La nouvelle marquise de la Plaza Saint-Hubert, payée très cher, ne devait exiger aucun déneigement. La Ville devra finalement verser des dizaines de milliers de dollars par année pour la faire déblayer à la main, selon des documents municipaux.

Publié le 14 déc. 2021
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Les fonctionnaires ont réalisé l’hiver dernier que l’accumulation de neige et de glace sur la structure toute neuve pouvait glisser et risquer de « causer des blessures importantes ou même la mort » chez des passants.

« Contrairement à la prémisse de départ, la marquise ne retient pas la neige en place », ont-ils stoïquement constaté dans un document du conseil d’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Résultat : l’arrondissement a dû faire déneiger d’urgence la marquise à la fin de février dernier, au premier redoux de l’hiver. Une « opération délicate » et coûteuse parce qu’il est impossible de faire monter des travailleurs sur la structure, ce qui les force à déneiger à la pelle, à partir de nacelles, de nuit. Seuls des outils de plastique ou de téflon peuvent être utilisés pour éviter d’endommager les grandes plaques de verre qui constituent le toit de la marquise.

PHOTO FOURNIE PAR UNE SOURCE CONFIDENTIELLE

Dans cette photo transmise à La Presse, on peut voir une accumulation de neige sur la marquise de la Plaza Saint-Hubert.

La nouvelle marquise a coûté 22 millions aux contribuables.

Tant qu’une solution à long terme ne sera pas trouvée, « il en résultera des coûts importants », selon le document, qui justifiait un transfert de 90 000 $ pour payer deux opérations de déneigement en 2021.

La marquise devrait demeurer en place pour les 50 prochaines années, entre la rue de Bellechasse et la rue Jean-Talon.

La Ville de Montréal est justement en appel d’offres pour trouver l’entrepreneur qui assurera le contrat pour cet hiver.

Une grande quantité de neige suspendue

L’ancienne marquise de la Plaza, en place depuis 1984, était si pentue que la neige et l’eau ne pouvaient pas s’y accrocher. Mais elle s’était transformée en nid à pigeons et arrivait à la fin de sa vie utile.

La Ville voulait aussi rénover l’artère commerciale de La Petite-Patrie, dont les heures de gloire étaient loin derrière elle.

Un premier projet de réfection, annoncé par Denis Coderre en 2017, a été écarté à l’arrivée en poste de Valérie Plante. En 2018, son administration a dévoilé les premières images de synthèse de la nouvelle marquise, une structure presque plate (dotée d’un angle de seulement 2 %) et visuellement plus légère que la précédente.

En outre, la structure n’aurait pas besoin d’être déneigée, puisqu’elle peut soutenir jusqu’à 5 mètres de neige, assurait Montréal lors d’une présentation aux médias en mars 2018.

C’est aussi ce que les services municipaux avaient expliqué à Mike Parente, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) locale. En entrevue avec La Presse, il a indiqué qu’il doutait de cette prétention et a exprimé ses réserves auprès de l’arrondissement quant à la possibilité que la neige s’accumule tout l’hiver sans problème sur la marquise. Il a affirmé ne pas avoir eu de réponse satisfaisante.

Fin février, « une lame de neige qui débord[ait] de la marquise d’un bon deux pieds et demi » menaçait de s’effondrer, a décrit M. Parente. « C’est moi qui ai fait les appels aux pompiers et à la sécurité publique. Il y a aussi des résidants, des gens dans la rue » qui ont appelé, a-t-il dit.

« Il y a un comité qui a été mis en place pour étudier le moyen le plus efficace pour répondre à cette situation-là », a ajouté M. Parente, en entrevue.

Des firmes silencieuses

La nouvelle marquise de la Plaza Saint-Hubert a été conçue par Chevalier Morales Architectes, Régis Côté et Associés, Latéral et Stantec.

Dans un courriel, cette dernière s’est limitée à indiquer qu’elle avait travaillé « à partir de l’étude d’avant-projet conceptuelle, effectuée au préalable à notre mandat et basée sur les paramètres déterminés par les intervenants du projet ». Les autres entreprises n’ont pas répondu à la demande de La Presse.

Pour les fonctionnaires de la Ville, le diagnostic ne fait pas de doute : « la conception originale de la marquise ne permet pas de maintenir la neige en place, mais […] elle favorise plutôt un glissement d’amas de neige/glace lors de redoux pouvant causer des blessures importantes aux passants et potentiellement même la mort », ont-ils écrit dans un document destiné aux élus locaux de Rosemont–La Petite-Patrie.

La Ville a payé 22 millions à la firme Eurovia pour la fabrication et l’installation de la marquise, une somme beaucoup plus importante que prévu. Le projet de réfection de la Plaza a coûté environ 55 millions au total.

« Dans toutes ses opérations hivernales, l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie est proactif dans sa volonté d’entretenir de façon impeccable les infrastructures sur son territoire, qu’il s’agisse des voies publiques, des parcs, ou de la marquise de la Plaza Saint-Hubert », a affirmé le nouveau maire de l’arrondissement, François Limoges, dans une déclaration transmise par courriel.

« Nous voulons nous assurer que la Plaza – importante artère commerciale de l’arrondissement – soit attractive et dynamique, a-t-il continué. C’est pourquoi nous avons octroyé un contrat de déneigement pour nous assurer du confort et de la sécurité des usagers qui fréquentent la Plaza. »