Autoriser la construction de gratte-ciel dépassant le mont Royal en hauteur serait une « hérésie », a fait valoir Valérie Plante mardi après-midi, attaquant la position exprimée par Denis Coderre dans son livre-programme.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

La mairesse de Montréal était flanquée de l’architecte émérite Phyllis Lambert lors de sa prise de parole. Cette dernière a appuyé la réélection de Valérie Plante, qualifiant Denis Coderre d’« homme des années 1960 ».

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

« Le mont Royal, c’est un repère visuel pour tout le monde. C’est un véritable joyau pour tous les Montréalais et les Montréalaises. Les gens y sont terriblement attachés », a affirmé Valérie Plante devant les journalistes.

« Le mont Royal, c’est un repère visuel pour tout le monde. C’est un véritable joyau pour tous les Montréalais et les Montréalaises. Les gens y sont terriblement attachés », a affirmé Valérie Plante devant les journalistes.

L’idée même de cacher le mont Royal, c’est une hérésie. […] Il y a vraiment un consensus chez les experts en urbanisme et, honnêtement, dans la population en général.

Valérie Plante

Au printemps dernier, l’ex-maire Coderre avait remis en question les règles d’urbanisme édictées en 1992 qui interdisent aux promoteurs de bâtir au-delà des 233 mètres du mont Royal. Il faisait valoir que la densification du centre-ville passait par des immeubles plus hauts. « Si nous souhaitons un centre-ville de classe mondiale grandissant d’année en année, nous devrons dépasser la hauteur de la croix du Mont-Royal avec nos gratte-ciel », écrivait-il dans son livre Retrouver Montréal.

Depuis cet été, il est revenu sur cette position. Mardi, il a fait valoir qu’il voulait « de la densité douce et intelligente ». « J’ai dit depuis quelques semaines sur la question du mont Royal qu’il n’y aurait pas des buildings plus haut que le mont Royal », a-t-il assuré en point de presse, en matinée.

Mais cette nouvelle position n’a pas complètement rassuré Valérie Plante. « Le caucus de Denis Coderre l’a fait reculer pour l’instant. On ne sait pas, après ça, ce que ça peut donner », a-t-elle dit en voulant soulever le doute.

« Je ne crois plus qu’il y ait de débat »

Si Denis Coderre revenait effectivement à sa position initiale concernant le mont Royal, il se retrouverait bien seul. La voix des promoteurs immobiliers comme les défenseurs du patrimoine s’entendent pour respecter la prédominance de la montagne sur la ville.

« Je ne crois plus qu’il y ait de débat », a affirmé Jean-Marc Fournier, président de l’Institut du développement urbain, qui représente les intérêts de l’industrie immobilière.

Il dit avoir pris acte du fait que l’invitation de M. Coderre à débattre de cet enjeu a été accueillie par une fin de non-recevoir. « On n’a pas de difficulté à respecter le mont Royal. » De l’avis de M. Fournier, les partisans de la densification doivent plutôt s’attaquer à la toute nouvelle réglementation qui limite les superficies de plancher dans le quartier des Faubourgs (autour de l’ancienne tour de Radio-Canada) et qui force les promoteurs à construire des tours plus étroites.

Chez Héritage Montréal, Dinu Bumbaru estime aussi que la remise en question du respect de la hauteur du mont Royal est terminée. « Le débat de ce printemps était ridicule », a-t-il asséné en entrevue téléphonique. De toute façon, avec l’explosion du télétravail, « est-ce qu’on a vraiment besoin de construire jusqu’à la montagne ? », s’est-il interrogé à haute voix.

M. Bumbaru souligne surtout la vétusté du plan d’urbanisme de 1992 sur laquelle ce débat se fonde. « Normalement, selon la loi, ça doit être mis à jour aux cinq ans, a-t-il dit. Ça nous préoccupe profondément. »

Avec Isabelle Ducas, La Presse