Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées, vendredi, à la sortie de la station de métro Parc, à Montréal, pour commémorer la mort de Rajinder Prabhneed Kaur, victime du 14féminicide présumé au Québec en 2021. Les manifestants réclamaient la fin de la violence faite aux femmes, pour qu’il n’y en ait « pas une de plus ».

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« Ne restons jamais silencieuses », « alerte au féminicide » ou « pas une de plus », pouvait-on lire sur les pancartes colorées des manifestants, qui se tenaient bien droits côte à côte.

L’évènement était mis sur pied par le Centre communautaire des femmes sud-asiatiques (CCFSA), organisation venant notamment en aide aux femmes victimes de violence conjugale dans le secteur de Parc-Extension depuis 40 ans. Le centre souhaite briser la barrière de la langue qui peut empêcher certaines femmes d’origine sud-asiatique de demander de l’aide.

« Nous sommes choquées », a lancé Dolores Chew, l’une des fondatrices du CCFSA, en évoquant le meurtre de Rajinder Prabhneed Kaur.

« [La violence faite aux femmes] doit être reconnue comme un enjeu de santé publique, tout comme le tabagisme est tolérance zéro », a-t-elle déclaré. Mme Chew compare les féminicides à une « pandémie ».

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

« [La violence faite aux femmes] doit être reconnue comme un enjeu de santé publique, tout comme le tabagisme est tolérance zéro », a déclaré Dolores Chew, l’une des fondatrices du Centre communautaire des femmes sud-asiatiques, comparant les féminicides à une « pandémie ». 

Des larmes coulaient sur les joues des participants au rassemblement lorsque des femmes dénonçaient la violence conjugale au micro, en appelant à des actions du gouvernement provincial pour y mettre fin.

La victime, femme de 32 ans d’origine panjabi, aurait été tuée le soir du 19 juillet dernier par son mari, Navdeep Gohtra, dans leur appartement de la rue Birnam, dans le secteur de Parc-Extension. Rajinder Prabhneed Kaur a été gravement blessée à la tête. Les services d’urgence ont constaté sa mort sur les lieux du drame.

Cet évènement a porté à 14 le nombre de féminicides présumés dans la province cette année. Il s’agit du 13homicide commis sur le territoire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Le suspect de 30 ans aurait pris la fuite après avoir commis son geste. Son corps a été repêché à Laval, dans le secteur de la rivière des Prairies, jeudi, a confirmé le SPVM. Le service de police suspectait que l’homme se soit jeté à l’eau. Des fouilles ont été menées sur la rivière, au cours de la semaine suivant le meurtre.

Mme Prabhneed Kaur avait fait changer la serrure de son appartement afin que son mari n’y entre pas. Navdeep Gohtra était connu des policiers. En mai, il avait été accusé d’avoir menacé sa femme. Il devait comparaître à nouveau à l’automne, après avoir été remis en liberté sous condition.

Surmonter une « double barrière » pour demander de l’aide

Sohnia Karamat Ali travaille au Comité d’action de Parc-Extension, qui soutient les personnes dans leur recherche de logement. « Dans le cadre de mon travail, je reçois les habitants de ce quartier tous les jours. Je peux voir leurs problèmes », a-t-elle affirmé. Il était primordial pour la jeune femme d’apporter son appui aux femmes victimes de violence conjugale.

« Elles sont aux prises avec la violence sous de nombreuses formes ; non seulement de la part de leur partenaire intime, mais aussi de la part des propriétaires [de logements] et du système », a-t-elle expliqué. Nombre de femmes et de résidants du quartier sont coincés dans des situations précaires quant à leur travail ou à leur statut d’immigration, a ajouté Sohnia.

Selon Tasnim Rekik, le plus récent féminicide présumé prend une autre dimension. « Je pense qu’il y a une expérience particulière du fait que ce soit une femme racisée. Ça nous fait nous rendre compte des doubles barrières [qu’elles peuvent vivre]. Plus de difficultés à dénoncer, plus de difficultés à trouver du travail, à devenir indépendantes, à avoir du contrôle sur leur vie », a-t-elle relaté, d’un air grave.

« Des fois, on se sent impuissant à aider », a déploré Mohamad Mansoor, qui œuvre au Comité d’action de Parc-Extension. Il existe toujours « très peu de ressources », selon lui.

« On en vient souvent à gérer le cas de femmes dans des situations précaires. Mais comme elles sont seules ici, qu’elles sont de nouvelles arrivantes, elles n’ont pas d’autres endroits où aller. Alors, leur mari abusif, c’est en même temps leur seul repère », a-t-il renchéri.