La pluie n’a pas empêché plusieurs dizaines de résidants de se rassembler dans l’arrondissement d’Anjou, à Montréal, pour réclamer des actions afin de mettre fin à la flambée de violence dans le quartier.

Mis à jour le 12 déc. 2021
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

L’évènement avait lieu un peu plus d’une semaine après qu’une fusillade eut coûté la vie à un homme de 20 ans, Hani Ouahdi, et blessé un adolescent de 17 ans dans le secteur.

Les marcheurs se sont réunis au parc du Bocage, munis de pancartes où on pouvait lire « Sécurité dans mon quartier ».

Des parents et des résidants d’Anjou, de même que des enseignants de l’école primaire des Roseraies, qui se trouve à proximité du lieu de la fusillade, ont uni leurs forces pour organiser la marche. Ils réclament la mise sur pied d’infrastructures pour les jeunes du quartier, notamment l’instauration d’une maison des jeunes, et d’activités de loisir, pour éviter qu’ils ne se tournent vers la criminalité.

« On veut qu’il y ait des moyens qui soient mis en place très rapidement, parce qu’on est dans un désert de services complet. Il n’y a absolument rien pour accrocher les jeunes à autre chose que la criminalité dans le secteur d’Anjou centre », a affirmé Chantal Poulin, enseignante à l’école des Roseraies.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Chantal Poulin, enseignante à l’école des Roseraies

Je n’ai pas envie de regarder mes élèves d’aujourd’hui puis de me dire que ce sont les criminels de demain parce qu’il n’y a rien d’autre pour les raccrocher.

Chantal Poulin, enseignante à l’école des Roseraies

L’enseignante explique que la communauté perçoit une véritable augmentation de la violence dans le secteur depuis le début de l’année. « Nous, il y a des enfants qui arrivent à l’école, pratiquement tous les jours, qui nous disent qu’ils ont entendu des coups de feu, qu’ils ont été témoins d’évènements violents, qu’ils se sont fait tabasser, qu’ils ont peur », a-t-elle raconté.

Chantal Poulin craint qu’un sentiment de peur ne se généralise devant la montée de violence. « On a des parents qui viennent reconduire les enfants matin, midi et soir, parce qu’ils ont peur pour leurs enfants alors qu’ils habitent à 20 [ou] 25 mètres de l’école », souligne-t-elle.

Les organisateurs de la marche réclament également la création d’un budget permanent pour lutter contre la pauvreté et la criminalité. Ils souhaitent aussi recevoir des subventions du programme gouvernemental de prévention de la délinquance par le sport, les arts et la culture.

David Iera habite à Anjou avec ses deux enfants. Il espère que des actions seront prises afin de développer l’offre d’activités offertes aux jeunes dans le quartier.

J’ai grandi à Montréal-Nord, un quartier où, dans les années [1990], il y avait des problèmes de violence. J’ai vu les changements qui ont eu lieu avec les programmes d’aide aux jeunes et l’implication du corps policier, de la sensibilisation.

David Iera, résidant d’Anjou

De son côté, Saliha Ouamara, résidante d’Anjou depuis 21 ans, songe maintenant à quitter le quartier. La violence « progresse jusqu’à l’évènement qu’on a vécu dernièrement. Ça fait vraiment très peur, on n’est pas en sécurité », a-t-elle déclaré.

Anjou est sécuritaire, selon l’arrondissement

Vendredi, l’arrondissement d’Anjou a publié un communiqué dans le but de rassurer ses résidants, estimant que malgré « les épisodes de violence que connaît Montréal, Anjou demeure un arrondissement sécuritaire ». Pour Chantal Poulin, « c’est excessivement insultant ». « C’est une banalisation complète de ce qui est vécu », a-t-elle dénoncé.

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Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice et le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez

Plusieurs politiciens ont pris part à la marche, dont le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez, le député néo-démocrate de la circonscription de Rosemont–La Petite-Patrie Alexandre Boulerice et le député libéral de Viau Frantz Benjamin.

La violence dans les rues de Montréal a fauché plusieurs jeunes en 2021. Thomas Trudel, 16 ans, a été tué par balle en novembre dans le quartier Saint-Michel. Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans, est mort après avoir été poignardé en octobre dernier dans le secteur de Côte-des-Neiges. Avant eux, Meriem Boundaoui, âgée de 15 ans, est morte après avoir été atteinte d’une balle dans le secteur de Saint-Léonard en février.