Montréal refuse de prendre possession de son nouveau centre de tri de recyclage de Lachine, deux ans et demi après son inauguration, parce qu’il produit des ballots trop contaminés.

Publié le 13 janvier
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Le papier qui sort de ces installations toutes neuves contient trop de déchets au goût de la Ville, qui refuse depuis 2019 le transfert de propriété et le versement du paiement final. Il est exploité par l’entreprise Ricova.

« On s’attend à un certain niveau de qualité des matières recyclables qui sortent du centre de tri. Le niveau de qualité attendu au niveau du contrat n’est pas encore totalement atteint », a indiqué mercredi Roger Lachance, directeur du Service de l’environnement de la Ville de Montréal. « C’est pour ça qu’on n’a pas fait la réception provisoire du centre de tri. »

« On utilise tous les leviers nécessaires, contractuellement parlant, pour faire évoluer les choses dans le bon sens », a-t-il ajouté.

En 2020, Le Journal de Montréal rapportait que les ballots produits par le centre de tri contenaient en moyenne de 10 à 20 % de déchets, alors que la norme nord-américaine est fixée à 3 %.

En novembre 2019, Valérie Plante avait inauguré les installations en vantant leur capacité « de produire des matières recyclables de qualité ». On ignorait à ce moment-là que Montréal n’avait pas encore pris possession du centre.

M. Lachance s’exprimait devant la Commission des finances de la Ville, qui passe en revue les services municipaux.

Une facture de 50 millions

En 2018, Montréal avait confié la conception et la construction d’un nouveau centre de tri à l’entreprise Rebuts solides canadiens (RSC) pour 50 millions. RSC devait aussi l’exploiter pendant cinq ans. L’entreprise a toutefois fait faillite en 2020, malgré le chèque de 30 millions reçu de Montréal pour tenter de la garder à flot. Son concurrent Ricova, déjà impliqué dans la collecte du recyclage et l’exportation de ballots de produits recyclables, a pris le relais.

Les nouvelles installations sont situées dans un parc industriel, près de l’intersection des autoroutes 13 et 20. Elles devaient soulager le centre de tri Saint-Michel, en fin de vie utile, en gérant des centaines de milliers de tonnes de produits recyclables par année. Le centre de tri Saint-Michel ne répond plus aux normes de l’industrie, notamment en matière de santé et sécurité du travail.

« Le contrat du centre de tri couvre les étapes de conception, construction, exploitation et entretien et contient diverses exigences, dont des critères de performances à atteindre pour la qualité des matières sortant du centre, a indiqué la Ville de Montréal par courriel. L'adjudicataire est responsable de l'ensemble des étapes du contrat. »

« Le centre opère au niveau de production prévu », a continué la Ville.

Alan DeSousa, élu d'opposition qui siège à la Commission des finances, a dénoncé mercredi le long délai entre inauguration et prise de possession : « C’est exagéré », a-t-il dit. « Le manque de qualité des matières qui en sortent est inacceptable. »

PHOTO ANDRE PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Alan DeSousa, élu d'opposition siégeant à la Commission des finances

Mercredi, Ricova a refusé la demande d’entrevue de La Presse. L’entreprise a plaidé que son contrat avec la Ville de Montréal lui interdisait de s’adresser aux journalistes.

Ses installations de Lachine ont subi un grave incendie en novembre dernier. Une pile jetée dans un bac de recyclage (ce qui est interdit) a explosé dans le centre de tri, avant d’atteindre une importante réserve de papier. Les pompiers de Montréal ont dû combattre les flammes pendant une dizaine d’heures, évoluant dans une usine remplie de fumée épaisse.