Transport collectif, habitation, environnement : après quatre ans au pouvoir, la mairesse sortante Valérie Plante a-t-elle tenu l’essentiel de ses promesses ? Et après un mandat complet, que reste-t-il de son équipe ? Analyse en cinq points.

Publié le 2 oct. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Ligne rose, bus et ligne bleue (en cours)

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le projet de « ligne rose » reliant Lachine à Montréal-Nord était une promesse phare de la campagne de Valérie Plante en 2017.

Si rien n’est encore gagné, Mme Plante a tout de même réussi à obtenir certaines garanties pour son projet de « ligne rose » reliant Lachine à Montréal-Nord, une promesse phare de sa campagne en 2017. En juin dernier, Québec et Montréal ont en effet lancé les études préliminaires en vue de la construction d’une nouvelle ligne de « transport structurant » entre Lachine et le centre-ville de Montréal. On ignore pour le moment quel mode de transport entre un tramway, un service rapide par bus (SRB) ou encore un métro léger sera choisi. La mairesse Plante, elle, a déjà indiqué qu’elle miserait sur un tramway. Aucune annonce n’a toutefois été faite quant au segment devant relier Montréal-Nord au centre-ville. Le chantier ne sera pas non plus lancé avant le début du prochain mandat, comme l’avait promis Mme Plante, d’autant plus que le projet de ligne rose coûterait en fait de 17 à 24 milliards, soit de trois à quatre fois plus que prévu initialement, a révélé La Presse en février 2020. Le gouvernement Legault, lui, n’a jamais été un grand partisan du projet. Il mise jusqu’ici davantage sur le Réseau express métropolitain (REM), dont les travaux doivent être achevés en 2023. Par ailleurs, la promesse de Mme Plante d’acquérir 300 nouveaux bus hybrides est en cours ; la commande a été faite en 2018 et une bonne partie de ces véhicules circulent dans les rues de la métropole. Mais la pandémie risque de retarder leur pleine livraison à 2022. Le prolongement de la ligne bleue, lui, semble acquis. Les travaux doivent se terminer en 2026, mais Québec et Montréal ont des différends sur les délais et les coûts.

12 000 logements sociaux (en cours)

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

La mairesse présentant le budget 2021 et le programme décennal d’immobilisations (PDI) 2021-2030, le 12 novembre dernier

C’est en novembre 2020 que Valérie Plante a réussi à faire adopter la « nouvelle mouture » de son règlement « 20-20-20 », qui prévoyait initialement d’intégrer 20 % de logements sociaux, abordables et familiaux dans tous les projets de cinq logements et plus. Mais la politique a finalement été revue ; la proportion de logements abordables et familiaux pourra être assouplie en fonction des secteurs. S’il est élu, le parti de Denis Coderre a d’ailleurs fait part de son intention de « modifier » plusieurs éléments de cette politique. Par ailleurs, différents chiffres ont circulé ces derniers mois sur la construction des 12 000 logements sociaux promis par Valérie Plante d’ici la fin de 2021. Combien ont été construits, combien sont occupés ? Pour l’heure, plus de 11 500 des 12 000 unités promises ont été « approuvées », mais seulement 7000 d’entre elles sont occupées, a révélé le chroniqueur de La Presse Mario Girard, le 23 septembre. Il faut en fait diviser la promesse en deux pour bien l’analyser. Du côté du logement abordable, d’abord, ce sont plus de 7300 projets qui ont été approuvés (ce qui surpasse les 6000 promis), dont environ 5930 sont occupés. En matière de logement social, toutefois, l’action de la Ville semble plus ardue : si 4220 projets ont bien été approuvés, à peine 1080 d’entre eux sont jusqu’ici occupés.

Promesse non tenue : hausses de taxes inférieures à l’inflation

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Dès son premier budget, l’administration Plante a haussé les taxes des Montréalais en moyenne de 3,3 %, soit 1,2 % au-dessus du taux d’inflation.

C’est l’une des promesses que l’administration Plante a rompues dès son premier budget : celle de ne pas hausser le compte de taxes des contribuables au-delà de l’inflation. En novembre 2018, les avis d’imposition ont augmenté de 3,3 % en moyenne, soit davantage que l’inflation qui était alors fixée à environ 2,1 %. Mais au fil des budgets qui ont suivi, notamment en 2019 et en 2020, le niveau d’augmentation est resté en deçà l’inflation. La hausse de taxes cumulée sur quatre ans, depuis 2017, est aussi sous l’inflation. L’an dernier, malgré des revenus en baisse et des dépenses en hausse, l’administration Plante a tout de même décidé d’implanter un gel des taxes contrôlées par la ville centre. De légères augmentations des taxes d’arrondissement signifient que les comptes de taxes augmenteront en moyenne de 0,2 % pour les propriétaires de résidence. Les immeubles commerciaux voient quant à eux leurs taxes bel et bien gelées. Pandémie oblige, la Ville a aussi décidé de reporter d’un an la mise en place de la « tarification volumétrique [de l’eau] » pour les immeubles non résidentiels, comme elle s’était engagée à le faire.

Promesse tenue : un parc dans l’Ouest, un autre dans l’Est

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

L’administration Plante souhaite « agrandir substantiellement » le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies.

Valérie Plante est parvenue dans son mandat à concrétiser, ou du moins à assurer, la mise sur pied du plus grand parc urbain au Canada, avec son projet de grand parc de l’Ouest. En décembre 2019, elle a annoncé une acquisition historique pour développer cet espace vert, au moment où la Ville s’est portée acquéreur de 140 hectares de terrain en milieu humide dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, une superficie équivalente à 192 terrains de soccer. La création officielle du parc, qui regroupera notamment les parcs du Cap – Saint-Jacques, du Bois-de-l’Île-Bizard, de l’Anse-à-l’Orme et du Bois-de-la-Roche, a été annoncée au mois d’août suivant, à l’issue de consultations tenues en ligne. Il reste toutefois des ententes à conclure avec des promoteurs immobiliers qui refusent toujours de céder leurs droits à la Ville sur certains terrains. La mairesse Plante a par ailleurs annoncé il y a quelques jours son intention de créer un poumon vert dans l’Est, qui prendrait lui aussi la forme d’un grand parc urbain. Son administration veut « agrandir substantiellement » le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies, en plus d’« agrandir le parc-nature du Bois-d’Anjou » et de « préserver la vocation d’espace vert du Club de golf métropolitain d’Anjou ». Difficile toutefois de dire si Montréal a rempli son objectif de préserver 10 % de son territoire. En juin 2020, la vérificatrice générale avait prévenu que cette cible n’était pas encore atteinte, et que plusieurs milieux naturels n’étaient pas encore protégés.

Départs problématiques et équipe reconstruite

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

La mairesse de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery

En janvier 2020, la mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery, a été expulsée de Projet Montréal dans la foulée de la parution d’un rapport du contrôleur général de la Ville de Montréal, Alain Bond, qui faisait état d’allégations de harcèlement psychologique de la part de sa chef de cabinet, Annalisa Harris. La mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Giuliana Fumagalli, a aussi été exclue pour « comportement inapproprié », l’année précédente. Les deux femmes ont d’ailleurs créé leur propre parti en vue du scrutin de 2021. Plusieurs autres élus ont par ailleurs volontairement quitté le parti, citant tantôt des différends avec le cabinet de la mairesse, tantôt des tensions politiques. C’est notamment le cas de la conseillère municipale dans Rosemont–La Petite-Patrie, Christine Gosselin, et du conseiller du district de Loyola, Christian Arsenault. En octobre 2020, la conseillère d’arrondissement du district du Canal, à Lachine, Julie-Pascale Provost, a aussi été exclue de Projet Montréal sur fond de tensions dans le dossier du port de plaisance de Lachine. Avec tous ces départs, le parti de Valérie Plante est aujourd’hui fragilisé à l’hôtel de ville, à un siège de la perte de sa majorité.