Pendant que certaines villes souhaitent que la densification se fasse loin du noyau urbain, comme Saint-Bruno-de-Montarville, qui veut préserver le caractère « villageois » de son centre-ville, d’autres municipalités prennent le taureau par les cornes pour encadrer le développement et contrer l’étalement.

Publié le 31 mai
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

C’est le cas de Saint-Jérôme, dans les Laurentides, où, lundi soir, le maire Marc Bourcier et le conseil municipal ont adopté à l’unanimité, lors d’une séance extraordinaire, une résolution musclée qui imposera une contribution financière aux promoteurs et qui encadrera le développement immobilier à venir.

« La gare intermodale est près du centre-ville, explique le maire en entrevue avec La Presse, dans les rues de la ville de 81 000 habitants. Avec la densification, on veut que les gens se déplacent à pied ou à bicyclette pour obtenir des services, aller au théâtre, au restaurant. »

Notre vision est à l’opposé de [celle de] Saint-Bruno. Nous, on veut densifier notre centre-ville, qui en a bien besoin. On veut qu’il prospère.

Marc Bourcier, maire de Saint-Jérôme

La résolution votée lundi soir marque, selon lui, « un tournant majeur pour Saint-Jérôme ».

« Le résultat mènera vers une meilleure équité fiscale entre les citoyens. Il est temps, pour notre ville, d’adhérer pleinement aux principes de densification de la trame urbaine existante pour contrer l’étalement urbain et diminuer la pression sur les milieux naturels », a-t-il expliqué lors de la séance extraordinaire.

Au cours des cinq prochaines années, Saint-Jérôme compte prioriser des projets immobiliers qui vont répondre aux objectifs suivants : revitaliser et développer son centre-ville, développer un « Quartier de la santé », des secteurs industriels et commerciaux, des projets permettant de boucler les rues existantes et ceux situés sur des terrains desservis par les infrastructures existantes. Ces mesures vont permettre à la Ville de « définir son carré de sable ».

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Immeubles résidentiels en construction à Saint-Jérôme

Un nouveau règlement prévoit par ailleurs une contribution de 2500 $ par nouveau logement qui sera payée par le promoteur. Pour le non-résidentiel, ce sera 10 $ par mètre carré de plancher habitable.

« On encadre les développements à venir pour les générations futures, souligne le maire. On définit le carré de sable où les joueurs vont pouvoir jouer. En fait, on délimite l’endroit où doit se faire la densification. Après ça, on délimite l’endroit où doit se développer le Quartier de la santé de Saint-Jérôme. On délimite aussi l’endroit où il doit y avoir des industries et des commerces. »

Fini, le Far West

M. Bourcier est conscient que cela ne plaira pas à tout le monde.

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Marc Bourcier, maire de Saint-Jérôme

Il y a des promoteurs qui ne seront pas contents. Mais on vivra avec ça parce qu’il est temps que le Far West se termine à Saint-Jérôme et qu’on pense aux générations futures. On s’en allait nulle part et ça créait des problèmes de circulation. On a 63 000 voitures pour 81 000 personnes. C’est de l’auto, ça !

Marc Bourcier, maire de Saint-Jérôme

Enseignant à la retraite, Marc Bourcier s’était fait élire sous la bannière péquiste lors de l’élection partielle tenue à la suite de la démission de Pierre Karl Péladeau dans la circonscription de Saint-Jérôme, en 2016. Battu par la Coalition avenir Québec en 2018, il s’est retourné vers la politique municipale à un moment où la ville était secouée par des scandales. Après une victoire nette, en novembre 2021, où il a fait élire 10 conseillers, il a dissous le parti qu’il avait fondé et siège maintenant comme maire indépendant.

« On a 12 conseillers, note-t-il. Ils sont libres de penser, de voter comme ils veulent, il n’y a pas de ligne de parti. Mais tous les conseillers sont d’accord avec cette orientation-là. C’est unanime. »

Il faut dire que Saint-Jérôme dispose d’atouts urbains qui peuvent faciliter une densification réussie, avec son cégep, son hôpital, une antenne de l’Université du Québec en Outaouais, un théâtre, une cathédrale et plusieurs restaurants et bars. La ville est, de surcroît, traversée par une rivière et est le point de départ de la longue piste cyclable du P’tit train du Nord, qui voit passer 250 000 cyclistes chaque été.

Dans Une ville bien ordinaire, Robert Charlebois chantait : « Puis le monde de Saint-Jérôme, surtout le monde ; Parce qu’y a du monde à Saint-Jérôme ; Une chance ; Du bon monde quand ils trouvent ; Parce que l’ouvrage est rare à Saint-Jérôme ; Faut qu’ils travaillent ».

« Ça a changé, rappelle le maire Bourcier, qui a passé toute sa vie dans cette ville. Il y a un engouement pour nos terrains industriels. On est capables de prioriser les industries du côté technologique et en électrification des transports parce que c’est là qu’on s’en va. On veut que les Laurentides soient une zone d’innovation. »

En savoir plus

  • 19 %
    Croissance de la population de Saint-Jérôme depuis 2001, soit un taux supérieur à la moyenne québécoise de 12 %.
    Source : Ville de Saint-Jérôme