L’opposition à l’hôtel de ville de Montréal accuse l’administration Plante-Ollivier d’avoir déposé mercredi matin un budget 2022 « déconnecté de la réalité », qui ne tient pas compte de la pandémie actuelle.

Mis à jour le 22 déc. 2021
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Selon Aref Salem, chef du parti Ensemble Montréal, le nouveau budget est « déjà périmé ».

« Le budget ne contient aucune mesure extraordinaire pour répondre à cette cinquième vague qui est en train de nous frapper », dénonce-t-il.

« Il faut soutenir nos résidents, nos organismes communautaires, nos commerçants, nos restaurateurs, notre milieu culturel, sans parler du milieu touristique. »

Plutôt que de le déposer juste avant Noël, l’administration municipale aurait dû attendre en janvier pour finaliser ce document, afin de pouvoir l’ajuster pour répondre à la hausse fulgurante des cas de COVID-19 et aux nouvelles mesures décrétées par le gouvernement provincial, estime M. Salem.

« Nous leur demandons de retourner à la table à dessin pour préparer un budget mieux adapté à la réalité », dit-il.

La Ville n’a pas de marge de manœuvre pour s’adapter à la pandémie, déplore le porte-parole de l’opposition en matière de finances, Alan De Sousa. « Les tiroirs sont vides. On est endetté jusqu’aux oreilles », s’insurge M. De Sousa.

Selon lui, l’administration a surestimé les revenus qui doivent provenir des amendes et pénalités, des droits de mutation et des frais de stationnement, et fera face à un manque à gagner en 2022.

Les villes liées de l’agglomération de Montréal dénoncent elles aussi l’augmentation des dépenses de la Ville-centre, qualifiées d’« abusives ».

Leurs représentants calculent que leurs quotes-parts d’agglomération augmentent de 3,3 %, quand on tient compte des déficits antérieurs.

« Le principe d’équité qui devrait minimalement guider la Ville de Montréal est inexistant. Les citoyens des Villes liées paient toujours plus pour moins de policiers sur le territoire et une offre de transport collectif qui est loin de l’offre à Montréal », déplore, par voie de communiqué, Beny Masella, président de l’Association des municipalités de banlieue (AMB) et maire de Montréal-Ouest.

Face à ces critiques, la présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier, a répondu que la hausse imposée aux villes liées n’était que de 2,5 %, si on ne tenait pas compte du déficit accumulé de l’agglomération, qui a été reporté à cette année.

Québec a versé une aide financière aux municipalités pour affronter les pertes de revenus liés à la pandémie, a-t-elle souligné. Les villes-liées auraient pu mettre cet argent de côté, comme l’a fait la Ville de Montréal, selon elle.

Le milieu économique plutôt positif

Par ailleurs, les grandes organisations représentatives du milieu économique ont réagi plutôt positivement au budget municipal de Montréal présenté mercredi.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendance (FCEI) a salué l’allégement du fardeau fiscal qui pèse sur les petits commerçants.

« La FCEI souligne l’engagement de la ville de Montréal à garder le cap sur sa stratégie de réduction de l’écart entre la taxation résidentielle et commerciale afin de se rapprocher de la moyenne canadienne », a déclaré Francis Bérubé, directeur des affaires provinciales pour le Québec. « De plus, en élevant le seuil à 900 000 $ de valeur foncière pour bénéficier de la mesure des taux différenciés, cela représentera des économies pour un plus grand nombre de PME montréalaises. »

Un sondage effectué par la FCEI auprès de ses membres avant le budget confirmait que la pression fiscale préoccupait particulièrement les petits commerçants, surtout en période de pandémie.

Du côté de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la réaction était davantage en demi-teinte.

« Nous saluons la poursuite des efforts de réduction de l’écart de taxation entre les immeubles résidentiels et non résidentiels », a affirmé le président Michel Leblanc par voie de communiqué. « Limiter l’augmentation des taxes foncières à 2 % est une bonne décision dans le contexte d’incertitude que nous connaissons, sans compter que les Montréalais demeurent parmi les plus imposés en Amérique du Nord. »

M. Leblanc a toutefois critiqué la décision d’augmenter la taxe de bienvenue sur les transactions de plus de 2 millions, dans un contexte où les prix de l’immobilier croissent de façon importante.

« La situation budgétaire de la Ville demeure précaire, a continué le patron de la CCMM. Il faudra des transferts significatifs de la part des gouvernements du Québec et du Canada. La Chambre s’engage à soutenir les démarches de la Ville pour obtenir le niveau de financement requis, notamment pour soutenir les sociétés de transport collectif, dont la STM, qui se voit confrontée à une réduction de son niveau de service. »