Le candidat dans Outremont de l’équipe Coderre, Dan Kraft, se retire de la campagne. L’aspirant-conseiller, qui s’était excusé au début du mois d’octobre pour avoir relayé du contenu remettant en question les changements climatiques et la discrimination envers les Noirs, dit être victime d’une « campagne de salissage ».

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« M. Kraft est un professeur d’université. Le passage du monde universitaire, où le débat et l’échange des idées sont au cœur du quotidien, vers le monde politique n’est pas facile. En politique, il y a moins d’interprétation et de nuances. Dan l’a appris à ses dépens et celui de ses proches », a expliqué le candidat à la mairie Denis Coderre, en marge d’une conférence de presse mardi matin.

Il a du même coup révélé que le choix de se retirer venait du candidat lui-même, en indiquant que ce dernier « [lui] a annoncé que lui et sa famille ne résistaient plus à la campagne de salissage ». « Il y a des trolls qui jouent avec ça, et nous savons que ça vient de gens d’autres partis », a aussi lancé M. Coderre, en anglais, laissant entendre que cette affaire n’aiderait en rien à attirer plus de gens vers la politique municipale.

Les publications problématiques de M. Kraft, qui sont ressorties au grand jour il y a quelques semaines, visaient notamment la vidéo The Great Global Warning Swindle (La grande escroquerie du réchauffement climatique), relayée en 2019.

En 2020, Dan Kraft avait aussi commenté une publication du quotidien National Post au sujet d’un homme noir qui racontait avoir été arrêté pour une plaque d’immatriculation expirée, alors qu’elle ne l’était pas. Il avait alors demandé qu’on laisse « les policiers faire leur travail » et avait accusé l’homme et « bien d’autres de chercher leurs 15 minutes de gloire ». Des photos circulant en ligne ont aussi démontré que M. Kraft avait parlé de George Floyd comme d’un « délinquant ». « J’ai appris de mon erreur et me suis engagé à être plus prudent », avait assuré M. Kraft dans la foulée. Aussitôt, Ensemble Montréal avait réitéré sa confiance envers le candidat, disant surtout vouloir « tourner la page ».

Retrait immédiat

Dans un communiqué, Dan Kraft a quant à lui confirmé que son implication avait « toujours été sincère, mais que [son] aventure politique s’arrêtait tout de suite à cause d’une campagne de salissage à [son] endroit ».

« Je suis un activiste dans la lutte contre l’antisémitisme et tout type de discrimination, spécialement contre les minorités, mais ce n’est pas ce qui a été martelé dans les dernières semaines sur les réseaux sociaux. En tant qu’immigrant, je ne peux qu’avoir une mentalité ouverte vers la diversité. J’œuvre dans le domaine des énergies renouvelables depuis plus de 20 ans, mais cela non plus n’a pas été divulgué », lance-t-il.

Je souhaite que les électeurs et électrices comprennent l’importance de s’engager dans la vie communautaire et de ne pas se laisser influencer par le mensonge et la haine. La société, c’est nous qui la bâtissons tous les jours.

Dan Kraft, candidat démissionnaire d’Ensemble Montréal

Sans jamais revenir sur ses propos controversés, M. Kraft avoue au passage avoir « négligé l’alerte » lancée par l’Union des municipalités du Québec, qui a dénoncé le radicalisme et le caractère haineux des réseaux sociaux en politique « comme une façon d’empêcher une plus grande participation citoyenne », dit-il. « Je le regrette profondément, tant pour moi que pour ceux qui m’ont [soutenu] », insiste-t-il.

C’est donc 97 candidats sur 103 districts qu’Ensemble Montréal présentera le 7 novembre. Projet Montréal en compte 103, et Mouvement Montréal, 68.

Au cabinet de la mairesse sortante, Valérie Plante, on n’a pas tardé à réagir. « Ce que nous dit Denis Coderre aujourd’hui, c’est que le départ de Dan Kraft n’est pas dû à ses déclarations climatosceptiques et racistes, mais parce qu’il n’apprécie pas le fait que ces déclarations sont devenues publiques grâce au travail de recherche des médias. Bref, ce n’est pas une question de principe, mais une question d’image. C’est un manque de leadership et de conviction qui va décevoir bien des Montréalais », a fustigé l’attachée de presse Marikym Gaudreault, mardi après-midi.

D’autres candidats de l’équipe Coderre ont aussi quitté la campagne au cours des dernières semaines, dont Joe Ortona, président de la Commission scolaire English-Montréal, dans la foulée de la diffusion par l’organisme d’un document controversé niant l’existence de la nation québécoise. La candidate pour la mairie de Lachine, Julie-Pascale Provost, s’est aussi fait montrer la porte par le parti récemment, parce qu’elle refusait de se faire vacciner contre la COVID-19.