Une trentaine de ménages pourraient devoir être « hébergés d’urgence » dans un hôtel d’ici vendredi, après le 1er juillet, estime l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM), selon des chiffres dévoilés mardi. La Ville affirme que plus de 80 ménages sont actuellement « accompagnés » par ses services d’aide au logement.

Publié le 28 juin
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est sûr qu’on n’a pas de boule de cristal, mais on prévoit au 1er juillet une nécessité d’héberger environ une trentaine de ménages », a en effet indiqué le directeur de la gestion des demandes, des logements abordables et des suppléments au loyer de l’OMHM, Vincent Brossard, en conférence de presse mardi.

Une quinzaine d’autres foyers avaient déjà été hébergés d’urgence depuis le début de l’année. À ce jour, plus d’un millier d’appels ont été reçus au 311 pour des problématiques d’accès au logement dans la métropole. Plus précisément, 456 requêtes concernaient des situations de « perte de logement » nécessitant une attention plus particulière. Environ 81 foyers ont été directement accompagnés par la Ville et l’OMHM. Montréal invite tous les ménages dans le besoin à contacter le 311, ou encore l’OMHM directement.

Aux propriétaires privés qui voudraient participer à la solution, M. Brossard a lancé une invitation formelle. « On cherche des logements, et surtout des grands logements, donc les propriétaires qui auraient des logements vacants et qui souhaiteraient participer pour éventuellement offrir leur logement, on les invite à nous contacter », a-t-il dit, en rappelant que ces propriétaires peuvent bénéficier d’une subvention.

Le vice-président du comité exécutif et responsable de l’habitation, Benoit Dorais, ne s’en cache pas : la détresse entourant le logement est de plus en plus grande à Montréal. « Je pense que c’est vraiment la conjoncture qui est différente. On voyait depuis un certain temps des pratiques de rénovictions. Ça continue, et on voit également des logements qui pourraient être mis sur le marché et avec lesquels les gens décident plutôt de faire de l’hébergement de courte durée de façon illégale », a-t-il expliqué.

Quand tu veux juste faire plus [d’argent] avec toutes sortes de stratagèmes, c’est quelque chose qui me pue littéralement au nez.

Benoît Dorais, maire du Sud-Ouest

30 millions, une somme insuffisante

M. Dorais déplore que devant l’inabordabilité croissante du marché, les gouvernements supérieurs n’en font tout simplement pas assez. « Il y aurait nettement moins de problèmes si les logements sociaux étaient en train de se construire », a-t-il fustigé, en blâmant Québec et Ottawa.

« Dans le dernier budget, notre demande était claire : 270 millions. Ce n’est pas un chiffre qui est sorti de nulle part, ce sont les besoins définis avec le milieu. Mais là, le gouvernement nous donne 30 millions sur les 270, alors ça ne fonctionne déjà pas. Et puis quand on demande les chiffres, le gouvernement prend du temps pour analyser, et dans le temps qu’on donne l’argent, les prix continuent d’augmenter », a-t-il encore insisté.

En mars, la Ville avait néanmoins souligné que ces 30 millions supplémentaires, directement injectés dans AccèsLogis Montréal, permettraient la réalisation de 2500 logements en attente de financement. La mairesse Valérie Plante avait toutefois indiqué peu après que les besoins étaient encore grands.

Dans les rangs de l’opposition, le chef Aref Salem a dit constater mardi « que la méthode utilisée chaque année par l’administration n’empêche pas l’augmentation du nombre de ménages hébergés ». « Nous devons explorer d’autres façons de faire pour aider les Montréalais. C’est pourquoi en février dernier, Ensemble Montréal a proposé de créer une banque de 100 logements abordables en prévision du 1er juillet, et ce, en collaboration avec des groupes communautaires. Projet Montréal a rejeté cette motion », a martelé M. Salem.

Au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), la porte-parole Véronique Laflamme se dit « rassurée que la Ville de Montréal ait prévu, encore cette année, une aide complète incluant l’hébergement temporaire, le déménagement et l’entreposage pour les ménages qui en auront besoin », et ce, jusqu’au relogement.

« On espère que le programme d’aide aux municipalités du gouvernement du Québec sera bonifié pour tenir compte de la hausse des coûts pour les villes. […] Des mesures structurantes ne peuvent plus attendre. Les fonds fédéraux prennent des années à aboutir. On a l’impression que ni Québec ni Ottawa ne prend la pleine mesure de l’urgence de la situation », affirme-t-elle.

Le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier ces lignes.