Un des plus importants promoteurs immobiliers montréalais a rémunéré Denis Coderre pendant près de deux ans avant son retour en politique, a appris La Presse.

Publié le 3 nov. 2021
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse
Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

Alors qu’il rédigeait son livre-programme Retrouver Montréal et préparait son retour en politique, Denis Coderre conseillait le promoteur et gestionnaire immobilier Cogir.

Selon le PDG de l’entreprise, Mathieu Duguay, joint mardi par La Presse, « il a travaillé comme conseiller de juin 2019 à mars 2021 sur notre développement international (USA et Europe) ».

Le patron de Cogir n’a pas donné plus de détails sur les projets précis auxquels l’ancien maire et ex-ministre fédéral a pu se consacrer pour son entreprise.

Mathieu Duguay a pris la décision de transmettre l’information à La Presse après une discussion avec Denis Coderre, à la suite de nos questions répétées sur cette relation avec le promoteur. « Il appert évident qu’on cherche des squelettes et/ou que des gens veulent nuire à Denis », a-t-il affirmé dans un message texte.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Duguay, PDG de Cogir

Il a refusé de préciser sa rémunération. « Tout ce que je peux dire c’est que c’est LOIN d’être exagéré, au contraire. »

Le PDG de Cogir assure par ailleurs qu’il n’a fait signer aucune entente de confidentialité à M. Coderre. L’ancien maire a pourtant affirmé lors d’entrevues, en réponse à des questions sur les mandats qu’il a occupés, qu’il ne pouvait pas nommer l’ensemble de ses clients parce qu’il avait signé de telles ententes.

Cogir, qui compte 4500 employés, assure aussi la gestion de 250 immeubles, selon son site internet. L’entreprise est extrêmement active dans le marché de l’habitation neuve du Grand Montréal. Dans les six derniers mois de 2020 seulement, elle a lancé sept chantiers d’une valeur totale d’un demi-milliard de dollars, rapportait La Presse à ce moment. Un immense ensemble de près de 1000 logements à LaSalle (un projet de 275 millions de dollars) fait partie du lot, comme d’autres projets dans Rosemont–La Petite-Patrie, dans le Sud-Ouest ou dans Ville-Marie.

Son dernier communiqué concerne la première pelletée de terre pour une troisième résidence pour retraités à Lindsay, en Ontario, avec un partenaire.

Au centre-ville, Cogir a notamment construit avec le Fonds de solidarité FTQ la tour Humaniti, à l’angle de l’avenue Viger et de la rue De Bleury, à deux pas du Palais des congrès de Montréal.

Le nom de M. Coderre figurait d’ailleurs parmi les invités de la cérémonie d’inauguration de l’Hôtel Humaniti, en juin dernier. La convocation publique le décrivait comme un « homme d’affaires et candidat à la mairie de Montréal ». Il avait annulé sa présence.

Enjeux de confidentialité

Depuis trois jours, Denis Coderre doit faire face à un barrage de questions concernant son refus de dévoiler ses déclarations de revenus des dernières années (comme c’est devenu la coutume), ainsi que la liste complète de ses clients. Après sa défaite de 2017, l’ex-maire avait accepté différents mandats de consultation et de représentation dans le secteur privé.

Lundi, le candidat à la mairie a affirmé qu’il tenait secrète l’identité de certains clients, après avoir signé des ententes de confidentialité avec eux. « Je vais les sortir en temps et lieu », a-t-il dit. « J’ai des ententes de confidentialité. »

Dans la foulée, il a confirmé avoir touché des sommes importantes grâce à son activité de conseil. L’ex-maire a dit avoir gagné annuellement « au moins deux fois plus » que le salaire du maire de Montréal (qui était d’environ 198 000 $ en 2020). « J’ai fait pas mal d’argent. J’étais content », a dit Denis Coderre. « Donc, je vous confirme que je ne reviens pas [en politique] pour une question d’argent, je reviens parce que j’aime Montréal. »

Lundi soir, la campagne de M. Coderre a refusé de commenter les informations de La Presse selon lesquelles le candidat avait eu des liens d’affaires avec Cogir. Mardi matin, en entrevue, M. Coderre a de nouveau refusé de commenter cette information précise. Il n’a pas non plus voulu confirmer qu’il avait eu des contrats avec des promoteurs immobiliers.

Il a plutôt fait valoir qu’il révélerait l’entièreté de sa liste de clients au conseiller en éthique de l’hôtel de ville de Montréal, qui serait chargé d’y déceler les conflits d’intérêts potentiels. « C’est un avocat, alors je vais pouvoir sortir tout le pedigree et on va pouvoir répondre à ses questions », a dit le candidat à la mairie. « Il n’y a pas de cachette. Il y a juste un respect des ententes avec ceux que j’ai conseillés. »

L’encadrement du développement immobilier est un enjeu central de la campagne électorale municipale. Denis Coderre prône un assouplissement des règles encadrant l’industrie afin de « doper l’offre » de logements dans la métropole.

Mardi soir, la campagne de M. Coderre n’avait pas commenté les précisions apportées par M. Duguay.