(Montréal) En pleine crise du logement, le gouvernement québécois doit instaurer un contrôle obligatoire des loyers, un moyen primordial pour garantir l’accès au logement à tous, ont réclamé de nouveau quelques centaines de personnes réunies au centre-ville de Montréal.

Félix Desjardins La Presse Canadienne

La manifestation, organisée par le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), s’est dirigée vers le bureau du premier ministre Legault à Montréal en empruntant la rue Sherbrooke.

« Il est temps que le logement soit arrêté d’être considéré comme de la marchandise, il est temps que le logement soit considéré comme un droit fondamental », a scandé Maxime Roy-Allard, porte-parole du RCLALQ, devant la foule rassemblée.

Des politiciens étaient aussi présents à la manifestation pour montrer leur soutien envers le droit au logement.

« [Le gouvernement] est particulièrement passif, il s’en tient à des solutions habituelles », lui a reproché avant la manifestation le porte-parole de Québec solidaire en matière de logement et d’habitation, Andrés Fontecilla. « Il n’ose pas régler les problèmes à la racine, par exemple avec un registre des loyers et un moratoire sur les évictions. »

Selon plusieurs personnes rassemblées samedi, la pandémie de COVID-19 a eu un effet dévastateur sur le manque de logement déjà existant.

« La pandémie a vraiment créé une frénésie immobilière qui a fait grimper le prix des immeubles, ce qui fait aussi monter le prix des loyers », a expliqué M. Roy-Allard en entrevue.

L’enjeu des « rénovictions » devrait aussi être une priorité pour le gouvernement Legault, selon Alexandre Boulerice, député du Nouveau Parti démocratique.

« On voit beaucoup de personnes perdre leur logement pour des expulsions déguisées, a souligné M. Boulerice avant le départ du convoi. Je pense que le gouvernement du Québec a beaucoup de travail à faire là-dessus. »

Plusieurs comités d’action représentant divers quartiers et arrondissements à Montréal étaient du nombre pendant la marche, qui a duré environ une heure.

« C’est de plus en plus commun que les locataires se fassent tous mettre dehors de leur logement, constate Steve Baird, du Comité d’action des citoyennes et citoyens de Verdun. C’est flagrant à quel point la loi ne protège pas suffisamment les locataires et les personnes vulnérables. »

Au mois de mai, la ministre de l’Habitation, Andrée Laforest, avait affirmé en commission parlementaire « qu’on n’est pas du tout dans une situation de crise du logement », des propos nuancés par la suite par François Legault.

« Ils ne veulent même pas reconnaître qu’il y a une crise du logement, reproche M. Baird. Ils ont démontré très clairement qu’ils n’ont pas beaucoup d’intérêt. »

Victime d’une tentative de « rénoviction » dans le quartier Villeray depuis neuf mois, Margret – qui n’a pas voulu partager son nom de famille – était incrédule de constater à quel point elle avait peu de recours contre son propriétaire.

Après avoir tenté d’expulser sa locataire illégalement, il aurait déclaré que sa maison était « inhabitable » et y mène depuis des rénovations pour la convaincre de déménager, ce qui a un impact considérable sur sa santé physique et mentale. Elle s’est rendue trois fois au Tribunal administratif du logement depuis pour faire entendre sa cause, un processus particulièrement ardu.

« Ça m’a beaucoup affectée, affirme-t-elle. Je ne dors plus depuis des mois. J’ai dû donner mon animal de compagnie parce qu’il ne pouvait pas vivre dans de telles conditions. »

En plus de demander la création d’un registre des loyers publics et un moratoire sur les évictions, le porte-parole du RCLALQ propose d’instaurer des taux maximaux d’augmentation des loyers, en s’inspirant du modèle de l’Ontario. Les propriétaires voulant dépasser ce seuil doivent alors s’adresser au Tribunal pour justifier la hausse.

« Actuellement, ce fardeau est inversé, explique M. Roy-Allard. Si les locataires ne contestent pas cette hausse, il n’y a pas de contrôle. Les locataires craignent de contester parce qu’ils ont peur de représailles et ne connaissent pas nécessairement leurs droits. »

La manifestation s’est déroulée de façon pacifique et en collaboration avec le Service de police de la Ville de Montréal. Elle a pris fin vers 15 h.