La flambée des prix des loyers oblige un CPE du centre-ville de Montréal à fermer. Les parents de plus de 60 enfants devront trouver une nouvelle garderie dans un contexte où les places se font rares.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Le CPE La Petite Compagnie a fait parvenir un courriel aux parents des 67 enfants, le 4 mai en soirée, afin de les aviser de la fermeture de la garderie dès le 20 août prochain. Dans le message, la direction explique que le CPE situé dans l’église Saint-Georges, rue Stanley, a été victime de nombreuses infiltrations d’eau ces dernières années. « L’assureur du CPE a grandement augmenté la franchise et cela met en péril les finances de l’ensemble des installations », souligne dans ce message la directrice générale du CPE du Centre-Ville, qui regroupe trois installations, dont le CPE La Petite Compagnie. Celle-ci n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

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La direction explique que le CPE situé dans l’église Saint-Georges, rue Stanley, a été victime de nombreuses infiltrations d’eau ces dernières années.

Comme le bail du CPE vient à échéance le 31 décembre prochain, les membres du conseil d’administration ont sollicité un courtier immobilier du centre-ville pour tenter de déplacer la garderie dans un autre local. Ils ont également élargi leurs recherches dans le quartier Griffintown et dans Westmount.

« Nous avons évalué plusieurs emplacements potentiels, toutefois, avec la hausse importante des loyers au centre-ville et notre obligation de respecter les normes réglementaires, nos efforts ne nous ont pas permis de dénicher un tel espace », indique le courriel obtenu par La Presse.

« Ce n’est jamais rapide »

Julie Pothier, qui a deux enfants de 2 et 4 ans au CPE La Petite Compagnie, est estomaquée par l’annonce de la fermeture. « Ça nous laisse quatre mois pour nous relocaliser, mais si vous avez la moindre expérience avec le site La Place 0-5, vous savez que ce n’est jamais rapide », dit-elle. Le site est par ailleurs actuellement indisponible à la suite d’une fuite de données.

La mère de famille affirme que le CPE La Petite Compagnie est un lieu « unique » situé dans l’ancien presbytère de l’église. La cour est dotée d’arbres matures, d’une pataugeoire et de jolis modules de jeux, ajoute-t-elle. Elle n’arrive pas à croire qu’elle devra trouver un nouvel endroit pour ses deux enfants, tant et si bien qu’elle s’est jointe à un groupe de parents pour sauver la garderie.

J’ai pleuré pour mes enfants ce soir-là et j’ai pleuré pour les éducatrices. Ce sont des femmes absolument exceptionnelles. Mes enfants se sont attachés à ces personnes.

Julie Pothier

Mike Nguyen a aussi été complètement surpris par l’annonce inattendue de la fermeture du CPE que fréquentent ses deux fillettes, une de 2 ans et l’autre qui commencera la maternelle à la fin du mois d’août.

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Mike Nguyen, Jessica De Conninck Gonçalves et leurs filles Pénéloppe et Delphine

« C’est sûr que ça nous cause un stress considérant le manque de places dans le secteur », raconte le père de famille. Il espère que sa fille pourra être déplacée dans l’une des deux autres installations gérées par le CPE du Centre-Ville.

Un cas « très rare »

C’est la première fois que Stéphanie Vachon, représentante des CPE à la FSSS-CSN, entend parler d’un CPE qui ne trouve pas de locaux à un prix accessible. En fait, c’est la première fois qu’elle entend parler de la fermeture d’un CPE. Les garderies publiques ont droit à une subvention pour payer leur loyer.

C’est épouvantable ! […] Dans le contexte où on court après les places et où le Ministère développe des mesures pour offrir plus rapidement les places promises, ça n’a aucun sens. Ça va à contresens de ce que l’on souhaite pour nos enfants.

Stéphanie Vachon, représentante des CPE à la FSSS-CSN

Mme Vachon comprend que la recherche d’un local en plein cœur du centre-ville représente un défi. « Le local en question doit être facilement adaptable aux besoins des enfants. Les CPE sont également soumis à de nombreuses règles et particularités. C’est sûr que ça amène un coefficient de difficulté supplémentaire pour relocaliser une installation. »

Le ministère de la Famille (MFA) a récemment été informé de la fermeture du CPE La Petite Compagnie. « Le ministère de la Famille met tout en œuvre afin de trouver une solution permettant de maintenir les services de garde éducatifs à l’enfance », affirme Bryan St-Louis, porte-parole du MFA.

M. St-Louis confirme que les fermetures de CPE sont « très rares » et que les subventions pour « les coûts d’occupation des locaux pour la région de Montréal sont les plus élevées de l’ensemble des régions administratives du Québec ».

Selon Québec, 51 000 enfants sont en attente d’une place dans une garderie, dont 10 204 à Montréal.

Locaux temporaires

Le ministre de la Famille a annoncé, lundi, que les CPE pourront mettre en place des « garderies temporaires » afin d’accélérer l’attribution de places aux 51 000 enfants sur la liste d’attente de La Place 0-5. Cette annonce vise les établissements « dont les places sont en voie d’être créées », a expliqué le ministre Mathieu Lacombe. Les gestionnaires de CPE pourront ainsi utiliser des locaux municipaux ou des salles communautaires avant la fin des travaux de leurs installations permanentes. Le gouvernement accorde 30 000 $ pour l’aménagement de locaux temporaires.

Places disparues, places créées

Environ 22 000 places ont disparu du réseau de garderies (principalement dans des milieux familiaux) depuis 2015, a rapporté La Presse la semaine dernière. De nombreuses éducatrices quittent aussi la profession. « Je peux vous dire que tous les CPE ont perdu au moins une ou deux travailleuses dans la dernière année ou celle d’avant. C’est vraiment beaucoup », affirme Stéphanie Vachon, responsable du secteur des CPE à la FSSS-CSN. De son côté, le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 30 milliards de dollars pour instaurer des places en garderie à 10 $ par jour, partout au pays. De ce total, 6 milliards seront versés au Québec et serviront à la création de 22 000 nouvelles places.

Une meilleure reconnaissance

Dimanche dernier, des centaines d’éducatrices et de familles ont manifesté un peu partout au Québec pour réclamer une meilleure reconnaissance de leur travail. « Une des premières solutions, c’est d’améliorer les conditions de travail », croit Mme Vachon, de la FSSS-CSN. Les mouvements citoyens « Ma place au travail » et « Valorisons ma profession », à l’origine des manifestations, ont également demandé au gouvernement de soutenir les familles qui peinent à trouver une place en garderie pour leurs enfants.