En raison d’irrégularités dans le processus d’appel d’offres, le Bureau de l’inspecteur général de Montréal (BIG) recommande à la Ville de Montréal de mettre fin dès que possible à un important contrat informatique qui l’a menée à adopter des produits Google offerts par un fournisseur tiers pour créer « le bureau de demain » en infonuagique.

Publié le 24 janvier
Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

Le contrat avait été accordé à la firme Onix Networking Canada en 2018. La filiale canadienne du groupe américain Onix devait implanter et gérer pour le compte de la Ville les applications G-Suite de Google. Il était question d’un service infonuagique de courriel, d’un outil de collaboration au bureau et d’une suite bureautique.

Montréal devait payer 16 millions de dollars à Onix pour quatre ans, mais le contrat prévoyait trois options de renouvellement pour deux ans chacune, ce qui aurait pu porter le coût total à 35 millions de dollars. Dans un communiqué, la Ville parlait alors d’un « saut technologique » qui permettrait de créer « le bureau de demain » et de remplacer des logiciels vétustes.

Pas de malversations, mais des irrégularités majeures

Dans un rapport déposé au conseil municipal lundi, le BIG souligne toutefois qu’après enquête, des irrégularités ont été détectées dans le processus d’appel d’offres. L’enquête n’a révélé ni favoritisme ni malversations, mais les problèmes sont tout de même sérieux, selon l’inspectrice générale, Brigitte Bishop.

D’abord, l’appel d’offres prévoyait que le coût associé aux options de renouvellement ne pourrait pas être augmenté au-delà du pourcentage d’augmentation de l’indice des prix à la consommation au Canada. Or, Onix a précisé dans son offre que Google ne pouvait garantir une stabilité des prix de ses produits après les quatre ans du contrat initial.

Le BIG y voit une « irrégularité majeure » qui aurait dû mener à écarter cette proposition.

Par ailleurs, l’appel d’offres précisait que la Ville voulait un outil qui permet de bloquer l’accès à un compte courriel après un certain nombre prédéterminé de tentatives infructueuses. Onix aurait répondu que les produits Google offraient des mesures alternatives de sécurité contre les intrusions, basées sur l’intelligence artificielle et l’identification à deux facteurs.

Pour le BIG, le fait que le produit offert par Onix ne répondait pas à ce critère de l’appel d’offres constitue aussi « une irrégularité majeure qui aurait dû entraîner le rejet de sa soumission ». Même si la solution de rechange proposée pourrait être jugée très performante.

Pas la même rigueur pour tous

Finalement, l’appel d’offres précisait clairement que l’outil recherché devait être compatible avec les navigateurs Safari, Explorer, Chrome et Firefox. Or, Onix a expliqué dans sa soumission que même si les outils qu’il proposait étaient compatibles avec ces navigateurs, certaines fonctions étaient uniquement utilisables à travers le navigateur Chrome de Google.

Pourtant, un autre soumissionnaire avait vu sa proposition rejetée parce que son produit n’était pas parfaitement compatible avec tous les navigateurs.

« L’enquête révèle que l’évaluation a été rigoureuse pour la solution d’un autre soumissionnaire, mais que la même rigueur n’a pas été appliquée à la solution proposée par Onix », souligne le rapport du BIG.

L’inspectrice générale affirme que les irrégularités constatées auraient pu justifier la résiliation immédiate du contrat. Toutefois, comme les logiciels en question sont essentiels au fonctionnement de l’administration municipale, elle concède qu’une résiliation rapide « ne servirait pas l’intérêt public ».

Elle recommande donc au conseil de « mettre fin au contrat dès que possible » et d’adopter un plan d’action pour trouver une suite d’outils informatiques rapidement sans nuire aux services aux citoyens.

L’administration Plante promet d’agir

L’attachée de presse principale de la mairesse Valérie Plante, Catherine Cadotte, affirme que l’administration est préoccupée par les constats du BIG et qu’une analyse est déjà en cours pour corriger la situation.

« En tout temps, notre administration vise l’exemplarité dans l’ensemble des processus », a-t-elle dit.

« Nous ne ferons aucun compromis sur l’intégrité des processus d’octroi de contrats et toutes les actions nécessaires seront prises pour régulariser la situation », a-t-elle ajouté.