures seulement après l’annonce de l’annulation du défilé de Fierté Montréal. L’un d’eux, mené par un camion orné de banderoles de l’« Afro Pride », est parti de la rue Metcalfe pour se diriger vers le Village en passant dans la rue Sainte-Catherine.

« Tout le monde déteste la police » et « Pride is a riot, not a parade », scandaient les personnes situées à l’avant du deuxième groupe, plus important, qui a marché rue Sherbrooke, puis boulevard Saint-Laurent, entre autres, après s’être formé de façon spontanée depuis la place Émilie-Gamelin.

Là s’étaient rassemblées des centaines de personnes en début d’après-midi, déçues et fâchées de l’annulation annoncée à la dernière minute du défilé de Fierté Montréal.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

William Beaudin et Thomas Rodgers

« C’est inacceptable, il aurait suffi qu’ils lancent un appel aux bénévoles et il y aurait eu tellement de gens qui se seraient portés volontaires », a dénoncé William Beaudin, participant déçu venu manifester au centre-ville malgré tout.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Luc-Alexandre Perron

« Ça ne se peut pas qu’à quelques heures on dise qu’il manque 80 personnes alors qu’il y a des agences de sécurité privées qui peuvent fournir le double de ça en une demi-heure », s’est plaint de son côté Luc-Alexandre Perron, participant de longue date du défilé.

Valérie Plante souhaite un « post-mortem »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a réagi dimanche en faisant part de sa « surprise » et de son « mécontentement » face à l’annulation du défilé. Elle prévoit rencontrer les organisateurs dès lundi.

CAPTURE D’ÉCRAN DU COMPTE TWITTER DE VALÉRIE PLANTE

Valérie Plante, mairesse de Montréal, a réagi dimanche à l’annulation du défilé de Fierté Montréal sur Twitter.

« Ce que je peux vous assurer, c’est que si nous, à la Ville de Montréal, on avait été mis au fait plus tôt qu’il manquait des effectifs ou quoi que ce soit, on aurait mis l’énergie nécessaire », a-t-elle indiqué en point de presse devant l’hôtel de ville.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

C’est ça, ma frustration ce matin, c’est de constater qu’il semble y avoir des décisions qui ont été prises, mais que de notre côté on n’a jamais été informés et ça me déçoit.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« C’est très triste qu’on ne puisse pas célébrer aujourd’hui Montréal ville d’inclusion, Montréal ville de diversité, a-t-elle ajouté. Je suis sûre qu’il y a des milliers de Montréalais qui sont très déçus. »

Dans un tweet publié plus tard, elle a dit s’attendre à « des réponses et un post-mortem », alors que « des questions demeurent autour de l’annulation à la dernière minute ». La Ville de Montréal a notamment déboursé 600 000 $ pour l’organisation du festival Fierté Montréal, dont le défilé est l’évènement phare.

Avec la collaboration de Mario Girard et de Lila Dussault, La Presse

En savoir plus

  • 1979
    Année du premier défilé de la Fierté gaie à Montréal. L’évènement est géré par l’organisme Fierté Montréal depuis 15 ans.
    Source : Fierté Montréal