Les villes liées de Montréal sont unanimes : la nouvelle administration Plante-Ollivier peut marquer une nouvelle ère en matière de collaboration. Au-delà du partage des coûts, ces 15 municipalités réclament d’être entendues « en amont » des décisions de l’exécutif, afin d’être réellement incluses dans les discussions.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Si on avait déjà un mot à dire avant que les décisions ne soient prises, bref, si on était capables de s’asseoir pour vrai avant que l’exécutif ne prenne une décision et qu’on entendait nos opinions, nos craintes, ce serait déjà un bon pas en avant », explique à La Presse le président de l’Association des municipalités de banlieue (AMB), Beny Masella.

Il affirme qu’en écoutant « réellement » les villes liées, la ville centre pourrait « adapter » certaines décisions au bénéfice de tous. « Avoir des représentants au conseil d’administration de l’Autorité régionale de transport métropolitain, par exemple, ce serait nécessaire pour nous, pour avoir une vraie représentation », fait valoir celui qui est aussi maire de Montréal-Ouest.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Ollivier est la nouvelle présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal.

« Une nouvelle administration, ça peut ouvrir la porte un peu, mais on attend de voir ce que ça va donner avec la présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier », enchaîne M. Masella, qui espère que ce nouveau mandat marquera une nouvelle ouverture à « sonder les villes liées ».

La réalité, c’est que les décisions se prennent au comité exécutif et qu’après, elles sont envoyées au conseil municipal, pour finir avec l’agglomération. C’est seulement le troisième canal. On n’a donc aucun pouvoir pour faire changer les choses.

Beny Masella, président de l’Association des municipalités de banlieue

Au cabinet de la mairesse Valérie Plante, on se défend de manquer d’écoute à l’endroit des villes liées. « Lors de notre premier mandat, nous avons toujours été à l’écoute des demandes et besoins des villes liées, et c’est ce que nous allons continuer de faire dans notre mandat actuel. Les dossiers et les budgets sont d’ailleurs toujours présentés en amont. Si les villes liées souhaitent davantage de partage d’information, notre administration sera heureuse de s’asseoir avec elles », dit l’attachée de presse Marikym Gaudreault.

Elle rappelle que les villes liées participent d’ailleurs « pleinement à la gouvernance de l’agglomération via le conseil d’agglomération, le conseil d’administration de la CMM, le conseil d’administration de la STM et les commissions du conseil municipal ».

Le débat des quotes-parts

Depuis plusieurs années déjà, l’AMB dénonce la fermeture des administrations montréalaises successives à revoir le partage des coûts des services, qu’on appelle aussi les « quotes-parts ». C’est l’une des raisons pour lesquelles, presque systématiquement, les villes liées s’opposent au budget de la ville centre.

L’essentiel du plaidoyer repose sur le fait que les citoyens des villes liées paient une somme plus élevée que le reste des habitants de l’île.

À l’heure actuelle, ces villes défusionnées assument en effet plus de 17 % des coûts des services d’agglomération, alors qu’elles ne représentent que 12 % de la population. La Ville de Montréal, elle, paie 83 % des coûts même si elle représente 88 % de la population.

À Québec, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, avait mis sur pied l’an dernier un « comité de travail » pour négocier une entente sur le partage des coûts en matière de sécurité publique, de transports collectifs, de déchets et d’eau potable. Mais un an plus tard, « rien n’a changé », déplore Beny Masella. « On avait réellement espoir que ça bouge, mais il n’y a eu aucune avancée », fustige-t-il.

« C’est toujours la même fermeture. On entend déjà que dans le prochain budget, il y aura une grande hausse dans les quotes-parts. Ils peuvent dire que c’est à cause de la pandémie, mais la réalité, c’est que la gouvernance de l’agglomération ne fonctionne pas », insiste M. Masella.

La semaine dernière, l’Assemblée nationale a par ailleurs déposé le projet de loi privé 200, qui reporte la date butoir initiale du 31 décembre 2021 pour l’harmonisation de la structure fiscale entre Montréal et les territoires des anciennes villes jusqu’au 31 décembre 2024. À ce sujet, la Ville indique que « l’harmonisation de la taxe de l’eau » devra se faire « de façon à limiter au maximum l’impact financier sur les petits commerçants », se disant « soulagée de voir que ce projet de loi sera étudié rapidement ».