Un vélo fantôme a été installé samedi au coin de l’avenue Papineau et du boulevard Saint-Joseph, sur le Plateau Mont-Royal, à l’endroit exact où un cycliste de 33 ans, Maxime Levesque, a été tué en avril. C’est le 13e mémorial du genre installé dans la métropole, afin de sensibiliser la population à la nécessité de sécuriser les grandes artères pour les usagers vulnérables.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« L’aménagement du Réseau express vélo (REV) sur Saint-Denis, c’est super, mais les usagers qui transitent du nord au sud ne l’utilisent pas nécessairement de façon systématique. Ça prend des aménagements sécuritaires sur toutes les grandes artères, dans toutes les directions », a expliqué la co-porte-parole de l’organisme Vélo fantôme, Shanti Larochelle, en marge de l’évènement.

Elle soutient que la mort de Maxime Levesque, qui travaillait pour un centre de la petite enfance (CPE), aurait pu être évitée avec de bons aménagements. Les proches du défunt, qui vivent en France, ont assisté samedi à la cérémonie d’installation du vélo blanc par vidéoconférence.

Après celui de René Tremblay en octobre 2020 à Longueuil, le vélo fantôme de Maxime Levesque est le 13e qu’on installe dans la région de Montréal. Une centaine de personnes ont assisté à la cérémonie en début de matinée samedi. « C’est simple : on veut que les gens à vélo puissent transiter et circuler dans la ville sans s’inquiéter pour leur propre sécurité », a insisté Shanti Larochelle.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

L'installation du vélo fantôme à la mémoire de Maxime Levesque survient un peu plus d'un mois après le retrait de celui de Mathilde Blais, tuée en 2014 sous le pont d’étagement de la rue des Carrières.

Début mai, près de 300 personnes s’étaient rassemblées sous le pont d’étagement de la rue des Carrières, rue Saint-Denis, pour le retrait du vélo fantôme installé en 2014 à la mémoire de la cycliste Mathilde Blais. Sept ans après le drame, la bicyclette a par ailleurs été remise au Musée de la civilisation.

Une plaque commémorative a aussi été dévoilée à l’endroit où la jeune orthophoniste de 33 ans a perdu la vie en 2014, happée par un camion. Le collectif Vélo fantôme avait à l’époque installé un vélo blanc sur les lieux de l’accident pour dénoncer la dangerosité des passages sous les ponts pour les cyclistes.

Travail de « conscientisation »

À court terme, la Ville de Montréal prévoit accorder un contrat d’ici la fin de 2021 afin de sécuriser l’intersection Papineau–Saint-Joseph « pour les feux de circulation et les déplacements actifs », indique le cabinet de la mairesse Valérie Plante. L’administration est très consciente de l’importance d’aménager les rues pour tout le monde, assure la conseillère associée aux transports actifs du comité exécutif de l’administration Plante, Marianne Giguère.

Quand on est au volant d’un véhicule, on a une lourde responsabilité qui peut avoir des conséquences désastreuses sur la vie des gens. Il faut miser sur le partage de la rue et l’importance d’avoir de bons aménagements, pour que tout le monde soit le plus en sécurité possible.

Marianne Giguère, conseillère aux transports actifs à la Ville de Montréal

Mme Giguère affirme que faire de grandes rues larges revient presque à « encourager les automobilistes à rouler vite ». « C’est aussi là-dessus qu’on doit travailler. Il n’y aura pas de pistes cyclables protégées partout demain, donc il faut, en attendant, que les gens partagent mieux la rue, d’abord en ralentissant », insiste l’élue.

Chez Vélo Québec, le président et directeur général Jean-François Rheault est sensiblement du même avis. Pour lui, il est « important de se souvenir de ces tragédies, qui nourrissent l’importance de réaménager nos rues ». « Ces collisions sont évitables et il faut continuer la transformation de nos villes pour protéger les vies des plus vulnérables, que ce soient des piétons ou des cyclistes », dit-il.

« Sur Papineau, ça circule très vite, souvent plus rapidement que la vitesse maximale autorisée. Disons que c’est un endroit où il y a beaucoup de choses à faire en termes d’aménagements », poursuit M. Rheault, en invitant les autorités municipales compétentes à s’y attarder dès que possible.

Pour l'heure, l'organisme a installé des vélos fantômes dans le Grand Montréal seulement, mais il ne cache pas qu'il souhaite étendre ses activités dans le reste de la province, notamment dans la capitale nationale.

Deux cyclistes ont perdu la vie depuis le début de l’année sur le territoire de Montréal, selon le SPVM, qui confirme du même coup que l’enquête dans le dossier de Maxime Levesque est terminée. « Aucun élément criminel et aucun constat d’infraction n’a été déterminé pour le conducteur, a indiqué la porte-parole du corps policier Caroline Chèvrefils. Le dossier a été transféré au coroner. »