Pour la deuxième fois en deux ans, une baleine s’est frayé un chemin jusqu’à Montréal, suscitant cette fois-ci beaucoup moins d’émerveillement, en raison des craintes pour sa santé.

Mis à jour le 9 mai
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Le petit rorqual a été aperçu pour la première fois dimanche dans le chenal Le Moyne, le mince plan d’eau séparant l’île Sainte-Hélène de l’île Notre-Dame, près du pont Jacques-Cartier, à Montréal.

Surprise : il s’agit du même endroit, « à deux mètres près », que celui choisi par la baleine à bosse observée à Montréal au printemps 2020. Un positionnement dans un contre-courant très fort qui étonne le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud. « [À l’époque], on s’était dit que c’était peut-être une bonne place pour manger des poissons », se rappelle-t-il.

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Des personnes réunies sur la passerelle du Cosmos pour observer le petit rorqual, lundi à Montréal

Or, l’analyse du cadavre de la baleine à bosse, qui avait été retrouvée échouée près de Varennes quelques semaines plus tard en 2020, avait montré qu’elle n’avait pas mangé. « Donc est-ce qu’ils se sentent en sécurité, là ? se demande M. Michaud. Je ne sais pas. »

Se perdre au fil du courant

Un petit rorqual peut mesurer de 6 à 9 mètres de longueur. La taille précise de celui-ci n’a pas encore été déterminée, mais M. Michaud s’attend à ce que ce soit un jeune spécimen. « Ce qu’on ignore, c’est pourquoi ces animaux remontent le fleuve, souligne-t-il. Est-ce que ce sont de jeunes explorateurs, des animaux affamés qui chassent la nourriture et qui font une série d’erreurs, comme nous qui nous perdons en forêt ? Ou est-ce que c’est un animal qui est malade, désorienté ? »

Une chose est certaine, le cétacé est très loin de son environnement habituel dans l’estuaire du Saint-Laurent, le golfe ou, à la limite, le Saguenay. Mais s’il est inusité de voir une baleine remonter le courant de cette façon, ça n’a rien de nouveau. « Ça reste des incidents rares, mais pas exceptionnels », affirme M. Michaud.

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Le petit rorqual dans les eaux du fleuve Saint-Laurent

Le dernier rorqual commun à avoir été signalé en amont de Québec se trouvait à Lévis, en 2018, précise M. Michaud.

Observer, observer, observer

Lundi matin, des bénévoles du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins se sont rendus à la passerelle du Cosmos, qui enjambe le chenal Le Moyne près de la Biosphère, et ont pu confirmer la présence du cétacé dans le fleuve.

L’animal semble en bonne santé, mais le port de Montréal présente « davantage de risques » pour lui. En 2020, la cause de la mort de la baleine à bosse n’avait pas pu être déterminée avec précision, se souvient M. Michaud. Il pouvait autant s’agir d’une d’une collision avec une embarcation ou des suites d’un envahissement d’algues ayant causé une infection majeure, précise-t-il. À son sens, ni les changements climatiques ni la pandémie n’ont à voir avec le phénomène.

« Notre message, c’est : le petit rorqual est monté dans le fleuve jusqu’à Montréal par lui-même, on espère qu’il va s’en retourner par lui-même », poursuit M. Michaud. Si l’observation de la rive est bien sûr permise, aucune embarcation près de l’animal ne sera tolérée.