(Québec) La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) doit venir s’expliquer devant les élus sur le projet de REM de l’Est et les autres phases éventuelles de prolongement du REM.

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne

Le Parti québécois a réclamé vendredi une commission parlementaire pour entendre les dirigeants de la Caisse.

Le PQ veut notamment savoir si le « modèle d’affaires » conçu par la Caisse pour le réseau en voie de construction actuellement sera reconduit tel quel pour le REM de l’Est, un projet estimé à 10 milliards.

Pour la phase actuellement en construction du REM, qui s’étend dans l’ouest de l’île de Montréal, vers Deux-Montagnes, ainsi qu’en Montérégie, la Caisse prévoit un rendement annuel de 8 % : elle recevra des redevances de l’État et dégagera donc un bénéfice.

Une proposition « prochainement »

« La proposition de la Caisse de dépôt (sur le REM de l’Est) sera déposée prochainement », a dit la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, au cours d’une interpellation au Salon bleu.

« À la suite de ce dépôt il y a des discussions qui sont entamées par l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), avec le ministère des Finances, le ministère des Transports, des négociations. »

Prévu pour desservir la partie est de la métropole, le REM de l’Est suscite la controverse notamment concernant sa configuration projetée, soit un tracé aérien, une voie ferrée dressée sur des pylônes.

« Le temps est venu, en matière de reddition de comptes, de faire asseoir le dirigeant de CDPQ Infra pour pouvoir aller au fond des choses, en raison de l’ampleur des investissements et les impacts que ça va avoir à court, moyen et long terme », a expliqué le député péquiste Joël Arseneau.

« On parle de contrats à la CDPQ pour 198 ans. On est pieds et mains liés à ce que la CDPQ va vouloir faire au cours des deux prochains siècles. Est-ce qu’on peut en parler devant les élus de l’Assemblée nationale ? »

La redevance de 0,72 $ par passager par kilomètre que va toucher la Caisse est déjà « quatre fois plus élevée » que ce que touche la Caisse pour son autre réseau, la Canada Line, à Vancouver, a plaidé M. Arseneau.

La demande du PQ de recevoir les dirigeants de la Caisse devra être acheminée à une commission parlementaire, qui tranchera.

Arbitraire

Le député libéral Enrico Ciccone accepte que la Caisse fasse un rendement sur son investissement, mais exige plus des justifications et de la transparence.

« Si on n’arrive pas au rendement de 8 % qui est garanti pour la Caisse de dépôt, est-ce que c’est encore le citoyen qui va payer ? C’est le gouvernement qui va devoir mettre le manque à gagner dans tout ça. On dirait que c’est arbitraire présentement. On ne sait pas comment on choisit un chiffre de cette façon-là. Au bout du compte, c’est tout le monde qui va payer si on n’arrive pas au rendement du 8 %. »

« Je ne crois pas qu’il y a un manque de transparence dans ce dossier », a riposté Mme Rouleau.

La ministre a promis un « projet signature » qui sera « respectueux du patrimoine et de l’environnement », à l’image des « infrastructures qui se fondent habilement dans le milieu urbain ».

« À quelques mètres des balcons »

« On doit se mettre à l’écoute de la population, pas leur imposer un modèle conçu dans les officines de la Caisse de dépôt », a plaidé M. Arseneau. Avec « un réseau aérien à quelques mètres des balcons des résidants, on risque de miner l’environnement dans lequel ils vivent », a-t-il poursuivi.

Québec solidaire a également dénoncé le manque de transparence concernant le projet et veut entendre les dirigeants de CDPQ Infra en commission parlementaire.

Selon les projections portant sur le réseau actuel déjà en construction, sur 20 ans, l’ARTM, financée par le gouvernement et les municipalités, paiera à la Caisse une redevance de 0,72 $ par passager par kilomètre. Année après année, avec l’accroissement de l’achalandage, les sommes vont en s’accroissant.

Rappelons que la Caisse étudie une autre phase éventuelle également pour Laval. Elle a toutefois déjà rejeté une des propositions du gouvernement, soit un tronçon entre Brossard et Chambly – Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le chantier actuel du REM est un réseau de 67 km avec 26 stations. Il comporte une ligne principale, de Deux-Montagnes à Brossard, et deux antennes qui vont vers l’ouest de l’île de Montréal à partir de Saint-Laurent.

Estimée à l’origine autour de 6 milliards, la facture du REM actuellement en cours de réalisation n’a cessé d’augmenter. On l’évaluait à pas moins de 7,5 milliards en 2018, et de surcroît, Québec, Ottawa et la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) ont récemment accepté de rallonger 600 millions pour la station de l’aéroport de Montréal.

Québec et la BIC sont des investisseurs dans le projet du REM, mais c’est la Caisse qui propriétaire du réseau avec sa mise de fonds de 3 milliards.