S’ils comprennent le contexte difficile dans lequel se trouve CDPQ Infra, des résidants du nord-ouest du Grand Montréal se disent toutefois exaspérés par le nouveau report de plusieurs tronçons du Réseau express métropolitain (REM), dont les antennes du centre-ville, de l’Ouest et du Nord ne verront pas le jour avant la fin de 2024.

Mis à jour le 21 juin
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Je suis très déçu. Et j’espère être encore capable de marcher quand le REM va être fonctionnel. Parce qu’on compte beaucoup là-dessus ici », lance Jean-Pierre Couture, un résidant des Îles-Laval, où une station est en cours de construction depuis plusieurs mois.

CDPQ Infra a annoncé lundi que la livraison de 18 stations du REM, au centre-ville, dans l’ouest de l’île et dans la couronne nord, devra à nouveau être repoussée. Il faudra attendre jusqu’à la fin de 2024, le chantier étant encore durement touché par la découverte d’explosifs centenaires dans le tunnel du mont Royal en juillet 2020. L’ouverture de l’antenne de la Rive-Sud est toutefois maintenue à l’automne 2022. Quant au tracé devant relier l’aéroport au centre-ville, on espère pouvoir « confirmer la date de mise en service cet automne ».

Pour maintenir l’ouverture des antennes Deux-Montagnes et Anse-à-l’Orme en 2024, CDPQ Infra compte « inverser » la séquence de ses tests, en déployant les tests à partir de Saint-Eustache, et non Brossard. Il sera alors possible d’éviter le tunnel du mont Royal et de ne pas retarder les essais. Autrement, l’antenne Deux-Montagnes aurait dû attendre jusqu’en 2026.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Jean-Pierre Couture, résidant des Îles-Laval

Se disant « conscient de la chance » qu’il a de vivre dans un quartier qui sera desservi par le REM, M. Couture ne cache pas qu’il s’impatiente.

Ça va être extraordinaire quand ça va marcher.

Jean-Pierre Couture, résidant des Îles-Laval

Mais en attendant, « certaines journées, il peut passer 100 camions de 12 roues devant chez moi ; on ne peut pas jouir de nos terrains ».

« C’est dur sur le moral »

Non loin de là, Danielle Bélanger et son conjoint Pierre Landriault ont aussi hâte à 2024. « Avec le chantier, on ne peut plus vraiment aller au centre-ville, sauf en voiture. C’est dur sur le moral, ce n’est pas facile », lance Mme Bélanger, qui trouverait « exagéré » de devoir repousser encore. « Avant, je travaillais au centre-ville et ça allait super bien. Là, on espère que, bientôt, on puisse se rendre à Bois-Franc pour aller à Côte-Vertu, puis vers le centre-ville. Ça serait un moindre mal », ajoute quant à lui M. Landriault.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Réjean Gravel, habitant des Îles-Laval

Réjean Gravel, lui, essaie de demeurer optimiste. « C’est sûr que c’est dommage, mais en même temps, des explosifs dans un tunnel, je comprends que ça change la méthode de travail. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs », lance-t-il, déplorant toutefois que la Ville ait manqué une occasion dans son quartier. Pendant les travaux, un secteur situé près de l’alimentation en eau, qu’il juge déficiente, a été ouvert. « Ils auraient pu en profiter pour améliorer le drainage dans notre voisinage », affirme M. Gravel.

On est sur une petite île, on avait une petite station de train, et tout allait bien. Pourquoi a-t-on besoin d’un monstre pareil, si à cinq ou dix minutes d’ici, il y en aura une autre ? Je n’ai jamais compris, et j’aime encore moins avec les retards.

Iris, résidante des Îles-Laval depuis près de 15 ans

L’expert en planification des transports à l’Université de Montréal Pierre Barrieau craint les conséquences qu’auront ces nouveaux reports sur l’usage du transport collectif. « On avait quand même ici une occasion d’aller convaincre les gens, en post-COVID-19, d’embarquer sur le REM. Ce dont j’ai peur, maintenant, c’est que plein de gens adoptent des habitudes, et qu’il soit dur de les convaincre ensuite », résume-t-il.

Des explosifs qui ont tout changé

En novembre 2020, la Caisse de dépôt avait annoncé que l’ouverture de l’antenne empruntant le tunnel du mont Royal allait être reportée de 18 mois à la suite d’une détonation « imprévue ». Les 30 000 trous de forage requis pendant les travaux ont donc dû être réalisés à l’aide d’une caméra et d’un système de contrôle à distance, par mesure de sécurité.

Les « conditions générales de dégradation du mur central de la voûte du tunnel sous [l’avenue] McGill College » sont aussi responsables de ces échéanciers allongés, affirme CDPQ Infra, en plus des effets de la COVID-19 sur la main-d’œuvre et l’approvisionnement.

Aux citoyens frustrés par ces nouveaux retards, le porte-parole de CDPQ Infra, Jean-Vincent Lacroix, suggère de « prendre un pas de perspective ».

On parle d’un projet d’abord annoncé en 2016, et en bout de ligne, qu’on va livrer fin 2024. Moins de 10 ans pour bâtir 67 km de métro léger, c’est un très bon calendrier à l’échelle mondiale.

Jean-Vincent Lacroix, porte-parole de CDPQ Infra

Ces nouveaux retards entraîneront forcément une hausse des coûts. L’estimation de 6,9 milliards ne sera pas respectée, mais on ignore le coût final. Lundi, le ministre des Transports, François Bonnardel, a indiqué que la situation du tunnel du mont Royal était « très imprévisible ». « On aurait aimé avoir une livraison plus tôt, mais les impondérables et ces situations nous amènent à continuer d’appuyer la Caisse », a-t-il noté, en assurant que Québec n’hésitera pas à bonifier les mesures d’atténuation au besoin. « Présentement, les services que nous offrons font le boulot », a-t-il jugé.