Des membres de la communauté cambodgienne se sont réunis samedi devant le bureau de circonscription de Justin Trudeau, à Montréal, pour réclamer que le Canada fasse pression sur le petit royaume, accusé de bafouer la démocratie et les droits de la personne.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Près d’une cinquantaine de manifestants ont brandi des drapeaux rouge, bleu et blanc du Cambodge, sous les encouragements des klaxons des automobilistes.

« En ce moment au Cambodge, il n’y a plus d’opposition, de liberté, de société civile, de médias indépendants », a déclaré Sochua Mu, vice-présidente du Parti du sauvetage national du Cambodge, présente à la manifestation. Sa formation a été dissoute en 2017, afin qu’aucun parti d’opposition ne vienne contrebalancer le pouvoir du premier ministre. Elle est en exil depuis.

Sochua Mu est une ancienne ministre du Cambodge qui défend la démocratie et les droits des femmes de son pays. Résidant aux États-Unis, elle était de passage à Montréal à l’occasion de la manifestation.

Mme Mu a été en nomination au prix Nobel de la paix en 2005. En poste comme ministre de la Condition féminine et des Vétérans de 1998 à 2004, elle a entre autres milité contre la violence à l’égard des femmes, le trafic humain et le viol conjugal.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Sochua Mu, vice-présidente du Parti du sauvetage national du Cambodge

Le rassemblement se déroulait à l’occasion du 30anniversaire de la signature des accords de Paris sur le Cambodge, dont le Canada est signataire. Ce traité a mis fin à une guerre civile qui ravageait le pays depuis deux décennies. Les Khmers rouges, dirigés par le chef du parti communiste, Pol Pot, ont perpétré un génocide qui a coûté la vie à près de deux millions de Cambodgiens entre 1975 et 1979.

Depuis, le premier ministre Hun Sen dirige le pays de façon autoritaire. La corruption ravage aussi le pays. L’aide internationale qui a été offerte au Cambodge à la suite des accords de Paris n’a pas suffi à y instaurer la démocratie.

Hun Sen est au pouvoir depuis 37 ans, et il souhaite que son fils aîné, Hun Manet, soit son successeur.

Appel à la solidarité internationale

Sokha Ly, membre du Mouvement contre la violence au Cambodge, était vêtu d’un chandail blanc sur lequel étaient imprimés les visages d’environnementalistes et de militants ayant été emprisonnés sous le régime cambodgien actuel.

« Les droits fondamentaux du peuple cambodgien sont bafoués, et la neutralité du Cambodge n’est pas respectée. La Chine est venue installer une base militaire au Cambodge, ce qui soulève l’inquiétude […] ça peut causer de l’instabilité dans la région », a-t-il expliqué.

Sochua Mu souhaite pour sa part que le gouvernement du Canada rappelle à Hun Sen ses obligations comme signataire des accords de Paris. « Le Canada en tant que pays démocratique […] doit être avec le peuple cambodgien pour protéger la liberté », évoque-t-elle.

Pour Sophane Am, qui avait quitté le Cambodge lors de la guerre impliquant les Khmers rouges, la signature des accords de Paris a une signification toute personnelle. Ce traité lui a permis de revenir au pays pour voir sa mère, qui y était demeurée.

« Nous, on a le droit de commémorer [cet évènement]. Les Cambodgiens là-bas, ils ne peuvent pas, sinon ils sont emmenés en prison dans les heures qui viennent », raconte M. Am.

Les manifestants ont réclamé que le gouvernement agisse avant les élections fédérales qui prendront place au Cambodge en 2023. Ils souhaitent que le processus se déroule de façon juste.

L’an dernier, l’Union européenne a imposé des sanctions au Cambodge. La gouvernance autoritaire du pays n’a pas changé.

Le Mouvement contre la violence au Cambodge estime cependant que si la communauté internationale s’allie sur cette cause, le pays pourrait éventuellement opérer de façon démocratique.

Avec l’Agence France-Presse