Malgré les « deux solitudes » qu’ils incarnent en matières linguistiques, Balarama Holness et Marc-Antoine Desjardins s’engagent à ce que leur parti unifié tienne une consultation publique d’un an sur l’usage du français et de l’anglais dans les institutions, en vue de la tenue d’un « référendum sur le statut linguistique » de la métropole.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Nous comprenons que nous avons des différences, mais ces différences ne l’emportent pas sur une possibilité d’une autre administration de Valérie Plante ou de Denis Coderre. Nous sommes l’avenir, ils sont le passé. Et il faut qu’on avance une bonne fois pour toutes », a martelé Balarama Holness, chef du parti Mouvement Montréal, en conférence de presse mardi devant l’hôtel de ville.

C’est l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) qui serait mandaté de tenir la consultation, afin de déterminer si les citoyens veulent d’un référendum. « Nous ne pouvons pas laisser l’Assemblée nationale déterminer les langues officielles de la métropole. C’est aux Montréalais de le faire », dit M. Holness, qui maintient « vouloir reconnaître Montréal comme une ville bilingue ».

Questionné à savoir comment il arriverait à modifier la Charte de la Ville – une compétence provinciale –, M. Holness a répondu qu’il demandera à Québec « de nous écouter », ajoutant plus tard qu’il en va du « même concept » que les référendums sur l’indépendance tenus par le passé.

Maintenant candidat à la mairie d’Outremont pour Mouvement Montréal, Marc-Antoine Desjardins, lui, a parlé d’un « juste milieu intéressant », en ne cachant toutefois pas ses divergences avec le chef. « On va avoir deux camps : les gens qui vont vouloir rendre Montréal bilingue – je leur dis bonne chance – et ceux qui veulent garder Montréal française, qui vont m’avoir dans leur camp », a-t-il clairement énoncé.

Les deux hommes, qui ont fusionné leurs partis à la fin septembre à la grande surprise de plusieurs observateurs, s’entendent toutefois sur le fait qu’il faut éviter une « guerre linguistique » et « revenir aux enjeux de base » comme le logement, la sécurité publique, l’économie et le transport. « Le cône orange, il s’en fout si vous parlez français ou anglais, il veut juste être retiré », a ironisé M. Desjardins.

Une idée mal reçue

Appelée à réagir mardi, la mairesse sortante de Montréal, Valérie Plante, s’est dite « très inconfortable » avec l’annonce de MM. Holness et Desjardins. « Je pense que c’est l’idée la plus divisive depuis le référendum de 1995. Il ne faut pas monter les communautés les unes contre les autres », a-t-elle rétorqué, en rajoutant « qu’il n’y a pas de raison de remettre en question le statut francophone de Montréal ».

« Le rôle d’un maire, c’est de rassembler, pas de diviser. Nous avons une métropole francophone dont je suis fier, cosmopolite, avec une charte claire et qui peut donner des services. Je m’oppose complètement à un référendum sur cette question-là, je ne pense pas que ce soit une bonne idée », a aussi affirmé le candidat à la mairie et chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre.

À l’Assemblée nationale, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a aussi condamné que le référendum que propose Mouvement Montréal « est une tentative à peine cachée d’angliciser encore davantage la métropole ». « Avec sa proposition, M. Holness veut non seulement qu’on consente au déclin de notre langue, mais il veut l’accélérer. Quand on sait que 45 % des nouveaux arrivants choisissent l’anglais et que toute tentative de préserver le français est souvent taxée d’intolérance, il y a lieu de remettre en question notre modèle d’immigration », soutient-il.

« Réallocation » pour le SPVM

S’il refuse de parler de « définancement de la police », le parti unifié de Balarama Holness s’engage néanmoins à « réduire les dépenses du SPVM, notamment en éliminant et en gelant les nouveaux projets du SPVM, dont le champ de tir de 57 millions de dollars qui était prévu pour 2020-2022 ».

« On peut combattre le crime organisé et la prolifération des armes à feu en ayant un SPVM qui est flexible et qui a de la transparence. Ce n’est pas parce que c’est la police qu’ils doivent avoir un chèque en blanc », soutient-il, en affirmant que le budget du corps policier « ne peut pas être enflé de façon perpétuelle ».

Le parti, qui compte 73 candidats, propose en contrepartie d’injecter un milliard de dollars, avec Québec et Ottawa, dans les installations sportives, de loisirs et de récréation à Montréal pour « améliorer la santé urbaine, limiter le décrochage scolaire et bâtir des communautés plus fortes et plus sûres ».

Marc-Antoine Desjardins a insisté sur le fait qu’il faut « revoir complètement le visage du SPVM », en implantant une « révision permanente des postes budgétaires » pour savoir « où va l’argent ». Il compte s’inspirer du modèle de police de concertation du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) pour « désamorcer les crises ».