Vous avez un accident ou vous tombez en panne au milieu d’une rue de Montréal ? Depuis le 1er juillet, vous n’avez plus le choix de l’entreprise de remorquage qui prendra votre véhicule en charge, mais vous paierez moins cher qu’avant.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Cependant, des remorqueurs sont mécontents des nouveaux tarifs plus bas imposés par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et tentent de les faire augmenter.

« Le montant établi par le SPVM ne reflète pas les coûts actuels pour arriver à rentabiliser une entreprise aujourd’hui », déplore le PDG de l’Association des professionnels du dépannage du Québec (APDQ), Réjean Breton.

Ceux qui n’ont pas obtenu de territoire attribué par le SPVM se plaignent aussi du processus utilisé pour faire le choix des entrepreneurs, puisqu’il n’y a pas eu d’appel d’offres avant que ce contrat soit accordé.

Quelle était la situation avant le 1er juillet ?

Auparavant, quand un véhicule en panne ou accidenté obstruait la voie publique à Montréal, l’automobiliste ou la police pouvaient faire appel à l’entreprise de remorquage de leur choix.

Souvent, des dépanneuses se présentaient sur les lieux d’une collision et proposaient leurs services directement à l’automobiliste concerné.

Cela donnait lieu à des situations potentiellement dangereuses.

Il y avait des courses folles dans les rues. Après une collision, il arrivait parfois cinq ou six dépanneuses de compagnies différentes pour remorquer les véhicules.

Réjean Breton, PDG de l’Association des professionnels du dépannage du Québec

De plus, les entreprises de remorquage étaient libres de demander le tarif qu’elles souhaitaient.

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Serge Landry, propriétaire de Remorquage Météor

« Certaines compagnies chargeaient jusqu’à 600 $, juste pour le remorquage et la première journée d’entreposage », avance Serge Landry, propriétaire de Remorquage Météor.

Qu’est-ce qui a changé depuis le début du mois ?

Dorénavant, l’île de Montréal a été divisée en zones, partagées entre cinq entreprises de remorquage, qui ont l’exclusivité sur le territoire qui leur a été alloué : Kar-Pro pour l’ouest de l’île, Remorquage Centre-ville pour Ville-Marie, le Plateau Mont-Royal et le Sud-Ouest, Météor pour le nord de l’île, Burstall pour Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Mog pour Rosemont et l’est de l’île.

Les automobilistes qui appellent le 9-1-1 à la suite d’un accident ou d’une panne seront mis en contact avec l’entreprise de remorquage qui dessert le secteur.

Les tarifs sont maintenant réglementés : la facture pour un remorquage ne doit pas dépasser 107 $, sauf si la voiture doit être repositionnée (+ 105 $) et que de l’essence répandue sur la voie nécessite l’utilisation d’un produit absorbant. Chaque journée d’entreposage dans une fourrière coûte 29 $ au maximum.

Selon le PDG de l’APDQ, ces montants sont trop faibles. « Ce sont des tarifs de 2009, dit Réjean Breton. Le SPVM nous a mentionné qu’il pourrait y avoir une révision des tarifs à la hausse en janvier 2022, si nous pouvions fournir une preuve de nos coûts. » L’association a justement commandé une étude économique à une société comptable.

Pourquoi le territoire de Montréal a-t-il été divisé en zones pour le remorquage ?

En avril 2017, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de la Ville de Montréal a publié un rapport qui concluait que le crime organisé contrôlait le remorquage des véhicules accidentés dans la quasi-totalité des 19 arrondissements de l’île. Le BIG avait amorcé cette enquête après avoir constaté une multiplication des actes d’intimidation depuis que la Ville avait mis fin aux contrats d’exclusivité dans les arrondissements en 2015.

Le BIG a notamment établi que l’implantation du crime organisé dans l’industrie faisait en sorte que les frais de remorquage pouvaient être de quatre à huit fois plus élevés que la normale.

« Les changements apportés découlent du rapport du BIG, dans le but d’assurer la qualité du service au citoyen, pour que les prix et la manière de procéder soient uniformes pour tout le monde, et qu’il n’y ait pas de surfacturation », explique Lyne Dussault, cheffe de l’unité d’inspection et de remorquage du SPVM.

Comment s’est fait le choix des entreprises de remorquage ?

L’automne dernier, le SPVM a procédé à un appel d’offres pour choisir des entreprises de remorquage pour le déplacement des véhicules en infraction (stationnés dans des zones interdites, par exemple). À la suite de cet appel d’offres, cinq entreprises ont été sélectionnées et ont obtenu un territoire exclusif. Elles devaient notamment subir une enquête de sécurité pour être choisies.

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L’île de Montréal a été divisée en zones, partagées entre cinq entreprises de remorquage.

Pour les véhicules en panne ou accidentés sur la voie publique, le service de police a décidé de conserver les mêmes entreprises, pour les mêmes territoires.

Il n’était pas nécessaire d’aller en appel d’offres, puisque ce n’est pas la Ville qui paie et que les tarifs étaient déjà fixés par règlement, dit Lyne Dussault.

Ainsi, certaines entreprises se sont retrouvées avec un nouveau contrat sans vraiment l’avoir sollicité. « Des compagnies ont dû acheter de nouvelles dépanneuses, parce qu’elles ne pouvaient pas répondre à la demande », souligne Réjean Breton.

Pourquoi des entreprises de remorquage sont-elles mécontentes ?

Des entreprises qui n’avaient pas soumissionné pour le déplacement des véhicules en infraction auraient été intéressées à obtenir le contrat pour les véhicules accidentés et en panne. Or, elles n’ont pas pu participer à la course, puisque les mêmes entreprises ont obtenu les deux types de contrats.

Au moins un propriétaire d’entreprise de remorquage affirme qu’il se retrouve en situation financière précaire à cause de la décision du SPVM. « Ça fait qu’on ne peut plus opérer sur l’île, on ne peut plus rien faire. Ce n’est pas logique qu’on nous mette dehors comme ça. J’ai perdu presque tous mes chauffeurs. Ça a un effet préjudiciable énorme sur mon entreprise et plusieurs autres. C’est rendu un monopole », dénonce cet entrepreneur, qui a requis l’anonymat parce qu’il craint de se mettre à dos d’autres entreprises.