Une imposante œuvre publique de l’artiste montréalais Patrick Bernatchez languit sur la place centrale du tout nouveau campus MIL de l’Université de Montréal, à Outremont, qui bourdonne d’activité avec le retour des classes en présentiel cet automne.

Publié le 12 nov. 2021
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Haute de près de 20 m et large de 5 m, l’œuvre d’acier et de béton qui représente une partie de la surface de la Lune a été un casse-tête technique à assembler. Plus de 1 million de dollars ont été nécessaires à sa réalisation.

L’œuvre est unique en ce qu’elle incorpore « une paroi d’escalade [qui] représente la face cachée de la Lune », avait annoncé le Bureau d’art public de Montréal lors de la sélection du projet, en 2019.

L’artiste a livré l’œuvre il y a plus d’un an, mais la Ville de Montréal n’y a jamais autorisé l’escalade, et l’aménagement de la paroi demeure inachevé.

Mon œuvre a été conçue dès le départ autour de l’idée de la grimpe. C’est pour ça que je l’ai faite aussi large et aussi massive. Sinon, j’aurais fait quelque chose de beaucoup plus mince.

Patrick Bernatchez, artiste multidisciplinaire

Pour les amateurs d’escalade, le fait que la structure conçue pour la pratique de ce sport soit inaccessible est un « non-sens », dit Pascal Lauzon, un grimpeur montréalais.

« C’est frustrant. Les possibilités sont immenses. C’est un beau projet, bien fait. Il est déjà construit, déjà payé. Pourquoi on ne peut pas l’utiliser ? Ça me dépasse », dit-il.

M. Lauzon a passé des mois à faire des coups de téléphone auprès de l’arrondissement d’Outremont, du Bureau d’art public de la Ville de Montréal et de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME).

« Personne ne semble vouloir s’embarquer là-dedans. Personne ne me donne de réponse… C’est dommage pour la communauté, parce qu’il y a des centaines de grimpeurs qui souhaiteraient aller là. Avec la pandémie, tout le monde cherche à faire de l’activité physique en ville, mais là, c’est bloqué. »

La question n'a pas évoluée, déplore l'artiste

Histoire de limiter les accès non autorisés à l’œuvre, Patrick Bernatchez a fait débuter les voies d’escalade à plusieurs mètres du sol. Une fois en position ouverte, deux immenses portes en acier verrouillées dans la structure complètent les voies et doivent servir de points de départ pour les grimpeurs.

En son sommet, l’œuvre est munie de plusieurs points d’ancrage installés pour que les grimpeurs puissent y accrocher leurs cordes.

L’artiste a même pris soin de placer des fils électriques à l’intérieur de la structure, histoire que des torches électriques, des caméras ou des détecteurs de mouvement puissent être installés facilement dans l’avenir sans devoir faire courir des fils à l’extérieur de la structure.

« Le Bureau d’art public m’a stressé pendant deux ans pour que je termine dans les délais, mais l’œuvre ne sert pas, et personne ne peut me donner un échéancier, dit M. Bernatchez. Il n’y a aucune collaboration de leur part », dit-il, ajoutant que le projet a été accepté il y a bientôt trois ans, et que la question de l’encadrement de la pratique de l’escalade ne semble pas avoir évolué depuis.

Camille Bégin, des relations médias de la Ville de Montréal, note que la Ville travaille actuellement à encadrer la pratique d’escalade supervisée par un opérateur afin qu’elle soit réalisée de façon optimale et sûre à cet endroit.

« Nous collaborons avec la Fédération québécoise de montagne et d’escalade pour la rédaction de plusieurs protocoles d’usage visant à définir les conditions pour une pratique sécuritaire de la paroi d’escalade lors de la tenue d’activités de grimpe. Ces protocoles porteront notamment sur l’ouverture de voies d’escalade, les règles de sécurité, les opérations pour des activités d’escalade encadrées. »

Aucune date ni aucun échéancier n’ont été communiqués jusqu’ici.

Il faut noter que la sculpture de Patrick Bernatchez est une œuvre d’art public avec la fonction de pouvoir être escaladée et non un mur ordinaire d’escalade, dit Mme Bégin. « Il s’agit d’une première pour la Ville. »

L’œuvre s’intitule 29,53, soit le nombre de jours que prend la Lune pour faire le tour de la Terre. Pour réaliser la surface lunaire, Patrick Bernatchez a utilisé les images de haute précision de la NASA. L’artiste a même « acheté » un titre de propriété d’un terrain situé dans la mer de la Sérénité sur la Lune, pour le reproduire à l’échelle sur son œuvre. « Il y a des sociétés qui vendent des terrains sur la Lune. C’est symbolique. J’en ai fait don aux gens de Montréal. »