À moins de cinq mois du scrutin municipal, la publication d’un numéro direct pour « envoyer un message » à la mairesse Valérie Plante a fait beaucoup jaser mercredi. Critiquée par certains, appuyée par d’autres, la démarche n’est pas différente d’une pétition et repose sur une « base volontaire », assure son cabinet, qui traitera les demandes.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Notre but premier, c’est d’avoir une réelle conversation avec les Montréalais. Historiquement pendant les campagnes, l’une des façons les plus efficaces de joindre les gens était par les lignes dures, sauf qu’aujourd’hui, il n’y a presque plus personne qui possède une ligne dure », explique le directeur des relations médias au cabinet de la mairesse, Youssef Amane.

D’après lui, l’initiative a surtout pour but de permettre aux Montréalais de « faire des propositions » ou d’« envoyer des idées », mais ne remplacera jamais le service Montréal 311. Ainsi, les messages concernant les services municipaux, comme la collecte des ordures, ne seront pas traités.

Saluée par des internautes, la publication de ce numéro a toutefois semblé préoccuper certains électeurs, qui s’inquiètent qu’il ne s’agisse que d’une nouvelle façon déguisée « de ramasser des numéros de téléphone et coordonnées en vue des élections ». D’autres ont dit craindre de se faire « solliciter et déranger durant toute la campagne ».

Le cabinet de la mairesse, lui, rétorque que l’exercice « n’est pas différent d’une pétition en ligne, où chacun peut entrer ses coordonnées, son adresse, son code postal ou encore son numéro de téléphone ».

« C’est sur une base volontaire. On n’est pas en train d’acheter des listes de numéros de téléphones cellulaires. Si les gens ne sont pas satisfaits, ils pourront simplement bloquer le numéro et passer à un autre appel. De notre côté, on ne va pas commencer à bombarder le monde de messages », assure M. Amane.

Le projet est relativement nouveau dans la métropole. En fait, jamais un conseiller municipal de Montréal n’avait utilisé cette approche jusqu’ici. Cela a toutefois déjà été fait ailleurs au Québec et au Canada.

En juillet, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, avait annulé son service de téléphone cellulaire après que son numéro eut été inondé d’appels de résidants et de groupes de pression. L’élu avait pris l’habitude de donner ce numéro à certaines personnes sur le terrain, voulant se rapprocher des citoyens. « Ça me brise le cœur, avait alors déclaré M. Ford. Il y a tellement de gens que Rob [son frère, ancien maire de Toronto] et moi avons aidés avec ce téléphone. C’est dommage. » Des élus de l’opposition avaient toutefois dénoncé le fait que le service était annulé au moment où des questions plus délicates étaient posées au gouvernement de M. Ford.

Le risque existe, dit une experte

Pour l’experte en gestion métropolitaine et municipale à l’UQAM Danielle Pilette, il est « difficile de penser qu’en publiant un numéro de la sorte, le bureau de la mairesse ne recevra pas en même temps toutes sortes de messages ». « Elle se rend accessible, mais en même temps, il y aura forcément des gens qui vont dépasser les limites. Le danger est de brouiller le message, et d’éventuellement invalider des orientations sérieuses qui peuvent en découler », dit-elle.

Selon la spécialiste, l’opération vise surtout à « fidéliser une clientèle qui veut s’engager ». « À cinq mois du scrutin, Valérie Plante a besoin de la mobilisation de ses électeurs. Tout ça vise davantage la mobilisation de sa base historique, ou même la remobilisation à l’approche des élections, en quelque sorte », soutient Mme Pilette, qui précise que ce sont surtout les jeunes et les mordus de politique qui sont recherchés.

« Cela dit, j’ai personnellement des doutes qui subsistent. Je ne suis pas certaine que de gouverner par communication directe, c’est tellement mieux que de gouverner par sondages. Je ne suis pas sûre non plus qu’on tient compte de ce qui est vraiment représentatif avec des initiatives pareilles », conclut-elle.