L’administration Plante veut imposer un délai d’au moins cinq ans avant de donner le nom d’un défunt à une rue et rendre possible le retrait de statues dans des cas « jugés offensants ou préjudiciables au regard des valeurs montréalaises ».

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Ces nouvelles règles sont contenues dans le projet de Cadre de reconnaissance proposé par l’équipe de la mairesse. Il sera officiellement lancé pour consultation ce vendredi, selon nos informations.

C’est ce document qui décidera notamment de l’avenir du monument à John A. Macdonald, déboulonné par des manifestants l’été dernier.

« La modification ou le retrait d’une reconnaissance existante devrait demeurer une mesure d’exception », indique le Cadre. « La contextualisation d’une reconnaissance sera toujours l’approche favorisée. » Mais si la Ville s’engage dans la voie d’un retrait, deux instances distinctes se pencheront sur l’idée.

Parmi elles, un nouveau « comité consultatif en reconnaissance (CCR) » dont les membres devront être représentatifs « des communautés qui ont construit l’identité montréalaise (notamment les communautés autochtones et culturelles) ».

Les instances devront appliquer les critères établis par Parcs Canada pour gérer ses propres reconnaissances : « les interprétations de l’histoire devraient mettre l’accent sur une gamme de voix, de perspectives et d’expériences » et « les désignations antérieures reflètent l’époque et le contexte où elles ont été désignées et ne devraient pas être effacées », par exemple.

Plus de patience

La Ville veut surtout prévenir les erreurs de dénomination en imposant un délai important entre le décès d’un individu et une marque de reconnaissance officielle.

Ainsi, Montréal s’imposerait un délai de cinq ans entre le décès d’une personnalité et le baptême d’une place, d’un parc ou d’une rue à son nom. Pour les statues, un délai d’au moins 25 ans serait de rigueur. « Les reconnaissances spontanées ou à la pièce ne sont pas favorisées par le présent cadre », explique le document.

La désignation de la rue Gary-Carter (2013) ou du parc Jacques-Parizeau (2016) par l’administration Coderre, l’année suivant le décès de ces personnalités, ne serait donc pas possible en vertu de cette politique. Pas plus que – dans un tout autre ordre d’idées – l’installation de la statue honorant la mémoire de Claude Jutra par Charles Daudelin, 11 ans après la mort du cinéaste.

Mystère autour de John A. Macdonald

Le cadre de reconnaissance proposé par l’administration reste général et ne permet pas de prédire ce qu’il adviendra de certains hommages controversés.

Au centre de la réflexion : le monument à John A. Macdonald au centre-ville de Montréal.

Le mois dernier, la Ville a interdit l’accès à la statue à La Presse, qui voulait constater dans quel état l’œuvre se trouvait après avoir été lourdement endommagée lors d’une manifestation, en août dernier. Sa tête s’est notamment séparée du corps.

« Les entrevues à distance doivent être privilégiées afin d’assurer la sécurité des employé.e.s de la Ville de Montréal », a fait valoir Fabienne Papin, relationniste à la Ville, en refusant la demande de visite. « Le lieu d’entreposage des statues qui regroupe des œuvres d’art et des monuments de plusieurs institutions muséales n’est pas ouvert au public. »