Après plusieurs mois d’incertitude et de rebondissements, le centre commercial Le Boulevard ne fermera pas ses portes en décembre, au moment de son acquisition par la Société de transport de Montréal (STM), qui doit effectuer le prolongement de la ligne bleue. Une nouvelle qui réjouit les consommateurs du quartier et certains commerçants.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Le cabinet de la ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, en a fait l’annonce vendredi. Une solution permettant d’éviter la fermeture du Boulevard a été proposée aux locataires du centre commercial situé à la frontière des secteurs de Saint-Michel et de Saint-Léonard, a révélé le Ministère.

Un groupe d’experts a suggéré la révision de la taille du terminus, de l’aire de stationnement et de l’espace d’entreposage des matériaux du chantier pour assurer que Le Boulevard reste opérationnel. Les accès au bâtiment seront aussi reconfigurés.

« À ce jour, le ministère des Transports du Québec (MTQ) et la STM souhaitent maintenir les activités commerciales du centre d’achat Le Boulevard suivant sa prise de possession par la STM », peut-on lire dans la lettre du MTQ acheminée aux locataires des magasins.

« Un gestionnaire immobilier sera mandaté prochainement par la STM en vue du remplacement du gestionnaire actuel, Crofton Moore », y souligne-t-on également.

Une clientèle ravie

Vendredi, les consommateurs étaient nombreux à faire leurs emplettes au Boulevard. Outre certaines vitrines placardées d’affiches jaune et noire annonçant des ventes de fermeture, rien ne laissait présager que le centre d’achats se préparait à bientôt fermer ses portes.

« En quelque sorte, personne ne voulait que ça ferme », a dit Liliana Rodriguez, employée de la boutique de vêtements pour enfants OK Kids. Selon elle, de nombreux clients sont des habitués du centre commercial. Bien des résidants des maisons pour personnes âgées à proximité étaient heureux de pouvoir s’y rendre à pied.

La boutique où travaille Mme Rodriguez s’était déjà relocalisée.

Un esprit de communauté était palpable dans le centre commercial. Les vendeuses de la boutique Claire France et des clientes se réjouissaient de la pérennité du lieu.

« Ça fait notre bonheur, on [habite] près », s’est exclamée une employée du magasin, Micheline Michaud. Une cliente, Suzanne Charbonneau, s’est dite « très contente » de l’annonce, elle qui vient faire ses emplettes avec ses amies dans ce centre commercial.

La boutique Claire France n’était toujours pas parvenue à se relocaliser. Les locataires du centre commercial avaient appris la fermeture du Boulevard à quelques jours de Noël.

Tarek Si Abela magasinait avec son jeune garçon, qui sirotait une slush à ses côtés. « C’est notre havre de paix, ce centre », a affirmé M. Si Abela. Pour lui, Le Boulevard revêt aussi une valeur sentimentale.

« Ça nous rappelle les premiers temps quand on est arrivés ici, ça nous rappelle beaucoup de choses. C’est nostalgique », a expliqué le père de famille.

Pour Stéphanie Vézina, propriétaire de la bijouterie Olivine, l’annonce de vendredi n’a pas fait disparaître les angoisses des derniers mois.

« Je ne sais plus comment réagir. Ça fait huit mois que je suis à la recherche d’une place. Je ne dors pas, je suis anxieuse, parce que c’est mon avenir, c’est mon métier, j’ai des enfants », a-t-elle énuméré, les larmes aux yeux.

Elle n’accueillait pas la survie du Boulevard comme une garantie d’avenir. « Est-ce que les locaux vont être vides ? Est-ce que les commerces vont rester ? Si je décide de rester, je ne veux pas que le centre soit à moitié vide aussi », a dit la propriétaire.

Expropriation sinueuse

L’acquisition du Boulevard par la STM a créé plusieurs remous. La société souhaitait d’abord acheter le tiers du centre commercial, dans le but d’y instaurer la station de métro Pie-IX faisant partie du prolongement de la ligne bleue. La construction du système rapide par bus sur le boulevard Pie-IX est aussi prévue.

Toutefois, la STM a été forcée d’acquérir l’ensemble du terrain pour la somme de 115 millions de dollars, à la suite d’une décision du Tribunal administratif du Québec (TAQ).

Le propriétaire du centre commercial, la société immobilière Crofton Moore, croyait qu’il était impossible d’exploiter correctement Le Boulevard en étant privé du tiers localisé à l’angle de la rue Jean-Talon Est et du boulevard Pie-IX.

Le patron de Crofton Moore, Mitchell Moss, a tenté de convaincre le gouvernement de ne pas exproprier son bâtiment, sans succès, a rapporté La Presse en mai dernier1.

En février 2020, le TAQ a finalement tranché que le MTQ, chargé d’exproprier les terrains pour le compte de la STM, devrait racheter l’ensemble du bâtiment.

L’acquisition du Boulevard a fait gonfler la facture des expropriations liées au chantier de la ligne bleue. Le budget initial prévu en 2018 a presque quadruplé, se chiffrant aujourd’hui à 1,2 milliard de dollars2, a dévoilé La Presse.

1. Lisez « Le MTQ forcé de payer 115 millions pour un centre commercial » 2. Lisez « Ligne bleue : le coût des expropriations explose »