Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a annoncé mercredi la réintégration dans ses rangs de huit policiers épinglés en 2016 par sa Division des affaires internes, au cours d’une enquête qui avait mené à l’espionnage du chroniqueur Patrick Lagacé. Les personnes visées n’avaient finalement rien à se reprocher.

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

Tous les policiers pourront reprendre le travail, s’ils le souhaitent, au cours des prochaines semaines, a annoncé le directeur du SPVM, Sylvain Caron, dans un message à ses cadres.

Dans un langage inhabituel pour un chef de police, M. Caron a pris la peine de se distancier de cette enquête controversée, lancée à l’époque de l’ancien directeur Philippe Pichet.

« Nous sommes tous conscients des répercussions vécues pour ces personnes et souhaitons que tous les membres du SPVM, civils et policiers, tournent ainsi la page de façon définitive sur cette période douloureuse de notre histoire », précise le message du directeur.

Il ajoute qu’un rapport indépendant commandé par le gouvernement du Québec après cette affaire a mené à une restructuration du fonctionnement de la Division des affaires internes, accusée de jouer un double jeu en protégeant certaines personnes tout en ciblant des policiers qui n’étaient pas dans le bon camp pendant les luttes de pouvoir internes qui déchiraient l’organisation.

Quatre policiers avaient été arrêtés dans cette affaire initialement. Deux sergents-détectives, David Chartrand et Fayçal Djelidi, avaient été accusés de parjure et d’entrave à une enquête policière, mais les poursuites avaient été abandonnées par la Couronne. Les autres personnes ciblées n’ont finalement même pas été accusées. D’autres personnes avaient été suspendues dans le cadre du même dossier.

Piégés par un agent d’infiltration

L’enquête interne, baptisée Projet Escouade, visait des enquêteurs soupçonnés d’avoir exagéré les informations servant à obtenir un mandat de perquisition pour une saisie de 10 kg de cocaïne à l’approche du Grand Prix du Canada. Les policiers avaient été piégés par un agent d’infiltration envoyé par la Division des affaires internes qui se faisait passer pour une source capable de les aider à saisir la drogue qui était entre les mains du crime organisé.

Après avoir constaté qu’un des enquêteurs ciblés avait eu des conversations avec le journaliste Patrick Lagacé, la Division des affaires internes avait obtenu un mandat pour consulter le relevé téléphonique de Patrick Lagacé et intercepter ses conversations privées, ainsi que celles d’un de ses collègues à La Presse, l’auteur de ces lignes.

Le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francœur, a envoyé un message à ses membres mercredi pour déplorer l’impact de cette saga sur les personnes touchées.

« Nous espérons que les mesures prises pour prévenir une telle situation [issue de l’ère Pichet] se montreront efficaces dans l’avenir », a-t-il déclaré.