Les maires de quatre grandes villes de la région de Montréal réduiront leur salaire volontairement dans les prochaines semaines, au moment où la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, songe justement à intervenir pour mieux baliser la rémunération des élus municipaux.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Après la nouvelle mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, et le nouveau maire de Laval, Stéphane Boyer, qui ont pris des engagements en ce sens durant la dernière campagne électorale, les maires de Repentigny, Nicolas Dufour, et de Varennes, Martin Damphousse, ont aussi promis de réviser leur rémunération.

« Je m’engage à ce que mon salaire reflète la position de Repentigny, qui est la 13plus importante ville au Québec », promet Nicolas Dufour, sans donner de montant précis pour le moment.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Nicolas Dufour, nouveau maire de Repentigny, alors qu’il était chef de cabinet à Terrebonne, en 2019.

L’ex-mairesse de Repentigny, Chantal Deschamps, gagnait 210 030 $, ce qui faisait d’elle la mieux payée au Québec derrière Longueuil et Laval. Mais cette rémunération venait du fait qu’elle était payée pour son poste de mairesse (113 748 $, plus une allocation de dépenses de 17 000 $), de préfète de la MRC de L’Asssomption (26 000 $), de membre du comité exécutif de la Communauté métropolitain de Montréal (CMM) (34 000 $) et de membre du comité exécutif de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) (19 282).

Mme Deschamps, qui a été mairesse pendant 24 ans, n’a pas été candidate cette année. C’est Nicolas Dufour qui a remporté la mairie le 7 novembre.

Quant à son vis-à-vis de Varennes, Martin Damphousse, dont la rémunération arrivait au cinquième rang parmi les maires de la province, il s’engage aussi à « suivre la tendance » à la baisse, mais seulement s’il est reconduit comme représentant de la couronne sud au sein de la CMM.

Actuellement, le maire de Varennes gagne 205 269 $ en cumulant ces deux tâches. Mais s’il n’est pas désigné pour continuer de siéger à la CMM, sa rémunération sera moindre.

« Je le saurai le 30 novembre. Je vais aussi attendre de voir ce que vont faire Laval et Longueuil », explique M. Damphousse, qui a été réélu par acclamation à la tête de sa municipalité.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Damphousse, maire de Varennes

Par exemple, à Sainte-Julie, l’ex-mairesse Suzanne Roy était aussi préfète de la MRC de Marguerite-D’Youville, ce qui lui permettait d’empocher une rémunération totale de 208 080 $. Son successeur à la mairie, Mario Lemay, ne touchera pas un tel salaire.

La mairesse la mieux payée était Sylvie Parent, à Longueuil, avec un revenu de 249 283 $.

La nouvelle mairesse Catherine Fournier, élue le 7 novembre, a promis de réduire ce montant à 185 000 $, soit 65 000 $ de moins. Elle prévoit agir en ce sens dès la première séance du conseil municipal de son mandat, lundi prochain.

L’ancien maire de Laval Marc Demers arrivait en deuxième position, avec 220 767 $. Mais son successeur, Stéphane Boyer, le réduira de 30 000 $ et touchera plutôt 190 000 $, un changement qui fera l’objet de discussions à la première réunion du comité exécutif de son nouveau mandat, la semaine prochaine.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphane Boyer, nouveau maire de Laval

« Trouver un équilibre »

La rémunération des élus municipaux interpelle aussi la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. Dans une déclaration écrite transmise à La Presse, Mme Laforest demande une « réflexion » sur ce sujet.

« Il faut une mécanique pour trouver un équilibre entre la capacité de payer des Québécois et ce que représente la fonction d’élu », suggère-t-elle.

Il ne faut pas non plus oublier que certains maires gagnent en dessous de 20 000 $ alors que leur tâche est colossale. Ça doit donc aussi se faire dans une perspective plus large que la rémunération et, surtout, ça doit se faire en collaboration avec le milieu.

Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation

La ministre indique avoir demandé aux unions municipales de proposer des mécanismes pour établir des balises à cet effet.

Selon Catherine Fournier, cet exercice doit être envisagé dans une plus large perspective.

Ce qui fait sourciller les gens, dit-elle, c’est que certains élus municipaux gagnent de meilleurs revenus que le premier ministre du Québec. « Mais peut-être que, justement, le premier ministre du Québec devrait gagner plus que 200 000 $, avance-t-elle. Et peut-être qu’un député de l’Assemblée nationale devrait être mieux payé que 95 000 $. »

La nouvelle mairesse de Longueuil souhaite que la réflexion en cours n’ait pas pour effet de dévaloriser la fonction d’élu, mais plutôt de tenir compte de toutes les tâches et responsabilités qui accompagnent un tel mandat. « C’est à nous, les élus, de démontrer que notre travail est à la hauteur des responsabilités qu’on va avoir », fait-elle remarquer.

Une première version de ce texte indiquait que le maire de Repentigny avait actuellement une rémunération de 210 030 $. Il s’agit plutôt de la rémunération de l’ex-mairesse, qui cumulait plusieurs fonctions au sein d’instances régionales.