« Ce fut tellement d’émotions. […] Ç’a été vraiment stressant, je ne peux pas croire qu’ils sont ici pour vrai. »

Mis à jour le 29 mai
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

Comme des dizaines d’autres personnes venues accueillir les 306 réfugiés ukrainiens arrivés à l’aéroport Montréal-Trudeau, dimanche, Mariaya Kartell, très émotive, cherchait ses mots.

Cette dernière était venue de Toronto le matin même pour cueillir son amie, Anastasiia Kuzina, et sa petite fille, Kseniia Kuzina, dès leur arrivée. Celles-ci ont pu bénéficier du programme d’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) mis en place par le gouvernement fédéral pour accueillir des réfugiés fuyant l’invasion de leur pays par la Russie.

Une foule importante était à l’aéroport dimanche pour l’arrivée de ce premier vol nolisé de réfugiés ukrainiens organisé par le gouvernement fédéral à atterrir à Montréal. Le ministre de l’Immigration du Québec, Jean Boulet, et la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, notamment, étaient présents, tout comme bon nombre d’associations mobilisées pour accueillir ces réfugiés.

Mélanie Joly s’est adressée aux médias après avoir rencontré certaines familles dans la zone d’arrivée à l’aéroport. « C’est très émotif, de dire qu’on quitte l’Europe, qu’on traverse l’océan, c’est beaucoup de conséquences », a-t-elle dit en décrivant les réfugiées comme, en majorité, « des femmes, des enfants et des grands-mamans », bon nombre d’hommes ayant choisi de rester derrière pour défendre leur patrie.

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La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, s’est rendue à l’aéroport Trudeau pour accueillir les réfugiés.

« Plusieurs arrivent ici alors qu’ils n’ont pas nécessairement de liens avec de la famille, ils arrivent comme réfugiés. Ils sont tous fatigués, émotifs, mais fatigués. Ce que j’ai vu sur leurs visages, c’est un énorme sentiment de soulagement et de gratitude », a expliqué Mme Joly, soulignant que plusieurs d’entre eux se promenaient depuis des semaines en Europe, sans port d’attache.

« J’avoue […] c’est une des expériences humaines que j’ai trouvé les plus touchantes », a témoigné pour sa part M. Boulet.

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Jean Boulet, ministre de l’Immigration du Québec

« Pour moi, c’est vraiment de venir les accueillir et leur montrer mon support, car je sais mieux que quiconque ce qu’ils vivent. La plupart de ma famille et mes amis sont encore là-bas, en Ukraine », a indiqué de son côté Vlada Polishchuck.

Trouver du travail

À compter du 2 juin, les réfugiés ukrainiens pourront recevoir une aide de 3000 $ du gouvernement fédéral alors que les jeunes de 17 ans et moins se verront accorder 1500 $. Ils pourront également bénéficier de tous les services disponibles au pays ainsi qu’un permis de travail valable pour une durée de trois ans.

Ingénieure en électronique, Valeriia Berezhnova compte bien mettre à profit son diplôme pour se trouver rapidement du travail. Sans famille au pays et avec son mari resté derrière, elle est arrivée seule avec son garçon de 6 ans et prévoit prendre la route sous peu pour Winnipeg.

« On n’a pas fait trop de plans. Avant, on en avait ; maintenant, c’est plutôt tous les trois jours qu’on en fait », témoigne-t-elle dans un anglais hésitant.

Des séjours temporaires

Ils n’ont pas tous des amis canadiens aussi dévoués que Mariaya Kartell, mais ils pourront tout de même compter sur la générosité de citoyens qui se sont proposés pour les accueillir, souligne une membre du Conseil ukrainien canadien, Orysia Krucko.

« Nous avons désigné une église où ils pourront récupérer des vêtements, c’est presque un Walmart », lance-t-elle, visiblement ravie de pouvoir enfin accueillir ses compatriotes.

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Eugene Czolij, consul honoraire de l’Ukraine à Montréal

Selon le consul honoraire de l’Ukraine à Montréal, Eugene Czolij, présent à l’aéroport dimanche pour accueillir ses compatriotes, le séjour de plusieurs d’entre eux au Canada risque toutefois de se limiter à la durée du conflit.

Le plus souvent, ce sont des familles séparées dont le mari est encore en Ukraine et défend le territoire. Donc, elles viennent non pas par choix, mais par nécessité. Par exemple, des mères qui viennent avec leurs jeunes enfants pour les protéger de la guerre génocidaire en Ukraine.

Eugene Czolij, consul honoraire de l’Ukraine à Montréal

« On l’a vu dans d’autres pays, ceux avoisinant l’Ukraine, que dès que la situation devient un peu plus stable, notamment à Kyiv, [les réfugiés] retournent pour rejoindre leurs familles […] et veulent rester en Ukraine », ajoute le diplomate.

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Le vol en provenance de Pologne arrivé à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau vers 11 h était le deuxième du genre à se poser au Canada cette semaine. Lundi dernier, un appareil avait atterri à Winnipeg. Un troisième vol est attendu à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 2 juin prochain.

En savoir plus

  • 35 455
    Nombre de citoyens ukrainiens qui sont arrivés aux points d’entrée terrestres et aériens du Canada entre le 1er janvier et le 22 mai 2022
    Source : Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada
    259 000
    Nombre de demandes remplies pour le programme d’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine entre le 17 mars et le 25 mai 2022, dont plus de 120 600 ont été approuvées jusqu’ici
    Source : Immigration, réfugiés et citoyenneté canada