À l’aube du discours du Trône, le premier ministre du Québec, François Legault, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ont promis lundi de donner un « grand coup » contre la violence armée, en accentuant encore davantage la pression sur le gouvernement Trudeau pour mieux contrôler la circulation des armes à la frontière et interdire les armes de poing.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est une violence inacceptable qu’on ne veut plus voir à Montréal. On va donner un grand coup dans les prochains mois », a martelé M. Legault lors d’un point de presse tenu au Château Dufresne en après-midi, après sa première rencontre avec la cheffe de Projet Montréal depuis sa réélection, le 7 novembre dernier.

M. Legault s’est dit très inquiet par la mort d’adolescents, en faisant référence à Thomas Trudel et Jannai Dopwell-Bailey, notamment. « Il n’y a pas de double standard. Mon message, c’était d’abord à propos des armes à feu, qu’on veut bannir », s’est aussi de nouveau défendu M. Legault, en réponse aux proches de Jannai Dopwell-Bailey qui déplorent que la mort de Thomas Trudel attire davantage son attention. « La violence par armes ou avec un couteau, c’est tout autant inacceptable », a-t-il insisté en anglais à ce sujet.

« Ce n’est pas le Montréal qu’on aime. […] On ne veut pas tout pelleter ailleurs non plus, on a aussi des responsabilités, mais il y a aussi des responsabilités qui reviennent à Ottawa », a affirmé M. Legault, en demandant de nouveau au gouvernement Trudeau de « mieux contrôler l’entrée des armes » aux frontières et de « négocier » pour interdire les armes de poing sur le territoire.

Pas de frontières

À son côté, la mairesse Valérie Plante a de nouveau martelé que le trafic des armes et la hausse des fusillades « ne se limitent pas à Montréal ». « Ça n’a pas de frontières ; de là pour nous l’absurdité que l’interdiction des armes de poing soit confiée aux municipalités. Je comprends que c’est une question sensible, mais gouverner, c’est choisir aussi », a-t-elle lancé.

On a un problème aux frontières, mais aussi un problème d’armes en pièces détachées. Il faut créer des conditions favorables pour que nos populations se sentent en sécurité et se dirigent vers des voies plus intéressantes.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Selon les chiffres de la Ville, plus de 500 armes ont déjà été retirées des rues de la métropole depuis janvier par les forces de l’ordre. Montréal compte augmenter ce bilan, en soutenant le « travail de prévention » des organismes communautaires dans les quartiers.

Plus tôt, vendredi dernier, le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, avait défendu le Code criminel, en affirmant que celui-ci est « très fort ». Il avait du même coup promis d’agir pour « renforcer les lois et les ressources frontalières » sur le contrôle des armes à feu, dans la foulée du meurtre du jeune Thomas Trudel dans Saint-Michel.

« C’est une impression fausse. On a fait plus que n’importe quel gouvernement dans l’histoire canadienne pour les armes à feu », avait-il laissé entendre en marge d’un point de presse vendredi à Laval, rejetant ainsi les attaques des autres ordres de gouvernement.

Dans les derniers jours, Québec et Montréal avaient déjà tous deux pressé Ottawa d’en faire plus pour contrôler la circulation des armes à feu. « Il faut que le fédéral “call la shot”. On est d’avis qu’il faut aller plus loin dans l’interdiction et ne pas déléguer les responsabilités », avait notamment soutenu la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

14 suspects, 15 armes à feu

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a annoncé lundi avoir épinglé pas moins de 14 suspects et saisi une quinzaine d’armes à feu « au cours des derniers jours », et ce, dans plusieurs secteurs de la métropole. Cinq opérations distinctes se sont tenues en quatre jours, la semaine dernière.

Dans une déclaration aux médias lundi, l’inspecteur David Shane, porte-parole du SPVM, a rappelé que la « lutte contre la violence par armes à feu à Montréal n’est pas seulement l’affaire de [ses] équipes spécialisées en matière d’armes à feu, mais un effort collectif de l’ensemble de [ses] forces policières », en rappelant au passage l’« importance de la collaboration de la population » dans ces arrestations et saisies d’armes.

Toute personne détenant des informations pertinentes pouvant aider les enquêteurs peut en effet joindre son poste de quartier ou le 911, en tout temps. Le centre anonyme et confidentiel d’Info-Crime Montréal peut aussi être joint au 514 393-1133 ou en ligne, au infocrimemontreal.ca.