Denis Coderre assure avoir eu de « bonnes discussions » avec le candidat à la mairie de Verdun Antoine Richard, dans la foulée de révélations voulant qu’il eût effectué des « flips » immobiliers alors que son quartier fait face à un manque de logements abordables.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Le Journal de Montréal révélait mercredi que M. Richard, un ex-restaurateur aujourd’hui courtier immobilier, a touché un peu plus de 470 000 $ en quatre mois en effectuant au moins deux « flips ». De plus en plus répandue, cette pratique revient grosso modo à acquérir une propriété à bas prix, pour ensuite la retaper dans l’unique but de la revendre et d’en tirer profit.

Par écrit, M. Coderre a soutenu que son équipe et lui « avons eu de bonnes discussions avec Antoine Richard concernant les pratiques immobilières ». « Son ordre professionnel a suivi l’affaire de près, nous nous en remettons à leur bon jugement. Nous réitérons notre confiance envers notre candidat », a-t-il offert.

Son attachée de presse, Elizabeth Lemay, a aussi fait valoir que « les pratiques immobilières de M. Richard ne sont pas interdites, comme l’affirme le Journal de Montréal, mais simplement non recommandées ». Le parti fait ainsi référence à la position de l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ), qui suggère d’éviter les « flips » dans la mesure où « le courtier doit en tout temps éviter de se placer en situation de conflit d’intérêts ».

« Lorsqu’il est question de pratiques immobilières, Projet Montréal est mal placé pour nous faire la leçon. Peu de temps avant d’adopter un règlement interdisant la conversion d’immeuble, Valérie Plante a elle-même supprimé un des appartements dans son multiplex pour agrandir le sien. Ça aussi, c’est questionnable », a par ailleurs fustigé Mme Lemay.

Valérie Plante réplique

La mairesse sortante Valérie Plante a de son côté martelé mercredi que ces révélations « s’ajoutent à d’autres » concernant la vision de Denis Coderre en habitation. « Pour lui, l’habitation, c’est un bien de consommation, alors que pour nous, c’est un droit fondamental », a-t-elle dit.

« Ce qu’on apprend concernant le candidat à la mairie de Verdun, qui est un des arrondissements les plus touchés par les « flips » et la spéculation, je trouve ça très troublant. […] Pour moi, c’est un échec. Le test de crédibilité en matière de logement, Denis Coderre et son équipe ne le passent pas », a-t-elle ensuite martelé, en accusant M. Richard de « contourner les règles » en « retirant du logement abordable pour les familles ».

Projet Montréal s’est d’ailleurs engagé mercredi à limiter les « flips » immobiliers en obtenant de Québec « le pouvoir de moduler le droit de mutation en fonction de la durée de propriété d’une résidence ». Le parti promet aussi que les flips « seront plus fortement taxés que les ventes de résidences occupées depuis de nombreuses années par le même ménage », ce qui permettra de « ralentir la spéculation effrénée qui nuit à l’abordabilité, sans pour autant pénaliser les ménages montréalais ».

Mme Plante a du même coup promis que son administration compte « se tenir debout face aux promoteurs », en reprochant aussi à son adversaire de proposer « un faux registre des baux, qui se ferait sur une base volontaire ». « Ça existe déjà, et ce n’est pas ce que les gens demandent. C’est un peu comme les 40 millions qu’il veut donner à des promoteurs pour transformer des tours à bureaux en logements », a-t-elle soulevé.

Plusieurs autres candidats de l’équipe Coderre se sont retrouvés dans la controverse au courant des dernières semaines. La semaine dernière, le candidat du district Ryan dans Outremont, Dan Kraft, avait dû s’excuser pour avoir partagé dans le passé du contenu sur les réseaux sociaux remettant en question les changements climatiques et la discrimination envers les Noirs.

En septembre, la candidate de Denis Coderre pour la mairie de Lachine, Julie-Pascale Provost, s’était fait montrer la porte parce qu’elle refusait d’être vaccinée contre la COVID-19. Peu avant, le parti avait exclu son candidat Joe Ortona en raison des prises de position antinationalistes de la commission scolaire English-Montréal, dont il est le grand patron. Le parti avait aussi fait marche arrière en juin sur la nomination du boxeur Ali Nestor comme « conseiller spécial », en apprenant qu’il était accusé d’agression sexuelle.